Pourquoi y a-t-il autant de lions en Belgique ?
Un prédateur rôde sur le barrage de la Gileppe, situé à proximité des Fagnes. Il ne s’agit pas d’un loup ou d’un lynx, mais d’un lion. Que vient faire ce félin dans le Royaume de Belgique ?
Un lion de pierre veille sur le barrage de la Gileppe. La sculpture n’est pas aussi monumentale que l’ouvrage sur lequel elle est assise, mais, avec ses 300 tonnes et ses 13,5 mètres de hauteur, l’animal a de quoi impressionner.
Ce spécimen est issu d’une espèce courante : le « Lion belgique ». Comment expliquer la présence de félins dans un pays où il peut dracher jusqu’à 200 jours par an ? « Le lion était déjà présent dans les blasons des familles nobles dès la période des croisades, souligne Philippe Raxhon, professeur d’histoire contemporaine à l’Université de Liège. Il représentait un idéal de bravoure et une certaine puissance guerrière. »
Chose étonnante, le Lion belgique est né plus de 200 ans avant le royaume du même nom. « Le mot ‘belgique’ est alors un adjectif associé aux dix-sept provinces des anciens Pays-Bas, résume Philippe Raxhon. Ce territoire recouvre le Benelux ainsi qu’une partie du nord de la France. »
En 1583 donc, le premier Lion belgique voit le jour de la main de Michaël Eytzinger. Ce dernier n’était pas sculpteur, mais cartographe. En observant le positionnement des Dix-Sept Provinces, il eut l’idée de les représenter sous la forme d’un félin, la gueule dans le nord des Pays-Bas, l’arrière-train à cheval entre la Flandre et la France, avec la Meuse lui caressant le ventre.
Du papier à la fonte
En 1826, le Leo Belgicus s’alourdit et devient une statue monumentale de 28 tonnes : le lion de Waterloo. Il fut érigé, sa tête tournée vers la France, par le roi Guil­laume d’Orange pour symboliser l’implication des Hollandais lors de la bataille de Waterloo.
Quatre ans après l’inauguration de cette lourde bestiole, la Belgique obtient son indépendance, sous la condition qu’elle reste un État neutre. « Lors de la construction du barrage de la Gileppe entre 1867 et 1878, il a été décidé d’orner l’édifice d’un lion, dont la tête serait tournée vers la Prusse, pour rétablir un certain équilibre », précise Philippe Raxhon. Alors que tout le gratin était présent à l’inauguration du barrage, on oublia d’inviter le sculpteur Antoine-Félix Bouré, spécialiste des œuvres colossales.
Les statues de l’animal ont continué à pulluler durant les 19ᵉ et 20ᵉ siècles, notamment à travers les nombreux monuments aux morts. Même si on oublie leurs sculpteurs, les Lions belgiques sont passés à la postérité.