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Lio : Lolita grave

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Colin Delfosse. CC BY-NC-ND.

Insaisissable Lio. Non, ce n’est pas une formule vite écrite. Lorsqu’on a ren­­­contré Vanda (c’est son prénom) ce matin d’août pluvieux, dans un vieux bistrot bruxellois, on s’attendait à tout. On s’était repassé ses succès, revu cette sensualité, ses tenues folles, ses combats crus contre les violences faites aux femmes, son parcours cinéma avec les films de Claude Lelouch ou de Yolande Moreau, mais aussi ses concerts très rock, très cuir des dernières années avec le groupe belge Phantom, ses allers-retours entre les plateaux de la Nouvelle Star et les bars miteux de campagne. On avait lu cette phrase d’une figure du MLF (Mouvement de libération des femmes), Antoinette Fouque : « Lio garde le tempo d’une libération permanente plutôt que de s’ériger en femme libérée. » La femme qu’on a rencontrée est un tourbillon de paroles, d’émotions. En cinq heures d’interview, on a vu Lio ou Vanda (on ne sait toujours pas) se marrer, pleurer, gueuler, nous attaquer, nous adorer. Lio, 54 ans, se raconte comme elle vit, renvoyant l’idéologie à ses études, convoquant son parcours de vie pour justifier ses positions, changeantes au gré des années. Lio, de la lolita Banana Split à la Star 80 aux cheveux blancs, parle enfin, surtout, d’un corps de femme envié et maltraité. Un corps qui a traversé les années post-Mai 68 avec ce goût excitant, mais amer, d’une liberté abusive. On a rencontré une femme triste. Et qui ne nous l’a pas caché.

Médor. Lio, votre actu aujourd’hui, c’est vos tubes d’hier ?

Lio. Oui. On fête déjà les dix ans de Stars 80 et j’ai un projet de livre de conversation avec la styliste Nathalie Garçon, sur le fait d’être une femme connue dans les années 80, sur ce que cela signifie à notre époque. Je suis devenue assez experte pour recycler mon passé. Assez bonne, parce que je le fais avec cœur et engagement. Et je m’engage avec mes souvenirs dans la tournée Stars 80 et dans le film, en prépara­tion.

M. Stars 80, c’est dans l’actu ?

Lio. Avec Stars 80, on bat Madonna et Beyoncé en matière de vente de tickets cumulés. Je sais que cela emmerde tout le monde, mais c’est un carton plein. Le métier aimerait bien que ce soit une erreur du destin d’un an ou deux, mais cela fait dix ans que cela dure. Il y a un vrai mépris pour nous et pourtant on est toujours là et on continue de remplir des salles.

M. Et vous n’en avez pas marre de chanter Banana Split ? Cela fait 38 ans quand même…

Lio. J’adore cette chanson, il y a du talent dans cette chanson, c’est une vraie réussite, vraiment, je continue à la chanter avec plaisir. Et aujourd’hui, je suis libérée de certaines choses comme de ma propre image et des limites d’une image publique. Par contre, la réalité de la société me colle. Par exemple quand je vais à l’enterrement de la féministe Antoinette Fouque (en 2014, NDLR), qui a été ma seconde mère. Les photographes me prennent en photo et le lendemain, ma tête fatiguée, avec mes cheveux blancs, apparaît dans les journaux, ça fait un tollé inimaginable. L’image me rattrape.

M. Vous dites à propos des stars qui se font lifter qu’elles deviennent des clones. En ne trichant pas sur votre physique, cela devient-il une forme de revendi­cation ?

Lio. Je ne me suis jamais fait retoucher, ça aurait pu devenir une forme de revendication, mais je vais vous dire, même ce combat est devenu impossible ! Il a été récupéré, c’est devenu un truc « tendance ». Regardez Sophie Fontanel, journaliste pour Elle, elle a fait de ses cheveux gris un truc « mode ». Moi, j’ai une tendresse pour une image passée. J’ai été une belle fille. Mais je n’ai pas de problème avec le fait de vieil­lir. Ce que je remarque, à 54 ans, c’est que je ne suis plus un être de désir. Mais ce n’est pas triste.

