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Adulte, un truc de vieux

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Axel Korban. CC BY-SA.

Est-on suffisamment adulte à 16 ans pour avoir le droit de voter ? Le monde politique flamand vient de trancher : c’est non. Mais au fond, c’est quoi « être adulte » ? Et qui veut encore le devenir ? Serions-nous en train de comprendre que l’indépendance est une illusion ?

Ah, l’âge adulte, la plus grande déception de ma vie ! Officiellement, j’y suis entrée il y a 16 ans. Mais le grand moment auquel j’aspirais en étant enfant n’est pas encore venu. Ce fameux matin où je me lèverais dans la peau d’une autre, membre à part entière de la communauté des grandes personnes. Il m’arrive bien d’ouvrir l’œil d’une humeur gentiment mégalo, mais elle disparaît avant que j’aie quitté ma chambre, dès que je trébuche sur un pantalon ou une chaussette qui traîne et que je revois le regard désapprobateur de ma mère. (À mon âge, elle ramassait les vêtements de l’ado qu’elle avait déjà.)

Adolescente, je pensais que ma vie serait bien en ordre quand j’aurais 34 ans. Dans mon jeune cerveau, cela voulait dire boire du café (la boisson des adultes), être sûr de soi, ne pas connaître le doute, réciter l’Encyclopédie Britannica par cœur, et surtout savoir où on veut aller dans la vie. Que moi je n’en sois pas encore là, admettons. Mais que, dans mon entourage, une flopée de trentenaires bien tassés et de néo-quadragénaires pataugent tout autant (divorcer, entamer une nouvelle relation, y mettre fin et réessayer l’ancienne, douter de son orientation sexuelle, tomber enceinte par accident et ne pas savoir qu’en penser, changer de boulot indéfiniment, etc.), ça, c’est une vraie désillusion. Les cinq à dix années qui viennent ne me garantissent donc pas de devenir enfin adulte. Mais d’abord, l’âge adulte existe-t-il (encore) ?

Des critères dépassés

Après plusieurs semaines de débat, les représentants politiques flamands ont décidé que les jeunes de 16 ans n’étaient pas suffisamment matures pour prendre des décisions politiques. En revanche, ils peuvent fumer et boire de l’alcool, au contraire des jeunes du même âge d’autres pays, qui doivent attendre leur dix-huitième anniversaire. Car, à cet âge, on devient officiellement adulte. Cette ligne de démarcation est très arbitraire, ce dont sont bien conscients nos législateurs, qui imposent trois ans d’attente supplémentaire avant de pouvoir entrer dans un casino.

D’après les sociologues, cinq jalons marquent traditionnellement le passage à l’âge adulte : terminer une formation, quitter le domicile familial, acquérir l’indépendance financière, se marier et avoir un enfant. Ces critères semblent cependant dépassés : à chaque nouvelle génération, nous les atteignons plus tard, voire jamais.

La génération Y (les enfants du millénaire) reste plus longtemps aux études qu’aucune autre avant elle. Elle prend plus d’années que nécessaire à boucler son cursus et n’hésite pas à en entamer un second. Un deuxième master par-ci, une année de voyage par-là et un peu de bénévolat en Afrique entre les deux, avant d’entrer réellement dans la vie professionnelle.

Ce prolongement des études a un coût. Nous devenons indépendants financièrement de plus en plus tard. S’ajoute à cela que l’hôtel papa-maman est plus attrayant que jamais. Il nous est sans cesse plus difficile d’en refermer la porte derrière nous, et quand nous le faisons, nous revenons au nid parental des années plus tard, par exemple après une rupture. Le mariage « jusqu’à ce que la mort nous sépare » est un concept auquel nous croyons de moins en moins. Nous essayons d’abord plusieurs partenaires avant de nous marier – quand nous nous marions, car ce n’est plus nécessairement un objectif. Tout comme le fait d’avoir des enfants, d’ailleurs. Et ceux d’entre nous qui deviennent père ou mère, vous l’aurez deviné, le deviennent de plus en plus tard.

