Balance ton proprio
Logement insalubre à Charleroi
Dans une ville où beaucoup de logements sont minés par l’humidité, les marchands de sommeil prospèrent et un groupe de population inattendu accourt aussi : des multipropriétaires originaires de Bruxelles ou des deux Brabants qui exploitent la faiblesse des locataires.
Place du Manège, le premier avril. Pas trop le jour des blagues. Nadia est assise sur un banc en béton d’une de ces grandes places minéralisées (et tristes) du centre-ville. Comme les 250 personnes qui s’apprêtent à manifester dans l’ancienne capitale hennuyère du charbon puis de l’acier, Nadia est venue pour parler de ses propriétaires. Ceux qui l’ont expulsée en février. Depuis, cette mère de trois enfants souffle un peu après avoir vécu « l’horreur ». Le réseau de solidarité associatif qui organise la manif lui a trouvé un logement « normal ». « Je suis passée d’une situation pourrie à une autre, dit-elle. Je ne sais pas ce qui était le pire. La mérule que j’avais connue chez des marchands de sommeil ou les courants d’air et la déglingue des cinq dernières années. »
Nadia cite deux exemples récents dans un immeuble de l’avenue de Waterloo, à 500 mètres de l’hôtel de ville, où elle louait un studio (présenté comme un appartement) à 650 euros, souris, dealeurs dans la cage d’escalier et taches d’humidité comprises. Elle parle du cadavre d’un voisin qui a pué pendant des semaines et, sans rapport aucun, de la fenêtre qu’elle a dû enjamber quand sa porte d’entrée s’est bloquée. « Mes proprios, deux frères, s’en foutaient. Au lieu d’entamer les travaux nécessaires ou d’appeler une société de nettoyage, ils faisaient bosser leurs locataires venus d’autres bâtiments », dit Nadia. Pour elle et sa fille …