M. Vieillir ne vous libère-t-il pas de la jeune Lio en mini-jupe ?

Lio. Mais cet enfermement est celui que les hommes posent envers les femmes. Sachant que, dans cette histoire, les matons de cet état d’esprit, ce sont parfois les femmes elles-mêmes, avec les magazines féminins pour kapos. Les magazines féminins travaillent pour la phallocratie.

M. Pourtant, vous êtes abonnée à Elle.

Lio. Je ne le suis plus justement, mais je l’achète de temps en temps. D’une certaine manière, on peut se réjouir, se dire que ces magazines ont pris une vraie place, mais on peut aussi s’interroger : quelle place ? Il faut savoir nommer un chat un chat. Quand je vois Marie-Claire, qui a son centre féministe et qui embauche des filles de 14 ans pour faire ses photos, si je ne peux pas dire que c’est un double discours et un double jeu, on est mal barré.

M. Avec votre image de lolita dès vos 16 ans, vous êtes un peu une Britney Spears avant l’heure ?

Lio. Oui. Avec d’autres. Et, je pense, ça a empiré. On arrive à une hypersexualisation de toutes ces filles, les Britney Spears, Miley Cyrus, Rihanna qui doivent marcher les jambes écartées. Je nous vois, nous tous, on n’a aucun sentiment pour ces enfants. On se fout de leur gueule parce que, quelque part, on se dit « Elles se font plein de tunes » avec l’exposition de leur corps et ses dérives. Elles sont les « grandes putes » d’aujourd’hui. Ce mépris qu’on ne garde que pour les putes, je l’ai vu quand Britney Spears s’est rasé la tête. C’est comme si elle s’était mutilée en direct, son geste est tellement tragique, mais elle n’a reçu que du mépris des médias. On est dans le non-respect et dans la chair fraîche que l’on piétine.

M. Quelle différence entre l’époque Banana split et celle de Britney Spears ?

Lio. L’hypersexualisation des jeunes filles s’est industrialisée. Elle est apparue après Mai 68 avec cette idée que tous les enfants sont sexués, qu’on peut stimuler leur imaginaire sexuel à tout âge. J’ai mis beaucoup de temps à le comprendre, mais, au final, j’ai été une « pute consentante ». J’ai été une lolita consentante. Oui j’ai été sûrement un rêve de pédophile. J’étais celle qui trouvait ça génial, qui allait dire qu’elle s’amusait, que c’était un jeu, sans du tout envisager que c’étaient les règles de l’hom­me. Pas les miennes. C’était un jeu de fantasme masculin. Mais il faut se remet­tre dans le contexte de l’époque.

M. À savoir les années 70, l’après-Mai 68…

Lio. Chez moi, c’était table ouverte, c’étaient des intellectuels, des révolutionnaires, des gens de l’extrême gauche, beaucoup de réfugiés politiques du Portugal, et cela discutait sans problème du désir qu’inspiraient les petites filles de 11 ans. Vous vous rappelez les photos de David Hamilton qui étaient vendues à l’Innovation comme une grande liberté ! Cela a fait un dégât incroyable.

M. C’est-à-dire ?

Lio. Vous me remettez devant quelque chose qu’on a du mal à admettre. Rappelez-vous l’âge auquel je sors mon disque, Banana Split (en 1979, NDLR). J’ai 16 ans. Mais j’ai commencé à chanter vers 13 ans. Jacques Duvall me repère. Il est un ami de la famille et me propose de chanter ses chansons. Et j’adhère à tout ce à quoi adhère Duvall parce que je suis amoureuse de lui. Il est complètement dans Lolita. Il me donne à lire Nabokov en me disant « Regarde, ce mec est génial. Le film est génial ». Moi je trouvais Nabokov génial et je voulais être la nouvelle Sue Lyon, je rêvais de l’affiche du film de Kubrick avec les lunettes en forme de cœur et je voulais faire une photo comme ça, en mieux. Parce qu’avec la force de mes 16 ans, la bêtise et les limites de mes pensées adolescentes, je pensais que j’étais foutrement mieux que Sue Lyon. Aujourd’hui, quand je vois le truc, mais quelle gamine j’étais ! On aurait dû me serrer dans les bras, me dire « Allez Petite Puce, tu ne sais pas ce que tu dis », j’aurais voulu avoir des parents qui me disent cela. Mais ils ne me l’ont pas dit.