Ce phénomène ne suscite pas seulement l’inquiétude des parents, mais aussi le pessimisme d’éminents sociologues, qui par­lent d’une véritable « Peter-Pandémie », en référence au célèbre petit garçon - Peter Pan - qui ne voulait pas grandir. Spécialiste de la question, professeur émérite à l’Université de Kent (Royaume-Uni), Frank Furedi affirme même sans détour que l’âge adulte devient de plus en plus infantile. Mais cette accusation est-elle juste ? Peut-on mesurer le degré de maturité à l’aune de critères devenus obsolètes dans une société profondément modifiée ?

Une nouvelle définition de l’âge adulte semble s’imposer. Pour tenter de m’en approcher, j’ai fait appel à votre aide. Sur le site du Standaard, j’ai posé cette question à mes lecteurs : « Quand êtes-vous vraiment devenu adulte ? Quel événement, quelle expérience ou quel changement a-t-il entériné ce passage ? »

Les dîners avec serviettes

Tom : « On devient adulte au moment où on se rend compte que tous les autres font aussi semblant, pataugent, tâtonnent, prennent des décisions au petit bonheur la chance. C’est un moment assez effrayant. Je ne sais plus exactement quand j’ai commencé à le comprendre. Un autre tournant a été la naissance de mon premier enfant. J’avais 30 ans et je me suis senti envahi par un immense sentiment de responsabilité. D’un coup, il faut prendre soin de quelqu’un d’autre que soi-même. Je suis devenu adulte à ce moment-là, mais ça n’a pas duré. Dès que les enfants commencent à réfléchir de manière indépendante, vous rechutez. »

Je me prête à un test en ligne conçu par Rachel Hosie, journaliste lifestyle pour le journal anglais The Independent. Elle propose 19 critères qui « prouvent » que l’on est un adulte fonctionnel. Le test est fait pour mettre du baume au cœur des adultes qui se sentent comme des adolescents sans but. « Nous nous en sortons peut-être mieux que nous ne le pensons. Rassurons-nous, être adulte signifie beaucoup plus que posséder des propriétés, être marié et avoir trois enfants, deux chiens et une Volvo. »

J’obtiens un score de 10 sur 19. Adulte de justesse, donc. Mes bons points : repasser, manger de la nourriture de « grandes personnes » comme des olives et des moules (je triche un peu : je n’aime pas les olives mais bien le houmous, qui est quand même vraiment un truc d’adultes), avoir un emploi à temps plein, payer des factures, acheter des plantes d’intérieur (je viens d’empoter un tas de choses vertes dont je ne connais pas le nom), savoir purger un ra­diateur et organiser des dîners avec serviettes. Là où je suis recalée : cuisiner pour plusieurs jours et congeler les repas, cirer ses chaussures, avoir des serviettes de bain pour les invités ou encore s’inquiéter des tenues trop légères des enfants (« ils vont attraper froid, habillés comme ça »). J’estime mériter des points de bonus pour l’épargne-pension et l’achat d’une maison (même si j’ai supplié pour qu’un vrai adulte m’accompagne chez le notaire).

Je me rends compte, bien sûr, que ce test n’a pas de sens, qu’il n’est qu’une perte de temps absurde propre aux enfants du millénaire qui se comportent de façon puérile. Ces tests font fureur sur Facebook, une entreprise qui pèse des milliards, dirigée par un CEO qui va travailler en pull à capuche et en sandales. Les gens y partagent fièrement leurs piètres scores. Notre culture actuelle répugne à tout ce qui est associé à l’âge adulte. La jeunesse est l’idéal absolu. Des hommes barbus fusent dans la rue en skateboard, des femmes portent des grenouillères de Muppets. Ensemble, ils regardent Star Wars ou jouent à des jeux vidéo.

