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L’économiste tout-terrain

Jean Drèze. La recherche-action pour changer le monde

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Jean Drèze dans sa maison, à Ranchi.

Taha Ahmad. Tous droits réservés.

Né à Louvain, Jean Drèze est l’un des économistes les plus influents de notre époque. Il vit depuis près de 40 ans en Inde. Il y a contribué à ce que des centaines de millions de personnes vivant dans la pauvreté obtiennent des droits fondamentaux. Sa méthode : la recherche-action. Avec pour objectif de changer le monde.

« La plupart des gens sont égoïstes. C’est du moins ce qu’on peut conclure lorsqu’on parcourt la théorie économique dominante sans grande préparation ni connaissances. » C’est ainsi que s’ouvre Sense and Solidarity, l’essai que Jean Drèze a consacré au développement et au choix de l’intérêt général. Notre économie est fondée, en théorie tout du moins, sur la poursuite de l’intérêt personnel pour des raisons rationnelles. Jean Drèze soutient, pour sa part, que des individus bien réels choisissent aussi, avec au moins autant d’arguments valables, l’intérêt public et le bien commun.

Il se garde toutefois de s’en affirmer la preuve vivante. En fait, il parle le moins possible de lui-même – ce qui certes l’honore, mais ne se justifie pas tout à fait. C’est aussi l’avis de l’économiste et philosophe indien Amartya Sen, qui connaît bien Jean Drèze. Quand Sen a reçu le prix Nobel d’économie en 1998, il a déclaré : « Au milieu des années 80, j’ai collaboré abondamment avec Jean Drèze, un jeune économiste belge aux capacités exceptionnelles et au dévouement remarquable. Mes conceptions de la faim et du dénuement doivent beaucoup à ses idées et à ses études, au même titre que mes récents travaux sur le développement, que j’ai menés en grande partie avec lui. »

Avec l’humour pince-sans-rire et le sens de l’effacement caractéristiques qu’ont en commun les deux hommes, le lauréat ajoutait : « Non seulement ai-je beaucoup appris de ses initiatives inventives et de sa rigueur sans faille, mais il est difficile de trouver meilleur arrangement collaboratif que celui où Jean fournit la majeure partie du travail pendant que j’en récolte moi-même la plus grande reconnaissance. »

Le même sens de l’humour se dégage de la réaction de Jean Drèze au prix de la Citoyenneté 2021 que lui a attribué la Fondation P&V. « Cela m’a semblé plutôt ironique, sourit-il. Je reçois un prix de la citoyenneté en Belgique après avoir renoncé à ma citoyenneté belge. Bien sûr, je comprends qu’il s’agit ici de “bonne” citoyenneté, d’engagement pour l’intérêt commun. Je ne sais pas si je mérite tant d’estime. Mais je promets de tout faire pour vivre en conséquence à partir de maintenant ! »

En recevant le prix de la Citoyenneté, Jean Drèze a pu soutenir un projet indien de son choix s’inscrivant dans la mission de la Fondation P&V. Il a choisi Mobile Creches, une organisation pionnière qui s’engage, en Inde, pour le droit des enfants aux soins et au développement.

Incendie de squat

Jean Drèze est né en 1959 à Louvain. Il a étudié l’économie mathématique à l’Université de l’Essex avant de mettre le cap sur l’Inde, où il a rédigé une thèse de doctorat sur la méthode d’analyse « coûts/avantages ».

À la fin des années 1980, il a travaillé avec Amartya Sen à Londres et enseigné à la London School of Economics. Il vivait alors dans un squat de Clapham Road, avec des sans-abri. « C’est là que j’appris ce que signifie réellement la solidarité », note-t-il.

« Un soir, un incendie s’est déclaré dans une des chambres. Je me suis précipité à la recherche d’un téléphone pour appeler les pompiers. Deux sans-abri ont alors aperçu un homme qui dormait derrière les flammes. Ils ont littéralement bravé le feu pour le sauver. Je pense que je n’aurais jamais pu le faire. »

Mis à part ce court séjour londonien, Jean Drèze vit en Inde de façon ininterrompue depuis 1979, si bien qu’en 2002, il a troqué son passeport belge contre la citoyenneté indienne. Il a enseigné à Delhi, Allahabad et Ranchi et a fait énormément de recherche de terrain, principalement dans les États de Jharkhand, Bihar, Chhattisgarh et Uttar Pradesh, au nord du pays.