M. Vous êtes toujours très proche de Jacques Duvall, il est votre ami, vous avez aussi encore travaillé avec lui en 2009 avec le groupe belge Phantom. Quel regard porte-t-il là-dessus ?

Lio. Il faudrait lui demander, mais je pense que ça lui fait très mal. C’était tout à fait innocent de sa part, l’innocence d’une génération – il a douze ans de plus que moi – très libertaire, hippie, flowerpower où l’on pense peu le sexe de petites filles et leur intimité à préserver. Il y a quelque chose d’assez sauvage dans ce rapport, d’assez prédateur. On pensait que c’était ça la liberté.

M. Ce personnage de lolita que vous avez construit, vous dites qu’il vous a encombrée toute votre vie ?

Lio. Il ne m’a pas encombrée, il m’a questionnée. J’ai beaucoup joué à la poupée. J’étais moi-même une poupée et j’ai joué. Lio était ma Barbie à moi. L’« industrie » du disque a joué avec moi et moi j’avais Lio, un avatar, un fétiche, qui m’a donné aussi une puissance énorme. Cette Lio m’a permis que je ne me mutile pas, que je fasse une projection. Que je m’amuse avec elle. Lio, elle n’est pas réelle. Je me libère du trop lourd sur Lio.

M. Vous avez beaucoup joué sur votre féminité, votre pouvoir de séduction. Vous vous sentez féministe ?

Lio. Oui, mais alors un féminisme qui aime les femmes. Les tenantes du féminisme actuel, celui qui est le plus répercuté dans les médias en tous cas, est pour moi un féminisme mutilant, puisqu’il consiste à penser la femme ex utero, hors utérus. En fait, on veut en faire des hommes. Moi, cela ne me convient pas du tout. Je ne veux pas de ce féminisme, je suis vraiment à l’encontre de ce courant, qui s’inscrit dans la lignée de Simone de Beauvoir, qui consiste à dire que si l’on choisit d’être mère, on se brade en tant que femme. C’est une folie. Ces femmes sont des animaux à sang froid qui n’aiment pas les femmes. Qui veulent éventuellement les baiser peut-être ou devenir des hommes.

M. C’est quand même ce combat féministe qui a permis de libérer la femme en affirmant qu’elle doit pouvoir non pas s’en couper, mais disposer de son corps.

Lio. Mon utérus m’appartient et je veux pouvoir le remplir ou pas. Je ne suis pas une femme libérée, je pense que dire cela est une posture. Il suffit de regarder le monde. De voir comment sont traitées les femmes à la hauteur du monde. On n’est libéré de rien du tout. Mais vouloir me libérer de mon utérus ne m’aide pas pour autant.

M. Alors quel féminisme revendiquez-vous ? Celui des Femen, qui brandissent leurs seins comme acte libérateur ?

Lio. Elles posent un acte politique et il faut beaucoup de courage pour le faire, bien sûr. Mais aussi beaucoup de douleur. Leurs seins sont des armes qu’elles brandissent pour revendiquer. Pour ma part, je trouve que mes seins méritent des caresses. Je ne trouve pas que je serais plus libre en montrant mes seins. Je veux de la douceur. Pas de la violence. Mais je veux pouvoir choisir de les montrer ou non et qu’on me respecte. Et même si cela fait bander un mec, qu’il ne vienne pas me mettre sa bite sous le nez sans que je lui demande. Mais qu’un homme me fasse un clin d’œil dans la rue, je ne me sens pas du tout avilie. Je ne suis pas outrée. Je n’ai pas envie de leur sauter à la gueule. J’espère quand même qu’on ne vit pas dans un monde où les femmes se sentent outrées parce qu’on les trouve belles et désirables. Et merde !

