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De la boxe à la bombe

Lors Doukaev

À Liège, on connaissait Lors Doukaev comme un boxeur unijambiste au parcours inspirant. Jusqu’à ce qu’en septembre 2010, il rate un attentat au Danemark, sa bombe artisanale lui explosant au visage. Derrière ce basculement, un parcours trouble et un dossier long comme le bras qui révèle alors les angles morts des services de police et de renseignement belges.

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Daniel Huseynov. CC BY-NC-ND

Il sort de la douche, encore marqué par l’effort, la peau rougie par l’eau chaude. Lors Doukaev affiche un sourire en coin, des cheveux mouillés, quelques gouttes sur les épaules. Et commence à raconter. « C’était en Tchétchénie, en 1996. J’ai marché sur une mine », rembobine-t-il, dans un français impeccable.

- Quel âge aviez-vous ?

- Je venais d’avoir 10 ans.

Les détails viendront plus tard : une aire de jeux à Grozny, une mine russe enfouie sous le sable, puis l’explosion immédiate, surtout irréversible, parce qu’elle emporte avec elle le dernier tiers de sa jambe droite.

Depuis cette scène d’horreur, d’autres parties du corps du Belgo-Tchétchène ont légèrement morflé. Le nez et les oreilles en particulier. La barbe, elle, a poussé en mode collier. Logique : le gamin est désormais un homme, qui plus est un boxeur reconnu en Belgique francophone, ce qui lui permet de dérouler sereinement le fil de sa trajectoire face à la caméra d’Alain Marcoen, réalisateur d’un documentaire sur le « noble art » liégeois – Coin rouge, coin bleu.

À Liège, on le connait d’abord pour ce statut-là. Le boxeur unijambiste. Le type qui monte sur le ring avec une prothèse, malgré la guerre, la mutilation et l’exil. Une anomalie devenue attraction, muée en respect : vingt combats, douze victoires, deux nuls, de quoi forger une solide réputation dans la salle, et notamment dans la sienne, à Droixhe, au cœur de cet emblématique quartier populaire de la Cité ardente.

La belle histoire aurait pu se poursuivre ainsi, sur l’itinéraire inspirant d’un corps cabossé, d’une vie reconstruite à coups d’uppercuts et de résilience à toute épreuve… Mais en septembre 2010, Lors Doukaev chamboule complètement le récit qui lui était promis : il prend un bus pour Copenhague, puis tente d’envoyer un colis piégé au Jyllands-Posten, le quotidien danois auteur de caricatures polémiques du prophète Mahomet. Il échoue. Et tout explose ailleurs.

Chanceux d’en sortir

Vendredi 10 septembre 2010, 13 h 23. Une déflagration retentit dans les toilettes du sous-sol de l’hôtel Jørgensen, une auberge de jeunesse sans l’once d’un luxe, située dans le centre de Copenhague.

La bombe est artisanale. Instable. Avec des billes métalliques, un système de mise à feu bricolé et du TATP, c’est-à-dire du peroxyde d’acétone, un explosif très sensible fréquemment utilisé lors d’attentats, Lors Doukaev souhaitait provoquer l’effet d’une grenade. L’engin aurait pu tuer quiconque se serait trouvé à un ou deux mètres, et blesser gravement jusqu’à cinq mètres, principalement à cause des fragments. Sauf qu’en le manipulant, le boxeur a fait sauter le dispositif et voler la cuvette de ces toilettes exigües en éclats, tel que le relate le jugement de la Cour de Copenhague du 31 mai 2011 – que Médor s’est procuré.

Extrêmement chanceux de s’en sortir avec quelques marques sur le visage et l’arcade droite ouverte, Lors Doukaev fuit alors en courant dans le parc avoisinant. La cavale tachetée de sang ne dure pas longtemps : à 15 h 38, le fugitif est neutralisé sur le sol, tandis que l’Ørstedsparken est bouclé et que les démineurs interviennent à l’aide de robots télécommandés.

