3min

CPAS La Louvière : "Les visites domiciliaires impromptues, c’est terminé"

Interview du président du CPAS de La Louvière, Nicolas Godin (PS). Il répond aux "invisibles".

Nicolas Godin_La Louviere.JPG

Nicolas Godin est le président du CPAS de La Louvière depuis début janvier 2019.

Laurent Poma. CC BY-NC-ND.

De ses intentions pour le CPAS de La Louvière, Nicolas Godin dit ceci : "Je suis jeune, j’ai un regard nouveau. Je pense qu’il y a des pratiques et une manière de faire totalement révolues. On doit pouvoir avancer et penser autrement."

Autant mettre le grappin sur Jacques Gobert fut compliqué (l’euphémisme), autant s’entretenir avec Nicolas Godin…

Procédure expresse. Un simple coup de fil, pour un rendez-vous fixé au surlendemain. Trop facile ? Peut-être. Ce vendredi matin, nous enregistrions les dix minutes d’interview du nouveau président du CPAS de La Louvière, reprises en intégralité (audio) ci-dessous.

L’objectif de cette interview était de permettre au CPAS de la ville de s’exprimer suite à l’enregistrement et la parution par Médor de témoignages d’habitants de la commune, bénéficiaires ou non de revenus d’insertion, ayant dû batailler ferme avec l’administration pour défendre leurs droits sociaux.

Les réponses de Nicolas Godin sont limpides, préparées, peut-être un chouia surjouées - "Vous venez vraiment au bon moment, parce que (…)". Ceci dit, la forme et la manière n’enlèvent rien à leur charge informative :

Les principales déclarations de Nicolas Godin :

  • sur les visites domiciliaires impromptues  : "On a fait part de notre volonté de revoir les visites domiciliaires. Je trouve ça inacceptable. On ne se pointe pas chez une personne sans l’en informer, on n’est pas là pour les fliquer. Pour regarder combien de personnes vivent chez un citoyen outre le nombre qui nous a été donné à la base. On n’est pas là pour regarder si hier soir, une autre personne est venue dormir. Les visites domiciliaires, je vous le dis, c’est terminé. En tout cas les visites impromptues, où l’on n’informe de rien, c’est terminé. Le cadre légal est très clair : il nous oblige à ce qu’il y ait une visite au domicile pour rencontrer la personne dans le cadre de l’ouverture d’un dossier - chose qui doit se faire en prévenant la personne, sur rendez-vous, comme ça il n’y a aucune pression exercée sur cette personne. On est vraiment dans la collaboration, et pas dans le flicage comme on a pu le connaître auparavant.”

Par "visites domiciliaires impromptues", Nicolas Godin fait ici référence aux visites effectuées par des assistants sociaux du CPAS au domicile de bénéficiaires de revenus d’insertion sociale (RIS) de longue durée, à raison de une visite par an, sans forcément tenir informé les allocataires sociaux de ladite visite. Cette pratique, "compliquée voire impossible à chiffrer", indique Nicolas Godin, était souvent pointée du doigt et qualifiée de"très intrusive" par les Louviérois rencontrés cette semaine à ce sujet. Nicolas Godin affirme ici vouloir faire cesser cette pratique.

  • sur l’agenda  : “Le dossier des visites domiciliaires doit être monté dans un accord cadre bien défini qui est propre à mon CPAS. C’est un dossier qui est en train d’être réalisé, mais qui va arriver en même temps que d’autres demandes très particulières. Les visites à domicile, les frais pour les personnes étrangères, la prise en compte ou non du revenu des parents pour octroyer une aide aux enfants… Toute cette série de points sont des éléments qu’on veut mettre en même temps sur la table pour qu’il y ait une cohérence sur l’ensemble des dossiers. (…) Pour moi, on met tout cela en place dès demain ! J’espère sincèrement que d’ici la fin de l’année, tout cet accord sera revu et qu’en 2020, on pourra clairement dire qu’à La Louvière, les visites domiciliaires telles qu’elles existaient avant, c’est terminé."

  • sur la nature de certaines décisions administratives, comme le retrait de revenus d’insertion sociale  : "Il y a clairement des dysfonctionnements. (…) Je trouve ça inacceptable qu’aujourd’hui des citoyens soient coupés de tout revenu, de toute aide, parce qu’il existe un cadre légal qui vient de bien plus haut. Je le dis à chaque fois : le cadre, on peut en sortir, à partir du moment où l’objectif reste l’intérêt de la personne."

  • sur les frais médicaux d’urgence et les frais scolaires pour personnes sans papier ou étrangères : “Un travail est en train d’être fait sur les personnes entre autres sans papier et étrangères, pour lesquelles on va revoir les interventions que nous pouvons faire au sein du CPAS. Je pense aux frais scolaires. Le cadre nous oblige à pouvoir intervenir sur les frais médicaux d’urgence, mais que sont ces frais médicaux d’urgence ? Ils sont définis selon certaines balises, et je considère qu’elles ne sont pas objectives.

  • sur ses motivations et sur les considérations budgétaires  : “Comme une grosse partie des Louviérois, je suis issu de l’immigration. Je suis issu d’une famille marquée très à gauche. Je suis jeune, j’ai un regard nouveau. Je pense qu’il y a des pratiques et une manière de faire totalement révolues. On doit pouvoir avancer et penser autrement. Le CPAS d’hier ne sera pas le CPAS de demain, que ce soit bien clair. Même si des moyens, on en a peu, très peu. C’est un signal d’alarme que je souhaite d’ailleurs lancer. Si l’on veut pouvoir continuer à mener une politique sociale ouverte à tout le monde - je dis bien à tout le monde - on a aussi besoin de moyens.”

  • En milieu d’interview, Nicolas Godin revient sur les raisons qui ont poussé le CPAS à arrêter progressivement le service de soins à domicile.
Tags

Dernière mise à jour

Un journalisme exigeant peut améliorer notre société. Voulez‑vous rejoindre notre projet ?

La communauté Médor, c’est déjà 3476 abonnés et 1856 coopérateurs

Vous avez une question sur cet article ? Une idée pour aller plus loin ?

ou écrivez à pilotes@medor.coop

Médor ne vous traque pas à travers ses cookies. Il n’en utilise que 3 maximum pour la sécurité et la navigation.
En savoir plus