M. Parmi les combats liés aux femmes, il y a eu celui de la violence conjugale. Vous avez vécu avec un homme qui vous battait. Vous avez dû porter plainte, il a été condamné. Ensuite, lorsque votre amie Marie Trintignant, la compagne de Bertrand Cantat, a été tuée, vous l’avez défendue avec vos mots. Les commentaires assassins vous concernant ont fusé à l’époque…

Lio. Moi je ne suis qu’une chanteuse pop, donc ce type de parole m’est complètement dénié. Une interprète pop dans mon genre est forcément une conne. Ce que je dis, je le dis avec beaucoup d’humilité, ce n’est qu’une expérience partagée, je n’ai pas d’idéologie. Mais on me dénie tout intérêt. Comme si j’étais dans une case et que je ne devais pas en sortir ou montrer d’autres facettes. Dans les années 2000, j’ai été ambassadrice de l’Unicef avec la chanteuse du groupe Vaya Con Dios pour sensibiliser la cause des femmes battues. Des gens ont renvoyé leur carte d’adhésion. Pourquoi ? Parce qu’on m’a collé l’image de « salope ». Ils n’ont pas eu besoin de justifier leur réaction. Je l’ai vécu de la manière la plus violente et humiliante qui soit. Même une institution comme l’Unicef n’a pas réussi à inverser la tendance.

M. Cette image publique forte, ce personnage de Lio n’a-t-il pas pris le pas sur Vanda, la femme en privé ?

Lio. Pour beaucoup de gens, Lio et Vanda ne font qu’une. Pour certains, Lio est cristallisée dans une époque et son répertoire. Mais Lio n’est plus la lolita, elle a grandi comme Vanda. Le regard des gens est violent et réducteur parfois, car ils ne comprennent pas ça. Et moi, je n’arrive pas à me protéger parce que je n’ai pas de limites. Je ne me suis pas construit de limites. C’est très douloureux. J’ai beaucoup de mal à trouver des limites. Au cours de ma vie, j’ai été touchée sexuellement de manière très violente par un ami de la famille et mes parents n’ont pas su le mettre dehors.

M. Vous avez été abusée ?

Lio. Oui. Pas avec un sexe, mais avec des doigts et de manière très brutale. On était dans la voiture de mes parents. J’avais 9 ans. Cet homme a introduit deux de ses doigts dans mon sexe et il y est resté pendant tout le trajet qui a duré plus d’une demi-heure. J’ai eu le courage d’en parler une semaine après et ce type est tout de même revenu chez moi. Il n’a jamais recommencé, mais il était à nouveau invité. J’en ai tiré comme conclusion que mon sexe ne valait rien, qu’il était à tout le monde. On m’a toujours dit que j’étais généreuse, mais ce n’est pas vrai. Je n’ai pas su me protéger.

M. Cette absence de limites vous a-t-elle nui ensuite, au cours de votre carrière ?

Lio. J’étais rock et quand on est rock on refuse le système et tout ce qu’il impose. J’ai jeté tous les managers qui se sont proposés et il y en a pourtant eu des costauds, qui auraient pu finalement me protéger. Je brandissais la liberté alors que la liberté, c’est savoir mettre des limites et gentiment, tenir les autres à celles-ci.

M… Dont les médias. Vos enfants ne vous ont pas reproché votre surexposition médiatique permanente ?

Lio. J’ai vu la monstruosité de ce que je leur faisais vivre quand j’ai été remettre un prix aux Hots d’or à Cannes. À l’époque, moi, je suis ravie. Je remets le prix et l’actrice lauréate m’embrasse sur la bouche. La presse s’en empare et quand je revois ma fille Nubia, à la sortie de l’école, elle longe les murs, accourt vers moi et me supplie : « Maman, maman, dis-leur que c’est un photomontage. » Ses amies s’approchent et me posent la question, j’opine et j’en rajoute : « La presse quand même, ils osent ! » Là j’ai joué mon rôle de mère. J’ai pris conscience que je ne pouvais pas faire ce que je voulais et que le discours sur l’amour comme panacée, élixir magique ne marchait pas. Moi j’ai fait la connerie de penser qu’il suffit de dialoguer. C’est ridicule. Ce n’est pas cela, élever les enfants. Je crois que la réalité de mon amour, c’est ce que j’ai concrètement fait pour mes enfants, les nuits blanches, être là quand ils étaient malades, à l’école quand ils en avaient besoin, être au travail pour leur apporter ce dont ils avaient besoin. Être adulte n’a pas bonne presse, c’est chiant. Pourtant c’est précis, c’est subtil. Et on se prive de ce plaisir d’être adulte quand on veut être juste rock’n roll.