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Daniel Huseynov. CC BY-NC-ND

Pour ajouter au surréalisme du dossier, les plongeurs des services de police danois fouillent ensuite le lac adjacent au parc et retrouvent deux éléments qui n’ont aucun lien avec les plans de Doukaev : une autre bombe artisanale, ainsi qu’une sculpture en bronze disparue mystérieusement quinze ans plus tôt…

Lors Doukaev était arrivé au Danemark le 7 septembre 2010 avec une idée claire : faire payer au Jyllands-Posten ses caricatures de Mahomet, dessinées par Kurt Westergaard, puis publiées par le quotidien en 2005. Des dessins jugés blasphématoires et considérés comme l’un des éléments déclencheurs d’une série d’attentats perpétrés par la suite en Europe, en France et Belgique.

Les images de vidéosurveillance montrent également que le terroriste présumé est entré dans les toilettes de l’hôtel Jørgensen vers 12 h 45 et y est resté environ 38 minutes. Les caméras l’avaient déjà filmé, par deux fois, dans un bureau de poste du coin : il était affublé d’un béret, d’une paire de lunettes de soleil et d’un bouc, alors qu’il achetait du matériel pour concevoir sa bombe artisanale, et notamment un jeu Nintendo, dont l’emballage plastique était destiné à servir de contenant.

Dans les toilettes, les enquêteurs découvrent les traces d’un assemblage aussi précis qu’empreint d’amateurisme : 408 billes encastrées dans le plafond, des fils dénudés, une batterie de neuf volts arrachée, des fragments de plastique, des résidus de colle, des morceaux d’enveloppes… ainsi qu’un sac de sport noir : à l’intérieur, une casquette, des lunettes de soleil, des gants en latex, un stylo, un pistolet accompagné de deux chargeurs de 40 cartouches supplémentaires, mais aussi une note manuscrite comprenant l’adresse du Jyllands-Posten à Aarhus, à près de 200 kilomètres de là.

« Très, très bien intégré »

Si le journal danois a depuis été la cible de plusieurs tentatives d’attentat, l’histoire de Lors Doukaev demeure pour le moins atypique. Né le 12 janvier 1986 à Kirov, en ex-URSS, il est le fruit de l’union d’une mère russe, Kisa, médecin de formation, et d’un père tchétchène, Magomed, officier dans l’armée soviétique.

Le clan Doukaev déménage à Grozny, capitale de la Tchétchénie, avant qu’une première guerre n’éclate contre la Russie, qui souhaite réprimer l’indépendantisme de ce peuple effronté, pratiquant en grande majorité l’islam sunnite dans les montagnes du Caucase. Le 6 février 1996, Lors, 10 ans, marche sur une mine anti-personnel et perd l’usage de sa jambe droite. Une photo d’époque le montre balafré, bandage sur le membre inférieur, regard dur en biais, comme s’il ne restait de l’insouciance de l’enfance que son teeshirt aux rayures rouges et son short d’un bleu éclatant.

En 2000, il fuit la Tchétchénie en compagnie de sa mère et de sa sœur. Direction la Belgique, son ciel gris, sa bourgade d’Arlon pour première escale. Il y obtient le statut de réfugié et son CESS, synonyme d’études secondaires terminées et de sésame pour poursuivre son intégration tranquillement. La nationalité belge suit en 2006, sans qu’aucune contrindication ne soit soulevée à son égard : Lors Doukaev semble marcher sur le chemin somme toute classique d’un réfugié qui se fond dans le décor.

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Daniel Huseynov. CC BY-NC-ND

En parallèle d’un déménagement à Liège, et plus précisément à Herstal, il entame une formation d’architecture – abandonnée après quelques semestres – et développe une carrière de boxeur amateur au sein du Boxing Club Cocktail, à Droixhe. Le désormais Belgo-Tchétchène cogne dans la catégorie des moins de 69 kilos et l’agilité avec laquelle il frappe le cuir du punchingball laisse deviner les succès à venir.