Cantine gratuite

Ses recherches et son militantisme ont contribué considérablement à divers grands programmes sociaux en Inde. Ainsi, la Cour suprême a établi le 28 novembre 2001 que toute école primaire publique ou soutenue par les pouvoirs publics devait proposer à tous ses élèves un repas chaud gratuit chaque midi.

Jean Drèze avait réalisé des études importantes pour défendre cette mesure et avait participé à la campagne menée pour la réaliser. « Cent vingt millions d’enfants bénéficient aujourd’hui de ce repas chaque jour. De plus, énormément de femmes pauvres travaillent désormais comme cuisinières. Les repas gratuits ont conduit à une augmentation de la scolarisation, notamment des filles, à une plus grande présence à l’école et à de meilleurs résultats scolaires. »

Parallèlement, un système subventionné de distribution publique de rations alimentaires minimales a vu le jour. La loi sur la sécurité alimentaire nationale concerne au total quelque 800 millions de personnes, ce qui en fait probablement le plus vaste programme social au monde. Enfin, des prestations de maternité ont été introduites pour toutes les femmes enceintes, qui se comptent annuellement au nombre de 25 millions.

100 jours d’emploi garantis

Outre son combat pour la sécurité alimentaire, Jean Drèze est devenu célèbre pour être l’un des architectes de la loi nationale de 2005 sur l’emploi rural garanti, qui donne droit à cent jours d’emploi dans un projet public à toute famille rurale ne trouvant pas de travail ou de revenu.

Le travail est effectué contre un salaire minimum qui doit être payé dans un délai de quinze jours. « Mon rôle dans la formulation et la réalisation de cette loi est très exagéré par les médias », assure-t-il avec la modestie qui le caractérise.

La loi permet chaque année à plus de 50 millions de ménages indiens d’accroître quelque peu leur revenu. Environ la moitié des personnes qui travaillent selon ce système sont des femmes.

Jean Drèze n’est pas seulement scientifique, mais aussi observateur avisé et bienveillant de la société impitoyablement dure et divisée dans laquelle il vit. Dans l’introduction de son dernier livre, Sense and Solidarity (« Raison et solidarité », 2017), il décrit la réalité de ceux qui doivent survivre tout au bas de la société indienne.

« Lorsque vous vous trouvez au point du jour sur Kanke Road, une large avenue de Ranchi, vous voyez des images qui ne vous quitteront plus jamais. Des centaines de jeunes hommes, pour beaucoup décharnés et hagards, poussent chacun leur vélo chargé de plus de 200 kilos de charbon. Ils ont alors déjà parcouru 20 ou 30 kilomètres dans l’obscurité et espèrent vendre leur marchandise de contrebande à Ranchi. C’est ce qui leur permet tout juste de nourrir leur famille. »

« Idéalement, les économistes ne devraient pas seulement se trouver dans les universités, les ministères et les grandes entreprises, mais aussi parmi le grand public : actifs dans la société civile, les syndicats, les partis politiques, les médias alternatifs, le mouvement pour la paix, ou travailler en tant que free-lances, a écrit Jean Drèze ailleurs. Mais les économistes aiment en général être bien payés pour leur travail et se retrouvent donc le plus souvent dans des cercles de pouvoir et de privilège. »

Au service de l’action

Nulle trace de pouvoir ni de privilège n’est à déceler chez Jean Drèze. Lors de notre conversation, fin octobre, il me reçoit en chemise de coton à manches courtes – il fait au moins 25 degrés – dans une chambre toute simple, heureusement équipée d’un bon réseau wi-fi.

