1min

Magritte Magritte

Une oeuvre peut en cacher une autre

draft-trou-trompe-l-oeil
laetitia gendre. CC BY-NC-ND.

On le sait à présent. Le maître du surréalisme a créé des peintures cachées sous ses tableaux. Quel maître de la mystification ! Euh… Pas tout à fait.

Fin août 2023, le Centre européen d’archéométrie de l’Université de Liège (CEA) fait une révélation : sous la peinture La Cinquième Saison (1943) de Magritte se cache un portrait. Plus fort encore, La Cinquième Saison représente deux hommes portant deux tableaux. Mise en abyme de dingue, quatre tableaux en une toile (deux dessinés et deux superposés) ! Coup de génie. René Magritte se joue des apparences. Sa pipe qui n’en est pas une ne s’appelle pas La Trahison des images pour rien. Regarder n’est pas voir. Bien joué, René.

Catherine Defeyt, chercheuse au CEA, a « scanné » 63 toiles du maître du surréalisme. Huit d’entre elles sont des « doubles peintures ». Comprenez, l’artiste peint une œuvre, puis il en peint une autre par-dessus. Sur la même toile.

Il s’agit surtout « d’œuvres de jeunesse datant des années 20. Prenons La salle d’armes. Non seulement elle est double, mais, en plus, elle a été réalisée sur un sac de jute qui avait contenu des prunes. Et Magritte a recyclé des fonds de pots de peinture ayant servi à peindre ses propres meubles ».

Fauché

Le signal est clair. C’est la contrainte économique qui a amené l’artiste à repeindre toile sur toile. Magritte était coutumier du fait. « Bien qu’il y ait des clins d’œil, des réminiscences de compositions sacrifiées, on ne peut pas conclure à une démarche artistique. » Déception.

À moins que ? Pour le cas de La Cinquième Saison, c’est plus compliqué. Nous sommes en 1943. C’est la guerre, tout le monde se serre la ceinture, mais Magritte fait son trou et devient célèbre, moins fauché. Sous cette Cinquième Saison, le portrait découvert pourrait figurer Georgette, son épouse, « qu’il aime tant, mais avec qui, à cette période, il est en difficulté », explique Catherine Defeyt.

René a-t-il voulu faire disparaître Georgette (si c’est bien elle) ?

Ses doubles peintures ne seraient finalement que l’expression de soucis économiques et, plus déprimant encore, celle d’un amour blessé… qui flanque peinture et femme au fond du trou.

Tags

Dernière mise à jour

Un journalisme exigeant peut améliorer notre société. Voulez‑vous rejoindre notre projet ?

La communauté Médor, c’est déjà 3590 abonnés et 1918 coopérateurs

Vous avez une question sur cet article ? Une idée pour aller plus loin ?

ou écrivez à pilotes@medor.coop

Médor ne vous traque pas à travers ses cookies. Il n’en utilise que 3 maximum pour la sécurité et la navigation.
En savoir plus