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Cogito : Les derniers seront les deniers

Le business du soutien scolaire

Amélie Carpentier. CC BY-NC-ND.

Un enseignement rigide, des jeunes qui rament, des parents stressés. Ce cocktail a facilité l’apparition de sociétés commerciales de soutien scolaire. Parmi elles, on trouve Cogito. Pionnière du secteur, cette « société anonyme à finalité sociale » fondée par l’auteur libéral Drieu Godefridi n’hésite pas à monter haut dans les prix. Voici un business qui n’a peut-être pas fini de grandir.

Il s’agit d’un marché estimé à 2,1 milliards d’euros, dont 70 à 80 % sont « captés » par le travail au noir. Une bonne partie du reste, soit 250 millions d’euros, constitue la chasse gardée d’opérateurs commerciaux dont les « leaders » devraient voir leur chiffre d’affaires grimper de 4 % en moyenne par an d’ici à 2022. Vous pensez à la construction ? À l’Horeca ? Détrompez-vous. Il s’agit du secteur du soutien scolaire privé. En France du moins. Car ces chiffres émanent du Xerfi, un institut « spécialisé dans l’analyse économique sectorielle en France et à l’international », et ne concernent que nos voisins. Pour la Belgique, malgré sa vocation « internationale », le Xerfi ne dispose d’aucune information.

Dommage. Voilà pourtant près de vingt ans que des opérateurs commerciaux de soutien scolaire font partie du paysage économique belge. « Le secteur est non documenté en Belgique, mais il semble que cela augmente », constate Vincent Vandenberghe, professeur d’économie à l’UCLouvain. My Sherpa (constituée en 2006), Admitis (2007), Student Academy (2013), Réussit’School (lancée par Knowledge Fusion, une société constituée en 2015), Learn Up (2019) : ils sont effectivement de plus en plus à tenter de se faire une place au soleil. Pourtant, ils ont presque tous été précédés par une société : Cogito.

Créée en 2001, Cogito n’est cependant pas née sur un terrain vierge. En Belgique, les cours particuliers, dispensés le plus souvent au noir, font partie du paysage de l’enseignement depuis des décennies. Confrontés à un système scolaire peinant à suivre les élèves au plus près, à tenir compte des spécificités de ceux-ci, certains parents choisissent de faire accompagner leurs enfants « en plus » de l’école. « Mais toute une partie de ce marché a fini par se “régulariser” et est passée en déclaré », explique Ron Kelijman, cofondateur de My Sherpa. Un phénomène qui a donné naissance aux acteurs commerciaux du secteur. Pourquoi ? Parce que l’offre au noir était inaccessible à une partie du public. Tout le monde n’a pas un ami professeur… « Légaliser » le marché, c’était donc aussi le rendre visible et accessible au plus grand nombre.

« Par ce biais, Cogito s’est emparé d’un marché “caché” et l’a porté à un niveau d’industrie », analyse Geoffroy Carly, directeur des Ceméa, une association d’éducation populaire qui milite dans les champs scolaires et extrascolaires.

Derrière la naissance de Cogito, on trouve Drieu Godefridi. Évoluant aujourd’hui dans les parages de la droite du MR, Drieu Godefridi fut un temps annoncé comme une recrue potentielle pour le parti de droite radicale créé en 2019 par Alain Destexhe, la « Liste Destexhe » (entre-temps rebaptisée « Libéraux Démocrates »). Régulièrement qualifié de « libéral de droite » ou de « libéral conservateur » par les médias, il est aussi l’auteur de plusieurs ouvrages aux titres évocateurs comme L’écologisme, nouveau totalitarisme ? ou La révolution Trump. Un Trump dont il épouse aussi parfois quelques arguments : lors du décompte compliqué des voix au cours des élections présidentielles américaines, Drieu Godefridi n’hésitera pas à évoquer sur les réseaux sociaux « des preuves matérielles de fraudes massives ». Mais bien avant cela, Drieu Godefridi – qui n’a pas souhaité répondre à nos questions, pas plus que Cogito – avait donc eu une idée : créer Cogito. Ce faisant, il stimulait aussi la vague des opérateurs privés de soutien scolaire en Belgique francophone. Et le cortège de questions qui l’accompagne…