Il vit à Ranchi, dans l’État de Jharkhand, mais séjourne actuellement à Jagdalpur, dans l’État de Chhattisgarh. Tous les trois à quatre mois, il passe du temps avec sa compagne, Bela Bhatia, qui travaille comme juriste dans cette région parmi les plus pauvres et les plus clivées d’Inde.

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Aux côtés de manifestants pour les droits des communautés et contre l’extraction minière excessive, district de Latehar, dans l’État de Jharkhand.
Taha Ahmad. Tous droits réservés

À l’échelle mondiale, il est l’un des économistes du développement les plus respectés. Il a publié des travaux pionniers avec les Prix Nobel Amartya Sen et Angus Deaton et d’autres éminents économistes tels que Nicolas Stern, ce qui en dit long sur la rigueur, le sérieux et la qualité scientifique de ses propres travaux de recherche.

La loi sur la sécurité alimentaire ou le droit au travail seraient-ils ses prix Nobel à lui ? Il rit. « Ce n’est pas à moi qu’en revient le mérite, ces lois sont le résultat de vastes collaborations et de campagnes soutenues. »

Drèze est un ardent partisan du concept de Research for Action : la recherche économique qui entend rendre le monde meilleur et accorde une importance au vécu de terrain, aux points de vue des personnes concernées.

Selon Jean Drèze, pour qu’un économiste puisse parler avec pertinence de la réalité de l’Inde, dans sa diversité immense et ses inégalités béantes, il lui faut plus que des observations factuelles, c’est-à-dire des données, des statistiques et des « essais contrôlés randomisés ».

Les essais contrôlés randomisés font figure de Saint-Graal de l’économie du développement actuelle. Ils consistent à expérimenter certaines interventions tout en examinant ce qui se passe dans des contextes semblables sans ces interventions. Esther Duflo et son époux Abhijit Banerjee ont été récompensés du prix Nobel d’économie en 2019 pour leurs travaux en la matière.

« Je ne suis pas contre l’utilisation de chiffres et d’essais contrôlés randomisés, assure Drèze, mais ils ne sont qu’une manière parmi d’autres de chercher à comprendre la réalité. »

« En s’entretenant longuement avec des veuves isolées, on comprend tous les problèmes que peut poser l’insuffisance des maigres plans de pension de l’État. Dans des statistiques, 5 % de personnes non touchées dans un groupe cible, cela semble être une erreur minime et probablement acceptable du système. Mais, si on passe du temps avec les personnes concernées, on envisage les choses différemment. »

Malgré les invitations aux conférences, lancement de livres, cérémonies, Jean Drèze parvient néanmoins à être constamment présent sur le terrain, parmi les gens. Et surtout, autant que possible, comme les gens pour qui il s’engage : les centaines de millions de pauvres, les Dalits (sans caste), les Adivasis (indigènes), les exclus.

« Il n’y a probablement aucun pays au monde où la majorité pauvre est mise de côté avec autant de facilité et d’indifférence qu’en Inde », regrette-t-il. Il faut donc travailler plus dur qu’ailleurs pour l’inclusion, la justice et l’égalité des chances.

Œufs et castes

« Avez-vous pris un œuf ce matin au petit-déjeuner ? » Ma première question semble sans doute n’être qu’une innocente ouverture, mais pas pour Jean Drèze. Il sourit : « Non, pas ce matin. Mais cela m’arrive souvent, oui. » Puis – car il sait où je veux en venir : « Je suis végétarien, mais cela ne m’empêche pas de manger des œufs. Il n’y a d’ailleurs qu’un petit groupe d’hindous de haute caste qui s’y oppose. »

Cette opposition, qui est une opposition de classe, affirme Drèze, pèse cependant suffisamment lourd pour bannir les œufs des repas scolaires de millions d’élèves dans bon nombre d’États indiens. Jean Drèze comprend les préoccupations des végans et des militants des droits des animaux. « Je ne vais pas défendre les élevages de poulets industriels, dit-il. Mais je pense aussi qu’on ne peut ni ne doit protéger les droits des animaux en s’en prenant à la qualité de l’alimentation des enfants pauvres. »

Pour Jean Drèze, ce n’est pas seulement la valeur nutritive qui importe dans la lutte pour les œufs et la nourriture cuite aux menus scolaires, mais aussi l’intérêt social. « L’opposition des parents de classe supérieure à ce que des femmes dalits préparent les repas s’est aujourd’hui dissipée, de même que le rejet du mélange des castes aux tables de réfectoire. Ce sont là des gains sociétaux durables », estime-t-il.