La vie comme un déclin

X : « Une amie sur FB m’a demandé quel âge j’avais l’impression d’avoir. J’ai dit “la petite vingtaine”. En réalité, j’ai près du double. J’ai une fille de 10 ans. Quand j’y réfléchis, je m’effondre dans un gouffre de mélancolie. Je trouve qu’à un moment donné, toute cette période de passage officiel à l’âge adulte (construire une maison, l’aménager, s’installer) prend une tournure monotone, contre laquelle je cherche de plus en plus à me rebeller. Peut-être est-ce ça, être adulte : voir les alternatives de façon limitée. Et ressentir qu’il est impossible de faire machine arrière. »

Qu’est-ce que le passage traditionnel à l’âge adulte nous a apporté ? Un taux de divorces faramineux, des crises économiques considérables et un corps croulant incapable de tenir la cadence. « Notre culture voit l’âge adulte comme la fin des rêves, le constat des restrictions et l’acceptation d’une vie qui sera plus morne et aura moins de sens qu’on ne le pensait, écrit la philosophe américaine Susan Neiman dans Why Grow Up ?. Comme nous n’avons pas réussi à créer une société dans laquelle nos jeunes veulent grandir, nous idéalisons les stades de la jeunesse. »

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"La distinction culturelle entre enfant et adulte devient de plus en plus floue. Ce clivage est une construction sociale, d’ailleurs assez récente."

Axel Korban. CC BY-NC-SA

C’est pour cela, selon elle, qu’il est devenu plus difficile de devenir adulte au XXIe siècle. « En décrivant la vie comme un déclin, nous disons aux jeunes qu’ils ne doivent pas trop en attendre. » Cette philosophe en deviendrait presque paranoïaque. « Si la vision désolante actuelle de l’âge adulte n’a pas été créée sciemment par ceux qui ont intérêt à ce que le monde reste infect, on peut dire en tout cas qu’elle sert leurs intérêts. Comment mieux maintenir les gens sous une tutelle consentie qu’en leur présentant une perspective de l’âge adulte à laquelle aucune personne saine d’esprit ne pourrait aspirer ? »

Susan Neiman voit l’âge adulte comme un idéal en soi, même si c’est un idéal qui est rarement concrétisé entièrement, « mais c’est ce qui fait qu’il vaut encore plus la peine d’être poursuivi ». Seulement, pourquoi deviendrait-on adulte ? « Parce que c’est plus difficile qu’on ne le croit, répond-elle, notamment parce que cela peut donner lieu à des résistances. »

Pour illustrer son propos, elle cite un passage essentiel de la Critique de la raison pure de Kant sur la maturité. En résumé : les jeunes enfants considèrent ce qu’on leur transmet comme la vérité absolue. Ils ne mettent pas en doute l’autorité (parentale). Les adolescents, au contraire, sont les êtres les plus sceptiques. Ils découvrent que le monde est différent de ce qu’il devrait être et que les détenteurs de l’autorité en savent moins que ce que les adolescents pensaient jusque-là. La confiance sans bor­nes se mue en une méfiance absolue.
Le passage à l’âge adulte n’intervient qu’ensuite. Susan Neiman commente : « Grandir signifie reconnaître que notre vie est truffée d’incertitudes, ou pire, vivre sans certitude mais reconnaître en même temps que c’est vers là que nous devons inéluctablement aller. »

Un jeu d’équilibriste entre dogme et désespoir, entre crédulité naïve et cynisme amer. Un exercice auquel nous aimons échapper, écrit Susan Neiman, « en allant jouer dans le tas de sable le plus ensoleillé que nous puissions nous permettre » (elle ne semble pas particulièrement partisane du touris­me de masse). De son XIXe siècle, Emmanuel Kant nous tape sur les doigts post mortem  : « Nous choisissons l’immaturité par paresse et lâcheté : il est tellement plus facile de laisser d’autres prendre des décisions pour nous. »

La société de consommation est pointée comme responsable. D’après l’auteure d’essais à succès Susan Neiman, nous voulons avoir un impact sur le monde, mais nous finissons par produire et vendre des jouets conçus pour nous distraire. Walter Weyns, professeur de sociologie à l’université d’Anvers, fait remarquer que cette société de consommation nous demande continuellement : quels sont tes désirs, que veux-tu, qu’aimes-tu ? « Cette auto-interrogation constante est en contradiction avec l’idée de l’adulte accompli. On peut affirmer que l’adulte tel que nous le connaissons a ses meilleurs jours derrière lui. »

La maturité est un concept révolu. Il est du reste intéressant de s’arrêter à l’étymologie du terme. Si la pleine force physique est à notre portée, la maturité mentale – le savoir et le savoir-faire complets – est un Everest hors d’atteinte. Et l’écart entre les deux ne fait que se creuser. Au XIXe siècle, l’intervalle de temps entre les premières règles et le mariage était d’environ cinq ans. Aujourd’hui, il est de quinze ans en moyenne.