Grosse pression

« Les chiffres du Covid augmentent et tout le monde s’en fout… Écartez-vous ! » C’est jour d’audience à la justice de paix d’Uccle ce 17 septembre 2020. Et le juge n’est manifestement pas content. Dans la salle, les parties prenantes aux litiges s’entassent, masque au visage, mais un peu trop collées les unes aux autres. Parmi elles, Nathalie Dufresne se tord les mains, à l’écart sur un banc. Avocate, la jeune femme n’est pourtant pas là pour travailler : elle a intenté un procès à Cogito. Son histoire avec la société a débuté quelques mois plus tôt lorsqu’elle a inscrit son plus jeune fils, élève de secondaire, à un stage afin de l’aider en néerlandais. Son enfant passe par un des douze centres recensés par Cogito, situé à Uccle, est pris en main par le responsable de ce centre, par des formateurs. L’expérience « se passe bien » : les points du gamin ne progressent pas, il se montre dubitatif à propos des cours de méthode dispensés –  « des trucs pour le cerveau », commente-t-il –, « mais de l’extérieur ça donnait l’impression que du travail avait été fait », explique Nathalie Dufresne. Le soir, son fils revient effectivement à la maison avec une farde remplie de feuilles de révision, de fiches qu’il a réalisées.

Aussi, lorsque Pâques 2020 approche, Nathalie Dufresne remet le couvert avec son plus jeune fils et son aîné. Le slogan de Cogito pour cette session – « Votre enfant travaille bien chez nous, la paix chez vous » – achève de la convaincre. « J’ai trois enfants, je travaille à domicile, je suis assez stressée avec la scolarité de mes enfants. Mais je n’ai pas envie de me battre avec eux », se justifie-t-elle. Elle n’est pas la seule dans cette situation. Pour Dominique Lafontaine, professeure en sciences de l’éducation à l’Université de Liège, « en Fédération Wallonie-Bruxelles, on considère que l’école n’est pas responsable de la réussite de l’élève. Toute la pression est renvoyée vers les parents qui se sentent incompétents. Cela génère de l’anxiété, les devoirs sont source de conflit. Une situation qui a été bien comprise par des sociétés commerciales qui y ont vu un créneau relativement lucratif ».

Les « moments forts » de l’année sont dès lors l’occasion pour Cogito et ses concurrents de communiquer sur les réseaux sociaux afin de proposer leurs services. Sur Facebook, les messages s’enchaînent. À la rentrée : « C’est la rentrée et, chez Cogito, nous nous en réjouissons ! En effet, la rentrée académique offre une “fenêtre d’opportunités” unique : celle de se donner une méthode de travail pour toute l’année à venir, et les suivantes ! » Un peu avant les examens de Noël : « Dans la plupart des écoles, 40 % des “points” de l’année auront été joués le 20 décembre. Autant dire qu’après Noël, il restera à continuer sur sa bonne lancée, ou courir pour récupérer le retard. C’est pourquoi nous proposons… » Et ainsi de suite jusqu’à la fin de l’année scolaire. Visiblement, cela marche. Martine – nom d’emprunt – travaille pour Cogito comme coach (chez Cogito, les étudiants sont pris en main par des « formateurs », ceux du supérieur par des « coachs » lors du « coaching Cogito », NDLR). Elle témoigne d’une demande des parents qui va crescendo au fur et à mesure que l’année s’écoule et que les – mauvais – résultats s’empilent. « Ils sont stressés à mort, il y a une hantise de l’échec de leurs enfants. Il y a dix ans, les parents ne passaient pas des heures à bosser derrière leur ordinateur à la maison. Aujourd’hui, c’est le cas. Ils n’ont plus le temps et ça joue sur la demande. Ils sont prêts à payer cher pour avoir la paix, mais personne ne se demande si le jeune en a vraiment besoin. On fait aussi notre beurre là-dessus. » « Il ne faut jamais sous-estimer la propension des parents à dépenser pour l’éducation, commente Vincent Vandenberghe. Plus c’est cher, mieux c’est, on confond prix et qualité. »