Il faut dire que le CV de son entraineur, Albert dit « Al » Syben, en mettrait KO plus d’un : double champion de Belgique poids lourds, cet inspecteur de police dans le civil est également connu pour avoir croisé les gants avec la légende Mohamed Ali, en 1979, sur le ring du Sart-Tilman. C’est son assistant, Fabian Détaille, qui se charge de présenter le protégé, désormais qualifié de « terroriste présumé », à la RTBF, en 2010. « [Sa tentative d’attentat] ne colle pas à la personnalité qu’on a connue de lui. C’est un garçon très intelligent, très ouvert, qui discute avec tout le monde et qui parle un très bon français… Voilà : très, très bien intégré. »

Identité sur corps mutilé

Ce profil d’élève modèle intrigue à postériori. Parce que la belle histoire comporte malgré tout quelques zones d’ombre. À 24 ans au moment des faits, Lors Doukaev serait déjà le père de deux enfants, l’un né en Belgique, l’autre vivant avec une femme au Tadjikistan. Des allers-retours jusque dans cette dictature d’Asie centrale sous influence russe, où il aurait fréquenté des « camps d’entrainement au combat », mais également en Allemagne, font tiquer les enquêteurs.

Deux voyages à Copenhague, dont l’un dans le cadre de ses études d’architecture, en 2008, interrogent aussi les autorités. Son dernier combat connu – une défaite à Liège – a lieu le 23 janvier 2010. Puis le futur « terroriste présumé » disparait progressivement des radars : aucune trace de lui n’est à signaler jusqu’à sa tentative d’attentat, ce fameux vendredi 10 septembre 2010. Serait-ce dans cet intervalle que quelque chose a basculé ?

Pendant cinq longues journées qui suivent la tentative d’attentat, soit jusqu’au 15 septembre 2010, personne ne s’avère capable de mettre une identité sur ce corps mutilé. La police danoise diffuse un premier signalement approximatif – un homme d’une quarantaine d’années, mesurant un mètre 80, amputé, parlant français et anglais, d’apparence européenne ou nord-africaine – puis tente de corriger le tir : le suspect, qui attend en prison de connaitre son sort, atteindrait le mètre 69, aurait entre 25 et 35 ans, serait méditerranéen ou sud-européen, avec un nez « large », tourné vers la droite et probablement cassé à plusieurs reprises…

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Daniel Huseynov. CC BY-NC-ND

Le principal intéressé, lui, ne parle pas. Il se contente plutôt de ne plus se souvenir de son nom ni de son âge, en plus de n’avoir aucun document en poche. Il faudra un photographe du quotidien B.T., et plusieurs coups de fil bien sentis à des clubs de boxe francophones, pour enfin mettre une identité sur le visage défiguré : Lors Magomedovitch Doukaev. Le boxeur unijambiste de Liège.

Très vite, deux récits médiatiques s’enchainent : le premier décrit un homme méthodique, rusé, propriétaire de plusieurs cartes d’identité et d’une prothèse de jambe dont le numéro de série a été soigneusement limé, à l’instar de celui de son pistolet. Un professionnel qui atteint Copenhague en bus, sous le nom de Maxime Didier, réserve l’hôtel Jørgensen sous celui de Raoul Foltz, puis achète son billet retour sous le paravent d’Hans Veller.

Le second récit le concernant témoigne plutôt de l’inverse : il raconte un mec perdu, incapable de mener à bien son projet, changeant jusqu’à la composition de sa bombe artisanale dans la précipitation. En d’autres termes, un terroriste du dimanche, à la limite du risible.

Loup solitaire

Dans sa thèse sur le traitement médiatique de la menace terroriste contre le Danemark, la chercheuse Asta Smedegaard Nielsen résume l’idée : « Contrairement à ce qui avait été interprété auparavant […], on a désormais l’image d’un jeune homme – peut-être un peu pitoyable – qui ne savait pas vraiment ce qu’il faisait lorsqu’il a tenté d’envoyer un colis piégé au Jyllands-Posten. »

Il reste donc les faits. Il y a d’abord ce disque dur trouvé lors d’une perquisition de la police belge chez une infographiste liégeoise, ex-petite amie de Lors Doukaev. Outre des manuels de fabrication d’explosifs divers – notamment d’inspiration néonazie – ou une série de dossiers et de sous-dossiers apprenant à se dissimuler, à prendre en otage, à tuer au nunchaku et au poignard, l’objet contient des documentaires sur le 11 septembre 2001, des films sur le service de sécurité américain et, d’après la Cour de Copenhague, seize vidéos dont « le contenu peut être caractérisé comme matériel de propagande islamiste militant ». Sept de ces vidéos appellent très clairement au « jihad » et à la lutte contre les « infidèles ».