« L’adulte n’est plus adapté à cette époque flexible, affirme Weyns. Le contexte (économique) en changement constant oblige à être prêt à s’adapter en permanence. Cette disposition à l’adaptation empêche de ne jamais devenir adulte : on reste en recherche, tâtonnant. Ce n’est pas nécessairement grave, mais le problème est qu’il n’y a plus de moment où on “arrive” dans la vie, ce qui peut être très fatigant et entraîner un flou identitaire et un manque de normes. Toute votre vie, vous vous posez la question : qu’est-ce que je veux faire plus tard ? »

Adulte à 25 ans ?

Pendant les premiers mois et les premières années de la vie, la manière dont nous devons évoluer est clairement décrite dans toutes sortes d’ouvrages éducatifs. Le développement de l’enfant est suivi de près lors de contrôles à l’ONE (l’Office de la naissance et de l’enfance). Des normes établissent ce que l’enfant doit pouvoir faire à tel ou tel âge. Il ne s’agit pas seulement de croissance physique et de motricité, mais aussi de communication et de comportement social. Puis ce suivi prend fin. Il n’y a pas de compétences clairement décrites que les adultes doivent avoir. N’existe-t-il donc aucun instrument pour mesurer la maturité ?

« En vous faisant passer un scanner, on peut voir si votre cerveau est mature, explique Rudi D’Hooge, professeur de biologie psychologique à la KU Leuven. On le voit au développement de la matière blanche dans le cerveau et à la connectivité entre les différentes zones cérébrales. Aux États-Unis, ces scanners sont utilisés dans les procédu­res judiciaires pour déterminer si un suspect est responsable ou non de ses actes. On pense aussi à les utiliser pour évaluer si une personne est capable de prendre des décisions concernant sa santé ou sa fin de vie. Mais ce n’est pas parce que le scanner montre que votre cerveau est mature que vous l’utilisez pour autant de manière mature. »

« Juridiquement, l’âge adulte est fixé à 18 ans, mais cela ne repose sur aucun facteur biologique, poursuit le professeur D’Hooge. « Entre 18 et 25 ans, de nombreux processus de développement sont à l’œuvre dans le cerveau. De grands changements ont lieu dans le cortex frontal. C’est là que se joue la capacité à maîtriser les impulsions, le contrôle émotionnel, la construction d’une identité, la gestion des risques et la prise de décisions en tenant compte du plus long terme. Logiquement, le passage officiel à l’âge adulte devrait donc se situer aux alentours de 25 ans. Au niveau neuroscientifique, il semblerait justifié de n’octroyer le droit de vote qu’à l’âge de 25 ans, mais je ne pense pas que la société soit très favorable à cette idée. »

Le professeur D’Hooge admet que la fixation d’une limite d’âge concrète est forcément difficile et sera toujours arbitraire. « Mais une chose est sûre : 18 ans est un moment très problématique. » C’est aussi ce que montre la psychométrie, qui évalue les stades de développement cognitif et moral. Songez notamment à l’empathie, à la stabilité émotionnelle ou à la gestion de la pression sociale.

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Axel Korban. CC BY-NC-SA

Enfance, invention moderne

Éline : « J’ai 20 ans et je me sens adulte sur certains plans mais pas sur d’autres. Je ne sais pas si j’aspire à la maturité totale. Je travaille à côté de mes études pour être plus indépendante. La liberté m’attire, je dois rendre moins de comptes à d’autres personnes pour ce que je dépense. Mais je ne peux pas dire que je prenne du plaisir à avoir plus de responsabilités. »

Le concept d’« adulte émergent » existe désormais dans les milieux de la sociologie et de la psychologie. Professeur au département de psychologie de l’Université de Clark (Michigan, États-Unis), Jeffrey Jensen Arnett fut le premier à avancer l’existence d’un nouveau stade de vie spécifique que traversent des jeunes de la vingtaine dans les sociétés occidentales. Il s’agit d’une phase de développement située entre la puberté et les premières années de l’âge adulte. Ceux qui s’y trouvent se sentent trop vieux pour être adolescents et trop jeunes pour être adultes. C’est une période d’instabilité lors de laquelle la personne déménage beaucoup et est centrée sur elle-même. Les adultes émergents sont plus ou moins libérés de leurs parents, mais pas encore restreints (ou soutenus) par la routine d’une vie de famille. Les personnages de la série Girls en sont le parfait exemple.