« Cher » ? Si Nathalie Dufresne avait voulu, elle aurait pu opter en mars 2020 pour une formule « Méthode & matières » de huit séances de quatre heures à 720 euros, durant l’année scolaire. Voire un mode « Aristote » de 16 heures de cours individuels pour un montant de 784 euros par mois. Et si ses gamins avaient été dans le supérieur, un « blocus assisté » en résidentiel de 860 euros pour cinq jours aurait aussi fait l’affaire. Au lieu de cela, elle s’est donc laissé tenter par les stages de Pâques, pour lesquels elle a déboursé 1 125 euros pour ses deux fils, à raison de 30 heures de stage sur cinq jours. Puis est arrivé le Covid. Les stages ont été annulés dans leur format « présentiel » et Cogito a proposé une solution via une plateforme numérique, que Nathalie Dufresne a déclinée. Elle a demandé un remboursement. Ce que Cogito a refusé. « Non seulement cette solution n’était pas possible pour nous – je n’avais pas les ordinateurs en suffisance à la maison – mais quand vous payez 1 125 euros pour que vos enfants se trouvent dans un cadre privilégié et qu’on vous impose un enseignement en ligne, ce n’est plus à l’intérêt des enfants qu’on pense mais à l’intérêt purement financier d’une société commerciale. »

Du côté de Patrick Conrads, l’avocat de Cogito, on fait remarquer que « Nathalie Dufresne est la seule à avoir intenté un procès à Cogito ». Ce qui fait réagir l’intéressée. « Bien sûr que je suis la seule. Beaucoup de parents n’ont pas les moyens de le faire, un procès coûte cher. Et le contrat que j’ai signé est cadenassé, il y est mentionné que le client qui souhaite annuler son stage pour cas de force majeure doit le faire dans les 24 heures. Qui va faire ça ? Mais je suis avocate et je ne me laisse pas faire », chuchote-t-elle en regardant son avocate s’avancer en direction du juge.
— Voulez-vous accepter ce que vous propose la partie adverse (Cogito a fini par proposer des bons à valoir, NDLR) ?, demande le juge.
— Non, répond l’avocate de Nathalie Dufresne.

Nathalie Dufresne chipote à son mas­que. « Les bons à valoir ne m’intéressent pas, comment voulez-vous que j’aie encore confiance ? Je veux aller jusqu’au bout par principe. Mais je peux tout aussi bien perdre », souffle-t-elle. Ce qui finira par arriver. Dans un jugement daté du 15 octobre, le juge lui donnera tort et donnera « acte » à Cogito de sa proposition « d’émettre un bon à valoir à hauteur des sommes payées » en soulignant « que les mesures de confinement […] ont un impact sur tout un chacun ».

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Amélie Carpentier. CC BY-NC-SA

« Des milliers d’étudiants »

Nathalie Dufresne n’est pas l’unique parent à avoir opté pour Cogito. La société se montre discrète quant à la taille de sa clientèle. Mais Drieu Godefridi évoquait, dans les pages de La Libre Belgique du 20 mai 2017, « des milliers d’étudiants » accompagnés chaque année. Coup de communication bon marché ? En jetant un œil sur les comptes annuels de Cogito, on constate en tout cas que la société faisait état d’un chiffre d’affaires de près de 1,3 million d’euros en… 2010 et de 1,5 million d’euros en 2011. Depuis, plus rien. Mentionner le chiffre d’affaires dans les comptes abrégés déposés à la Banque nationale de Belgique n’est en effet pas obligatoire. Jusqu’en 2018, Cogito continuait toutefois à dégager des bénéfices, signe probable que l’activité tournait. Mais, dans les comptes 2019, la société recense une perte de 122 318 euros…

Alex – nom d’emprunt – a été formateur et responsable de l’un des centres de Cogito. Quand il décrit la clientèle de celui-ci, il évoque, vu les prix pratiqués, « une majorité de classes moyennes ou supérieures. La plupart du temps, c’étaient des avocats en fusion/acquisition ». Quant à l’éventualité de tarifs sociaux pour des jeunes moins favorisés, Drieu Godefridi affirmait dans La Libre Belgique du 20 août 2015 qu’« un tarif réduit peut-être appliqué à titre extraordinaire à des étudiants profondément motivés mais freinés par leur budget ». « On n’avait pas le droit techniquement, money is money, même si cela risque de creuser les inégalités sociales, resitue Alex. Mais ça m’est arrivé de faire passer des trucs au black pour faire baisser le prix. »

