La commedia del Lupo

L’histoire d’une ville qui se projette sur grands écrans

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Le cinéma Stuart, au cœur de La Louvière, rue Sylvain Guyaux.

Laurent Poma. CC BY-NC-ND.

Une ville. Trois cinémas. Un malaise…

Ca défile. Normal. Brad Pitt ou le « Joker », le lundi c’est 5 euros 50. Le cinéma Stuart est installé au cœur de La Louvière, un peu plus haut que la place Mansart dans la rue Sylvain Guyaux. Plus au centre dans l’hypercentre du Centre, y’a pas.

Un vrai cinéma, sept salles numérisées, pop corn home made et Dominique à la caisse. La compta, c’est elle. La caisse, c’est elle. Le boss, c’est pas elle. C’est le paternel Giovanni. 86 ans au compteur. Parler à la presse ? « Il ne veut voir personne pour l’instant. L’avocat lui a dit qu’il ne fallait absolument pas parler pour l’instant. »

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La compta, c’est elle. La caisse, c’est elle. Le boss, c’est pas elle.
Laurent Poma. CC BY-NC-ND

L’instant. Ce moment où la ville de La Louvière développe l’envie de deux complexes cinématographiques à 500 mètres de distance. Premier venu, celui du quartier La Strada. Ce quartier se développe sur l’ancien site Boch, à deux pas de la gare centrale. Outre du logement, des commerces, des services, le promoteur Wilhelm annonce à Médor un partenaire londonien prêt à investir dans 8 salles, avec une capacité de 1 200 à 1 500 spectateurs. Il occupera une place de choix dans les 3 000 mètres carrés de loisirs pour attirer les cinq à six millions de badauds nécessaires pour faire vivre le projet Strada (vous avez raté le premier épisode ? C’est par ici). La Strada est sur du velours. Elle a signé une convention avec la Ville où cette dernière s’engage à déployer ses meilleurs efforts pour que le quartier Strada émerge dans les meilleures conditions.

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Détail de la convention confidentielle signée entre la Ville et Wilhelm&Co en juin 2018.
None. CC BY-NC-ND

Au moment où la Ville signe cet accord (juillet 2018), la société Imagix cherche un terrain pour implanter à La Louvière un complexe cinématographique d’une capacité de 2 000 spectateurs. Elle trouvera à… 300 mètres de La Strada.

La ville est-elle alors en contact avec la société Imagix ? Cela ne fait pas de doute pour l’opposition. « Le projet IMAGIX à La Louvière, j’en ai eu vent parce qu’il a été présenté à l’Invest MBC (Mons Borinage Centre) et que des administrateurs m’ont prévenu, explique Xavier Papier (Plus & cdH). C’est un dossier lourd et qu’ils demandent de l’argent sans en discuter avec la Ville, c’est impossible. »

L’Invest MBC qui s’engage à soutenir Imagix a pour administrateur Mehdi Mezhoud, le chef de cabinet du bourgmestre Jacques Gobert. Par ailleurs, fin décembre 2018, une rencontre s’est tenue sur la reconversion des terrains de la Closière, terrains qui appartiennent à Duferco et que lorgne Imagix, qui assistera à la réunion.

Peter Wilhelm a été prévenu de cette concurrence en février 2019. Pour le promoteur du quartier de La Strada, c’est un coup dur. Impossible de se passer de son complexe cinématographique. Mais est-il viable face à une concurrence installée à quelques mètres ? La Ville joue-t-elle double jeu ou fait-elle son possible pour que « la Strada émerge dans les meilleures conditions » ?

« Puisqu’il n’y a aucun projet qui est déposé, il est impossible à la Ville de se prononcer, annonce le bourgmestre Jacques Gobert (PS). Si nous nous opposons à des projets, il faut une motivation de l’administration. On verra les motivations. Nous n’avons aucune information sur l’étude d’incidence en cours. Cette dernière va établir les nuisances potentielles, la compatibilité de ce projet avec d’autres. Nous évaluerons les choses en tant voulu. Elle va débuter dans les prochaines semaines. Et je ne vais pas me plaindre que La Louvière attire des investisseurs. »

Le soutien d’Invest MBC où se trouve son chef de cabinet ? « Il ne m’ont pas consulté pour le soutien à Imagix comme ils ne le font pour aucun autre projet sur le territoire louviérois. Ils ont leur pleine autonomie de gestion et de décision. »


Face à ce nouveau projet, la Strada va-t-elle dénoncer la convention signée en juillet 2018 ? Pour Xavier Papier (Plus & cdH), la menace est claire : « le projet Imagix peut en tout cas être assez facile et aller très vite. La Ville est en tension extrême avec la Strada et l’échevin du centre ville a déclaré qu’il n’allait pas préserver les intérêts d’une Strada qui n’avance pas. La CCAT (Commission consultative de l’aménagement du territoire, NDLR). aurait déjà abordé Imagix sans même poser les questions de mobilité et d’aménagement du territoire ! Avec Imagix, on bousille du logement, la Strada, et le centre-ville. »


Et dans le centre-ville, il y a Dominique et le Stuart. Imagix se garderait le cinéma « pop corn » et réserverait au Stuart le cinéma d’arts et d’essais. C’est aussi la vision du bourgmestre Jacques Gobert. « Je vois à tout le moins un partenariat avec le Central, notre centre culturel. » Dis, Dominique, la (formidable) Palme d’or du Sud coréen Bong Joon-ho, cela fonctionne bien au Stuart ? « En deux semaines, on a fait environ 50 entrées ».

Le titre du film ? « Parasite ».

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