12min

De la boxe à la bombe

Lors Doukaev

À Liège, on connaissait Lors Doukaev comme un boxeur unijambiste au parcours inspirant. Jusqu’à ce qu’en septembre 2010, il rate un attentat au Danemark, sa bombe artisanale lui explosant au visage. Derrière ce basculement, un parcours trouble et un dossier long comme le bras qui révèle alors les angles morts des services de police et de renseignement belges.

img-299
Daniel Huseynov. CC BY-NC-ND

Il sort de la douche, encore marqué par l’effort, la peau rougie par l’eau chaude. Lors Doukaev affiche un sourire en coin, des cheveux mouillés, quelques gouttes sur les épaules. Et commence à raconter. « C’était en Tchétchénie, en 1996. J’ai marché sur une mine », rembobine-t-il, dans un français impeccable.

- Quel âge aviez-vous ?

- Je venais d’avoir 10 ans.

Les détails viendront plus tard : une aire de jeux à Grozny, une mine russe enfouie sous le sable, puis l’explosion immédiate, surtout irréversible, parce qu’elle emporte avec elle le dernier tiers de sa jambe droite.

Depuis cette scène d’horreur, d’autres parties du corps du Belgo-Tchétchène ont légèrement morflé. Le nez et les oreilles en particulier. La barbe, elle, a poussé en mode collier. Logique : le gamin est désormais un homme, qui plus est un boxeur reconnu en Belgique francophone, ce qui lui permet de dérouler sereinement le fil de sa trajectoire face à la caméra d’Alain Marcoen, réalisateur d’un documentaire sur le « noble art » liégeois – Coin rouge, coin bleu.

À Liège, on le connait d’abord pour ce statut-là. Le boxeur unijambiste. Le type qui monte sur le ring avec une prothèse, malgré la guerre, la mutilation et l’exil. Une anomalie devenue attraction, muée en respect : vingt combats, douze victoires, deux nuls, de quoi forger une solide réputation dans la salle, et notamment dans la sienne, à Droixhe, au cœur de cet emblématique …

Lire, en toute liberté

Cet article semble vous intéresser. Vous pouvez lire la suite à votre aise : c’est un cadeau. Il suffit de cliquer sur le bouton blanc, ci-dessous.

Nos contenus doivent être accessibles au plus grand nombre. La période découverte (bouton jaune) vous donne gratuitement accès à l’ensemble de nos articles durant 15 jours, sans engagement.

Ensuite, si vous estimez que notre travail journalistique indépendant (vous) est utile, vous pourrez toujours nous apporter votre soutien en vous abonnant. Merci

Un journalisme exigeant peut améliorer notre société. Voulez‑vous rejoindre notre projet ?

La communauté Médor, c’est déjà 3657 abonnés et 2109 coopérateurs

Médor ne vous traque pas à travers ses cookies. Il n’en utilise que 3 maximum pour la sécurité et la navigation.
En savoir plus