Un témoignage qui peut étonner quand on sait que Cogito est une « société anonyme à finalité sociale » (SFS)1, un statut qui dépend de l’économie sociale et qui contraint les sociétés qui l’adoptent à définir dans leurs statuts un but social. Pour Cogito, il s’agit notamment de « l’aide aux étudiants en situation de décrochage scolaire, universitaire ou assimilé afin qu’ils puissent réintégrer une structure permettant la fin de leur formation ». Interrogé sur ce paradoxe, Jacques Defourny, directeur du Centre d’économie sociale de l’Université de Liège, note que « les SFS ont parfois une finalité sociale floue et une activité commer­ciale assez prépondérante. Mais, pour une entreprise qui vend des cours, un produit dont il n’est pas toujours facile d’objectiver la qualité, le titre de SFS peut être un drapeau qui ne coûte pas cher. Cela peut avoir un côté rassurant pour les clients qui peuvent se dire que la société n’est pas “purement capitaliste” ». Alex, lui, déclare : « Cogito est une société commerciale, il faut faire du pognon, OK, je comprends. Mais là c’était thune, thune, thune, l’aspect commercial prenait le pas sur le reste, notamment dans les pratiques managériales. »

Pour appuyer son propos, il exhibe le contrat de prestation de service qui le liait à Cogito. Un contrat qu’il effectuait sous statut d’indépendant comme d’après lui la majeure partie des responsables de centre, formateurs et coachs de Cogito à l’époque où il y travaillait. Dans ses comptes annuels disponibles, Cogito recensait 0,2 équivalent temps plein (ETP) au cours de l’exercice 2013 et 1 ETP en 2019… « Je serais bien en peine de vous donner le nombre de coachs ou de formateurs actifs, répond-il quand on lui pose la question. Certains font ça très occasionnellement, d’autres régulièrement. La liste présente sur l’intranet de Cogito remonte jusqu’à 2004… On les appelle au besoin. Quant aux responsables, il y en a un par centre pour le primaire/secondaire et un pour le supérieur, même si une personne peut parfois cumuler les deux fonctions. »

Penser Cogito, dormir Cogito

Malgré son statut d’indépendant, à écouter Alex décrire son emploi du temps, on a pourtant l’impression d’être face à un employé. En plus des 12 heures hebdomadaires passées à s’occuper des jeunes lors de l’année scolaire, « il fallait faire l’interface entre les clients et Cogito, planifier les séances, trouver les formateurs quand c’était nécessaire, effectuer un débriefing avec les parents (optionnel mais payant : 30 euros, NDLR) s’occuper des ventes. Les responsables du secondaire doivent aussi, dans la mesure du possible, organiser des semaines de stage non résidentielles, au moins une à Pâques et huit jours en août, liste-t-il. Je pensais Cogito, je dormais Cogito. Tu n’as pas de week-end et tes soirées sont toujours en suspens. Tu deviens complètement teubé. Il y a un roulement de personnel énorme. » Son contrat reprend d’ailleurs une série de conditions précises : jours de travail obligatoires, obligation de présence lors des séances, interdiction d’exercer sur le territoire belge une activité en rapport avec l’assistance aux étudiants du secondaire pour un autre employeur – à part en tant qu’enseignant dans une école secondaire – pendant son contrat et pour une durée de six mois à compter de la fin de celui-ci. Autant d’éléments « a priori contradictoires avec la qualification d’indépendant. Il y a beaucoup de détails dans ce contrat qui pourraient lui valoir d’être requalifié en contrat de travail (salarié, NDLR). La clause d’exclusivité, par exemple, va beaucoup trop loin. Pour un indépendant, c’est absurde », analyse Martin Willems, responsable national de la CSC United freelancers, une unité spéciale du syndicat chrétien dont le but est de « défendre les intérêts des travailleurs autonomes ». Selon lui, cette situation évoque les pratiques des plateformes de l’économie collaborative, réputées rentabiliser un maximum leur activité via un recours massif à des travailleurs non salariés à qui l’on demande beaucoup… Cogito est d’ailleurs agréée comme plateforme d’économie collaborative, au même titre que My Sherpa ou encore Student Academy.