Et puis, un autre élément troublant apparait lors du procès : le 3 octobre 2009, Lors Doukaev a conduit plusieurs personnes à un évènement organisé à Brême par René Marc Sepac, un homme soupçonné de liens étroits avec les milieux islamistes radicaux, tels que l’organisation terroriste Al-Qaïda. À la sortie d’une mosquée considérée par les autorités comme « extrémiste », Doukaev est remarqué par les services de sécurité allemands, qui procèdent à un contrôle routier.

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Daniel Huseynov. CC BY-NC-ND

Les questions fusent alors devant le mutisme de l’accusé : a-t-il agi seul ? Est-il un acteur isolé, dépassé par son propre projet, ou l’élément visible d’un réseau plus structuré ? Sur ce point, les différents rapports universitaires, judiciaires et policiers se contredisent. Certains évoquent un « loup solitaire » ; d’autres affirment le soutien d’organisations terroristes. Et Lors Doukaev reste, encore aujourd’hui, insaisissable.

Le Comité permanent de Contrôle des services de renseignement et de sécurité (Comité R) traduit cette ambivalence dans son rapport d’activités de 2011 : « Une organisation islamiste fondamentaliste aurait recruté Lors Doukaev », est-il noté, sans pour autant pouvoir déterminer si ces informations ont été récoltées avant ou après la tentative d’attentat. Un « processus de radicalisation rapide », dans lequel sa mère aurait joué un rôle prépondérant, est malgré tout envisagé.

Coups et blessures

Sur le territoire belge, on finit naturellement par se poser une autre question : comment un tel individu a-t-il pu passer sous les radars des différents organes de contrôle ou entre les mailles de leurs filets ?

Lors Doukaev avait pourtant été repéré dès 2007, soit trois ans avant sa tentative d’attentat. Un agent du SGRS le croise alors, par hasard, dans la rue : il note les caractéristiques physiques de cet homme barbu, amputé d’une jambe et accompagné d’une femme voilée. Léger, à priori, mais suffisant pour pousser la recherche : les vérifications effectuées auprès du SGRS, ainsi que de la police fédérale et de l’Office des étrangers, ne révèlent rien de suspect. Pas plus que le passage de l’agent de quartier, en 2008, qui dit le « tenir à l’œil », en raison uniquement de son apparence « musulmane tchétchène ».

C’est finalement en janvier 2010, lorsque la police allemande signale à la Sureté de l’État la présence de l’intéressé à Brême, en Allemagne, que la machine semble s’enrayer. L’agent de la Sureté chargé de suivre le milieu tchétchène prend le dossier en main, contacte l’inspecteur du quartier où réside Doukaev, puis découvre que ce dernier est connu pour des faits de coups et blessures et qu’il a, semble-t-il, quitté son domicile depuis « plusieurs mois ». Cependant, faute « d’éléments suffisants », aucun rapport n’est établi.

Ce sont en tout cas les mots du Comité R. « Ce comportement n’était pas du tout professionnel », relate-t-il. Et pour cause : quatre mois plus tard, le 11 mai 2010, la police allemande repasse un coup de fil avec l’intention d’identifier un dénommé « Lors » sur plusieurs photos. S’il s’agit bien de Doukaev, la situation a changé : l’ex-boxeur fait désormais l’objet d’une ordonnance de capture du tribunal correctionnel de Liège, depuis qu’il a été condamné le 4 février précédent, à dix mois de prison pour détention illégale d’armes à feu, violences et menaces. Ce qui ne semble pas pour autant mettre la maréchaussée belge à ses trousses.