Quand je lui demande comment il a été amené à participer aux grandes campagnes pour la sécurité alimentaire et le droit au travail, il n’a pas vraiment de réponse. Ce silence est l’expression d’une conviction selon laquelle « les expériences partagées sont bien plus importantes dans les choix et le parcours de quelqu’un que l’introspection individuelle ».

Jean Drèze était engagé avant de venir en Inde, précise-t-il. Un héritage de la génération des années 1970 : « La foi en la possibilité d’améliorer le monde, je l’ai acquise dans le foyer familial. Elle a grandi pendant mes années d’école secondaire, grâce à de nombreuses conversations et actions menées avec des condisciples et de bons enseignants. »

En Inde, il a d’abord travaillé au campus de l’Institut indien de statistiques, en s’engageant parallèlement avec quelques amis dans des activités de travail social dans un bidonville des environs. Puis, vivre dans ce bidonville et partager la vie des personnes auprès desquelles il se sentait si impliqué lui a semblé une évidence. « C’est ainsi que se font les choix : en agissant. »

« Je ne suis pas extérieur »

En immergeant sa vie personnelle et ses travaux de recherche universitaire dans les expériences et les besoins de la majorité pauvre en Inde, Jean Drèze est véritablement devenu une partie du paysage national. Quand je lui demande s’il parvient parfois, en tant qu’acteur relativement extérieur, à jeter des ponts entre les castes, les communautés religieuses ou les identités nationales, il m’interrompt : « Je ne suis pas un acteur extérieur. »

Puis il ajoute, un peu plus hésitant : « Bien sûr, je ne fais pas pleinement partie de la majorité pauvre. Le simple fait que je parle anglais me protège contre l’abus de pouvoir et l’exclusion. »

« Ce qui unit réellement les gens, assure Drèze, c’est l’expérience partagée de la répression ou de la marginalisation. » Ce constat laisse-t-il une place à ce que nous appelons généralement la « solidarité internationale » ? Il hésite. « La solidarité n’est pas à sens unique. Et je pense qu’elle nécessite tout de même un certain degré de proximité. »

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La recherche-action passe par le terrain et l’échange avec les communautés. Ici, avec Afsana Khatoon et Sabhil, dans une maison en boue séchée à Mahuadanr (Jharkhand).
Taha Ahmad. Tous droits réservés

Ce que les gens peuvent faire depuis la Belgique, selon lui, c’est avoir de l’empathie : essayer de se projeter dans les inquiétudes, les incertitudes et les rêves de leur prochain à l’autre bout du monde. Et s’engager en ce sens.

J’avance l’idée, au regard de son parcours, que ce qui compte n’est finalement pas tant la compassion de ceux qui vivent confortablement, mais les droits qu’acquièrent les pauvres. Les droits sont-ils donc la clé du développement social ? Jean Drèze hésite. « Je crains bien que la clé du développement social n’existe pas. Mais, dans un pays comme l’Inde, où les pauvres sont ignorés, les droits ont une importance décisive, car on peut les faire appliquer. »

En ce moment, il s’occupe beaucoup d’enseignement, un thème qui constitue un fil rouge dans sa vie active et universitaire. « Le peu d’inquiétude que suscite la fermeture des écoles dans le contexte du Covid-19 est incompréhensible. On ne peut l’expliquer que par le fait que les enfants de la classe moyenne supérieure continuent de bénéficier d’un enseignement à distance en toute sécurité. La voix de cette classe a plus de résonance dans les médias. Pendant ce temps, l’enseignement en ligne est impensable pour les enfants pauvres, qui restent donc laissés pour compte. »