Une grammaire sur les genoux

Que valent les séances dispensées par Cogito ? Dans un article publié par L’Écho le 14 août 2015, Drieu Godefridi annonçait un taux de réussite de 80 % pour les étudiants passés par la société. Qui affirme ne recourir qu’au minimum à des bac+5 pour ses formateurs du supérieur comme ses responsables de centres et des bac+3 pour ses formateurs du secondaire. Mais pour Dominique Lafontaine, « le diplôme n’offre aucune garantie. Ce n’est pas parce qu’on est bac ingénieur qu’on est capable d’accompagner des élèves ». Les coachs et formateurs de Cogito sont-ils formés à ce qui leur est demandé ? « À la rentrée, il y a une séance d’initiation sur ce qu’est le coaching pour les coachs du supérieur et une réunion mensuelle où on se soutient, on se conseille. Le coaching, on l’apprend aussi sur le tas. On ne peut pas en vouloir à Cogito de ne pas décerner de titre », explique Geneviève, coach pour Cogito depuis 2009, et qui gagne « de 20 à 25 euros de l’heure, un tarif qui n’a pas évolué depuis le début de ma collaboration ». Pour le secondaire, Alex note que, à sa connaissance, « il n’y a jamais eu de formation des formateurs. On apprend effectivement sur le terrain, mais de là à dire qu’on est formés avec un grand F… Il ne faut pas croire que Cogito organise des semaines de formation avec ses coachs ou ses formateurs. Et, pour gagner sa vie, on finit par s’improviser prof de tout et n’importe quoi. Il m’est arrivé de dispenser des séances “Méthode & matières” avec une grammaire sur les genoux. C’est parfois le système D qui prend le dessus ».

Malgré son discours critique, Alex souligne néanmoins qu’il « a toujours essayé de faire de la qualité, et je pense que c’est la même chose pour mes collègues. Je me souviens d’un gamin qui était tellement pétrifié de stress qu’il avait à chaque fois zéro lors de ses contrôles. On marchait à l’empathie avec lui, il y avait un travail de confiance. Cogito a pu l’aider ». Geneviève, elle, souligne « le suivi détaillé des étudiants, l’accent mis sur la méthodologie, la gestion du temps. Ce n’est pas toujours comme ça chez les autres acteurs du secteur ».

C’est un constat qui revient régulièrement : face à un enseignement ménageant peu de place aux spécificités des jeunes, leurs parents cherchent ailleurs des solutions afin de les accompagner. « L’école a une structure très rigide privilégiant l’enseignement frontal. Une série d’innovations se réalisent donc en dehors de celle-ci », confirme Bernard Delvaux, chercheur en sociologie au Girsef (Groupe interdisciplinaire de recherche sur la socialisation, l’éducation et la formation) de l’UCLouvain. Un constat qu’Alex effectue aussi. « Dans un monde idéal où l’enseignement remplirait toutes ses missions, Cogito n’existerait pas. »

L’augmentation de l’offre commerciale de soutien scolaire ces dernières années est-elle le signe d’une privatisation larvée de l’enseignement ? « Cela pourrait constituer une hypothèse alarmante, analyse Vincent Vandenberghe. En Inde, une bonne partie du secteur scolaire privé a pour origine l’incurie des pouvoirs publics. » Cogito a donc peut-être encore de beaux jours devant elle. En 2019, la société, représentée par Drieu Godefridi, a d’ailleurs fondé une école en compagnie d’une de ses anciennes collaboratrices. « L’École-à-vivre », qui a pris ses quartiers dans le château de Taravisée à Fosses-la-Ville, entre Charleroi et Namur, se présente comme une « école alternative » accompagnant les élèves de la cinquième primaire à la rhéto. Ses objectifs ? « Apprendre dans la joie », « Stimuler la curiosité », « Favoriser le sens critique », « Favoriser une pensée à la fois rigoureuse, originale et créative », etc. Séduisant. Mais pour bénéficier de ses services, il faudra s’acquitter d’une somme de 11 500 à 13 000 euros, selon les classes, pour l’année en externat et de 18 500 à 19 750 euros, selon les chambres, pour l’internat…

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