M. En même temps vous faites une tournée punk, en 2009, avec Phantom featuring Lio. C’est être adulte ça ?

Lio. Oui parce que je sais ce que je fais. Où je vais. C’est ça qui est génial quand on est adulte, on a enfin les choses en main. Et on peut les utiliser pour le meilleur. Et, croyez-moi, s’il y en a un qui est bien adulte, c’est Benjamin Schoos. Il est marié depuis des années, il est un mari attentionné. Il ne boit pas, ne se drogue pas, il fait des disques formidables, il est drôle, on a envie de l’écouter. Et en revanche, oui il est capable de prendre Lio de la Nouvelle Star, de l’emmener dans une gare désaffectée qui pue le rat mort et de la faire chanter. Et le mec, il ose faire ça ! Ça c’est du jeu d’adul­tes.

M. Et vous, qu’est-ce qui vous a plu ?

Lio. Tout. Je retrouvais les textes de Duvall qui a un putain de talent. Je retrouvais des gens qui avaient envie de travailler avec moi sur tout un album. Et en plus j’ai un mec intelligent devant moi. Schoos a bien dû rigoler quand il m’a vue débarquer dans cette gare liégeoise complètement pourrie. On n’en a jamais parlé, alors peut-être qu’il va rire, qu’on va en rire enfin parce qu’en même temps, j’étais quand même un peu fâchée. Il jouait avec Lio. On était deux à jouer avec le même fétiche. C’est ma poupée hein. Pas la sienne. Il était un peu sur mes plates-bandes. Mais ce disque-là, je ne lui ai jamais dit, ce fut un des plus beaux moments artistiques de ma vie.

Schoos est un des mecs les plus brillants que j’ai rencontrés et je l’aime tendrement. Il n’aimera pas que je dise cela. Mais bon. Je suis impressionnée par lui, il n’y a pas de hiatus entre ce qu’il dit et ce qu’il fait, il est très cohérent. Il a la force de ne pas abandonner le mainstream, de ne pas vouloir se marginaliser, tout en étant sur la tangente.

M. Ce qui est moins « tangente », c’est la Nouvelle Star. Pourquoi y avoir participé ?

Lio. Mais je ne suis pas une bonne sœur. Je ne suis pas une moraliste. Cela m’amusait, aussi parce que mes enfants adoraient ça. Malgré les critiques. Je n’aurais jamais fait Star Ac car le principe d’écrasement 24 h/24 n’était pas possible. En revanche, dans la Nouvelle Star, je trouvais que les gens qui en sortaient étaient plus intéressants, avec un système qui remplace la fonction des directeurs artistiques, en coachant des chanteurs à vocation populaire. C’est ni moins bien ni mieux que le système ancien. Il faut toujours tenter d’améliorer les choses et c’est ce que nous avons fait avec Sinclair et Philippe Manœuvre, membres du jury. Mais la Nouvelle Star a payé pour toutes ces choses moins mainstream que les jurés ont amenées. Aujourd’hui, The Voice est un rouleau compresseur, vers un formatage excessif.

M. Mais vous avez participé à The Voice Belgique aussi…

Lio. Oui, je pensais qu’on pourrait y mettre un grain de sable, mais ce n’est qu’une arnaque. Les jurys n’ont pas de temps avec les gamins. Nous n’avons pas la maîtrise du choix.

M. À côté de ce formatage, n’a-t-on pas aujourd’hui parallèlement une plus grande diversité ? Via internet notamment ?

Lio. On pensait aller vers la diversité avec le Net, mais on est allé vers l’indigence. Le web est un ventre mou. Tout ce qui est du milieu a disparu. Il reste soit la tête, soit la queue. Prenez le cinéma par exemple : un Chabrol, un Sautet, ne pourraient plus exister aujourd’hui parce que tu n’as que les blockbusters, la tête, ou l’indigence, la queue, ces petits films à 500 000 euros. Chabrol est mort sans avoir pu monter son dernier film à 6 millions et il s’est battu huit ans pour le faire. C’est la même chose pour Godard, Kassovitz, avec des films entre 4 et 8 millions. Ces films ne se font plus. Avant, j’étais dans ce milieu… qui n’existe plus.

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