Au demeurant, Jean Drèze avait déjà constaté précédemment, comme d’autres chercheurs, que l’enseignement est négligé aussi en temps normal. Chaque jour, dans les écoles rurales, le risque qu’une classe se retrouve sans enseignant est d’environ 50 %. « L’Inde préfère investir dans les infrastructures que dans le talent humain. »

Un nationalisme qui fracture

Dans un pays marqué par la crise du coronavirus, un espace existe, selon Jean Drèze, pour lancer une campagne pour le droit à la santé. « Les soins de santé en Inde sont inégalitaires, cloisonnés et beaucoup trop privatisés. Comme dans l’enseignement, le résultat est d’un niveau inacceptable, surtout pour ceux qui ne peuvent pas se permettre les soins privés. » « Il existe un certain nombre de groupes et de mouvements qui se battent pour des soins de santé accessibles et de meilleure qualité. Mais ce dont nous avons besoin, c’est un seul et même front qui transcende toutes les divergences. »

Est-il encore possible de former un large front uni, maintenant que les nationalistes hindous sont au pouvoir depuis sept ans et creusent de plus en plus les fractures culturelles et religieuses ? « Le régime du Premier ministre Modi porte en tout cas un coup dur à la foi en notre pouvoir de changer le monde pour le mieux. J’ai encore de l’espoir, mais moins de confiance en une issue favorable. »

« Entre 2001 et 2014, nous avons vu progressivement se construire ce qui aurait pu être un système de protection sociale. Aujourd’hui, nous sommes dans une logique défensive », soupire Jean Drèze. En 2015, le budget alloué aux repas chauds à l’école a été réduit presque de moitié, avant d’être encore réduit en 2021. « Nous consacrons désormais une bonne partie de notre temps et de notre énergie à défendre ce qui était acquis, plutôt qu’à continuer de construire. »

Ce n’est pas que le gouvernement nationaliste hindou ne fasse rien pour les pauvres, précise Jean Drèze. Il a prévu des subventions au logement, à la consommation de gaz et à l’installation de toilettes. « C’est utile, certes, mais le but est de remporter les prochaines élections plutôt que de bâtir une véritable protection sociale sur le long terme. »

Une autre approche de la politique, qui lui correspond beaucoup plus, est celle incarnée par Bhimrao Ramji Ambedkar, fervent défenseur des Dalits et principal auteur de la Constitution indienne. Cette citation de 1949 est chère à Jean Drèze : « Sans l’égalité, la liberté entraînerait la suprématie d’une minorité sur la majorité. L’égalité sans la liberté tuerait l’initiative individuelle. Et, sans la fraternité, la liberté et l’égalité ne pourraient devenir le cours naturel des choses. »

Deux lettres d’amour et demie

De ses dix années de vie à Allahabad (l’une des plus vieilles villes d’Inde, aujourd’hui nommée Prayagraj, dans l’État de l’Uttar Pradesh) – « où tout le monde est un peu poète » –, il a tout de même gardé quelques poèmes, ou plutôt quelques dohas, une forme de vers médiéval populaire en hindi et en urdu.

Il me livre quelques-uns de ses dohas favoris. Le premier peut être lu comme l’expression d’un programme de vie pour un économiste célèbre qui fuit les projecteurs : « Quelle importance que tu sois grand ? Regarde donc le palmier : il n’offre nulle ombre au voyageur, et tout fruit qu’il donne reste hors d’atteinte. »

Le deuxième est plus philosophique : « J’avais demandé une longue vie, j’ai reçu quatre jours. Deux ont été passés à languir, et deux à attendre. » On peut éventuellement aussi traduire la seconde partie comme suit, ajoute-t-il : « Deux jours ont été passés à rêver, et deux à attendre qu’ils se réalisent. » Le militant en lui préfère consacrer ses jours à mener campagne et à changer le système.

Le troisième, enfin, apparaît presque mystique : « Le monde entier lit des écritures, mais personne n’en est devenu sage. Celui qui comprend deux lettres d’amour et demie acquiert toute la sagesse. »

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  1. Sense and Solidarity : Jholawala Economics for Everyone, publié en 2017 aux éditions Permanent Black.

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