D’après le sociologue anversois Walter Weyns, ce n’est pas tant la question de vouloir retarder le passage à l’âge adulte. « La distinction culturelle entre enfant et adulte devient de plus en plus floue. Ce clivage est une construction sociale, d’ailleurs assez récente. L’enfance est une invention moderne. Au Moyen-Âge, les enfants côtoyaient les adultes dès leur sevrage – qui pouvait arriver à l’âge de 4 à 5 ans. Ce n’est qu’au XVIIe et au XVIIIe siècle que la séparation entre enfants et adultes est intervenue. Les enfants ont dû être placés en quarantaine, c’est-à-dire à l’école. » Selon Weyns, la différentiation a été exacerbée au XIXe siècle. « Il n’existait alors personne qui ne voulait jamais devenir adulte. »

« Jusqu’en 1960, environ, un enfant était défini littéralement comme l’opposé d’un adulte. Les enfants jouent, les adultes ne le font plus. Les enfants doivent obéir, les adultes donnent des ordres. Les enfants doivent apprendre, les adultes sont des êtres accomplis. À cette époque, être adulte était clairement vu comme une plus-value : les capacités pouvaient s’exprimer, les fruits de la croissance pouvaient être cueillis. L’enfant était un être frappé d’impuissance. La différence avec la conception d’aujourd’hui ne pourrait être plus grande. »

Weyns fait remarquer que, si des adultes manifestent des traits d’enfants, l’inverse se produit aussi. « Les enfants ne sont plus censés se taire et écouter, ils ont de plus en plus leur mot à dire. Dans la famille, mais aussi au tribunal, quand il s’agit de décider du droit de visite en cas de divorce. Ils sont pris plus au sérieux. Par effet de ricochet, on voit l’inverse se produire chez les adultes. »

Indépendance illusoire

Wouter : « Vous êtes adulte quand les autres font plus souvent appel à votre aide et à vos conseils qu’inversement. » L’autonomie ou l’indépendance est un concept qui revient systématiquement quand il s’agit du passage à l’âge adulte. Mais c’est un concept daté, estime Walter Weyns. « Nous commençons doucement à comprendre que l’indépendance est une illusion. Les adultes n’osent plus se baser sur leur propre jugement et font appel à l’aide d’experts et de coaches. Nous posons nos propres choix, mais que faisons-nous en premier lieu quand nous avons à faire un choix ? Consulter internet ! Nous nous installons dans une douce dépendance. L’adulte du futur n’est pas autonome, pas accompli. C’est quelqu’un qui sait s’intégrer savamment dans un réseau. »

Weyns ne veut pas parler d’infantilisation, mais de rajeunissement de la société, un phénomène qui n’est d’ailleurs pas imputable aux enfants du millénaire. La maturité tardive est l’effet secondaire d’une société qui offre moins d’opportunités d’emploi aux personnes peu qualifiées, qui ac­cepte le sexe avant le mariage, qui a inven­té la contraception et qui offre plus de possibilités de carrière aux femmes. Tout cela rend l’installation dans l’âge adulte beaucoup moins attrayante. Mais la maturité finit par survenir comme un fait accompli.

C’est ce qui ressort de vos réactions à mon appel. La réponse la plus fréquente à mes questions sous-entend que vous avez fait un bond involontaire d’une génération à une autre. Comme l’écrit Danny : « Je suis devenu vraiment adulte après la mort soudaine de mon père. Il s’est noyé. J’ai dû aller annoncer la mauvaise nouvelle à ma mère… Ce trajet jusque chez elle… puis devoir la soutenir pour qu’elle ne s’effondre pas… J’avais 27 ans et je suis devenu adulte sur le coup. »

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