Toilettes pour dames
La file aux toilettes des filles ? Le phénomène paraît anodin, mais c’est une inégalité de genre au quotidien. Pour les femmes, l’accès aux lieux d’aisance n’est pas toujours aisé. Ça se passe en Belgique, en 2020.
Ce dimanche-là, le Théâtre de Liège proposait Casse-Noisette par le ballet de Saint-Pétersbourg. Un classique. À la sortie de la salle, certains spectateurs se sont pourtant sentis déboussolés. Quelque chose avait changé… dans la signalétique des toilettes ! À côté de la petite dame en jupette et du bonhomme en pantalon était apparu un drôle de personnage asexué. « Les gens ont eu un moment d’hésitation, raconte Sébastien Hanesse, qui est à l’initiative du projet. Ils n’osaient pas pousser franchement la porte. Ils l’entrebâillaient avant de s’assurer qu’ils pouvaient entrer… » Au Théâtre de Liège, hommes et femmes partagent désormais les mêmes sanitaires. Des toilettes mixtes ? Non, on parle ici de « toilettes dégenrées ». Parce que l’initiative est née d’une réflexion contre toute forme de discrimination. Idem à l’Université de Liège, qui a instauré des toilettes dites « neutres », à la demande d’étudiants transgenres. « C’est cool. Tant mieux pour eux. Mais on ne ferait pas aussi un truc pour les filles ?, lance une étudiante. Parce que des trans, j’en connais pas beaucoup. Alors que des nanas qui font la file aux toilettes, c’est tous les jours… » Julien Damon confirme. Ce sociologue, prof à Sciences Po, a fait des toilettes sa spécialité. Et il est catégorique : « C’est entre les hommes et les femmes que les inégalités d’accès aux toilettes sont les plus nettes. »
Une architecture en miroir
À la sortie du théâtre, sur une aire d’autoroute, au musée ou au supermarché, on l’a tous expérimenté : la file aux toilettes est toujours plus longue chez …