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Daniel Huseynov. CC BY-NC-ND

Au cours d’une patrouille « fortuite », le 16 juin 2010, la police d’Herstal découvre que son appartement est vide et qu’il n’y réside plus « depuis plus d’un mois ». Elle ne propose ni la radiation d’office ni la recherche de son nouveau domicile. « Aussi invraisemblable que cela puisse paraitre […] ce dernier a pu errer dans la nature à sa guise durant des mois, tout en conservant une inscription au registre national », s’étonne le Comité permanent de contrôle des services de police (Comité P), dans son rapport annuel de 2013.

Douze ans ferme

Le même rapport s’attarde sur plusieurs éléments jugés interpelants : le club de boxe de Lors Doukaev, qui a pour vocation sociale de « faire sortir de la rue les jeunes du quartier en difficulté », en l’occurrence Droixhe, est alors soutenu financièrement par une asbl portant le nom et le numéro de la zone de police de Liège. Malaise palpable : son coach Albert Syben, également policier, n’aurait pas non plus « remarqué – bien au contraire – des signes de radicalisation ».

« Comment est-il possible de ne pas détecter la présence d’autres personnes ayant le même profil […] ou connues des services de police au sein du club ? », s’interroge-t-on. Le Comité P, à l’instar du Comité R, tient néanmoins à affirmer que l’ensemble de ces éléments, même recueillis en amont, n’aurait pas « avec certitude » permis de déjouer le projet d’attentat de Lors Doukaev…

Dans les années 2003-2004, la criminalité tchétchène était surveillée par la Sureté de l’État et certains parquets. Aux alentours des années 2010, c’est la radicalisation des jeunes Tchétchènes qui préoccupe le renseignement et la police belges, notamment au départ de certaines mosquées et plus particulièrement dans la région verviétoise.

Ces années précèdent les grandes vagues d’attentats connus en France et en Belgique, à partir de 2015, et l’affaire permet au moins de mettre en lumière des dysfonctionnements dans le partage des informations entre les services de police et de renseignements. « Ce dossier devrait servir de cas d’école pour améliorer structurellement la collaboration entre lesdits services », souligne un membre du parlement fédéral, le 21 janvier 2015, amorçant une réforme sur le croisement des données et l’échange des infos.

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Daniel Huseynov. CC BY-NC-ND

En attendant, Lors Magomedovitch Doukaev a été condamné à douze ans de prison, au Danemark, avant d’être extradé vers la Belgique, le 25 avril 2013. À 27 ans, son retour dans son pays d’accueil donne l’occasion au parquet fédéral de le confronter à trois faits de faux en écriture publique, d’un recel de cartes d’identité et de quatre ports de faux noms dans le cadre des actes préparatoires de son attentat manqué. Une procédure qui lui vaudra dix mois d’emprisonnement supplémentaires.

Puis, doucement, l’affaire disparait des médias. Le nom de Doukaev ne revient que lorsque la justice étudie l’éventualité de la déchéance de sa nationalité belge, mais renonce à la prononcer, parce qu’elle aurait fait de lui un apatride. Reste alors les rapports, les analyses et les typologies du terrorisme contemporain : Lors Doukaev y apparait comme ce terroriste imparfait, cette énigme pratique, ce « cas d’école », bref, un bel exemple du « loup solitaire », si caractéristique du début des années 2010.

Aux dernières nouvelles, le désormais quadragénaire était sorti de prison, vivait de nouveau à Liège, et était retourné frapper le punchingball, dans son club de boxe. Avant, probablement, de sortir de la douche, encore marqué par l’effort, la peau rougie par l’eau chaude.

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  1. Rapport annuel 2013 du Comité P.

  2. Thèse publiée par l’Université d’Aalborg en 2014, p. 178.

  3. Service général du renseignement et de la sécurité (service de renseignement de l’armée), pendant militaire de la Sûreté de l’État.

  4. Rapport d’activités 2011 du Comité R.

  5. Albert Syben n’a pas voulu répondre à nos questions.

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