11min

Malmedy : les cantons du Qatar

Qatari-Malmedy-omelette
Laurie Charles. CC BY-NC-ND.

Depuis les années 80, l’ancien émir du Qatar Hamad ben Khalifa al-Thani a accumulé 20 000 m2 d’immobilier à New York, un domaine à Cannes, un château en Angleterre et des immeubles à… Malmedy, où il vient régulièrement depuis plus de trente ans. Au casting de cette équipée dans les Hautes Fagnes, une gloire de l’athlétisme belge, un avocat des Caraïbes, des cerfs abattus, et donc, un homme du désert tombé amoureux de nos forêts.

Il l’aimait bien, cette piste d’athlétisme de Malmedy qui était « dure comme du béton » en été, et se transformait, lors des rudes hivers fagnards, en « mare de boue » blanchie par la neige. Mais il était temps que les choses changent. En octobre 2013, Freddy Herbrand, physique de colosse aux cheveux gris et blancs, teint hâlé et accent du coin resté intact malgré son goût du voyage, croise en rue l’échevin des sports de Malmedy André Blaise.

« J’u voreu bin tu djazé », dit Herbrand. (J’voudrais bien te parler.)

Les deux hommes, qui parlent volontiers en wallon, s’enfilent un café et Herbrand annonce la bonne nouvelle :

« J’a trové on sponsoor pol piste, lu patron va payi. » (J’ai trouvé un sponsor pour la piste. Le patron va payer.)

Le patron, c’est l’ancien émir du Qatar Hamad ben Khalifa al-Thani, qui vient de céder sa place quelques mois plus tôt à son fils Tamim. Il est prêt à allonger 1,6 million d’euros pour couler une piste d’athlétisme à Malmedy, six couloirs sur l’anneau, huit pour le 100 mètres, 100 % polyuréthane, qui deviendrait l’une des meilleures du pays. Une somme que la commune n’aurait jamais pu se permettre. Ça tombe bien : les études du projet viennent à peine d’être terminées. La piste se posera au club d’athlétisme local, le long d’une route volontiers embouteillée, bordée de tout ce qu’il faut pour permettre de survivre à cette cité de 12 000 habitants, qui s’affiche dynamique mais paisible : un Brico, un Action, un Quick, un Brantano.

Ça tombe encore mieux : la seule condition posée par Hamad al-Thani, c’est que la piste porte le nom de Freddy Herbrand. Son ami de plus de trente ans. Un membre de la confrérie de l’omelette géante, intronisé depuis 2015. L’émir himself avait fait le déplacement pour son intronisation, ce qui fit courir le bruit, à Malmedy, que ce grand rendez-vous annuel de plus de 10 000 œufs brouillés pourrait être exporté à Doha. Freddy Herbrand, enfin et surtout, un décathlonien légendaire qui, le 20 juin 1971, établit le record de Belgique de la discipline, enquillant 7 998 points dans un Heysel luttant avec une pluie diluvienne. Le record tiendra 33 ans.

C’est pas Doha City

Peu de Belges le savent, mais, pour les Malmédiens, ce n’est pas un secret : l’émir a le béguin pour la région. Et n’a pas hésité, en trois décennies, à faire quelques placements, pour lui et sa petite famille (trois femmes, 24 enfants), dont on peine, avec le recul, à comprendre s’ils répondent à un cri du cœur ou à une vision stratégique d’investissements pour la contrée. Car, depuis le début des années 80, Hamad al-Thani a acheté puis revendu un hôtel, construit quelques bâtiments commerciaux ou résidentiels dans le centre-ville ou à Eupen, acheté une propriété qui l’accueille lorsqu’il vient taquiner le cerf à Rocherath ou Elsenborn et mis ses billes dans quelques autres projets aux fortunes diverses, entre la réussite esthétique et l’échec larvé.

Ce fragment fagnard du destin d’un monarque a été causé par sa rencontre avec Freddy Herbrand et un… rhume, explique l’actuel bourgmestre de Malmedy Jean-Paul Bastin.

« Ici, ce ne sont pas des serviteurs pakistanais ou philippins qui vous amènent les tasses, mais le secrétaire communal lui-même. » Humour grinçant mis à part, le bourgmestre précise, dans son bureau de l’hôtel de ville, l’essentiel. « Nous n’avons aucune dépendance vis-à-vis du Qatar : Malmedy, ce n’est pas Doha City. Et les gens ne se retournent pas quand ils voient l’émir en rue, même s’il vient avec ses gardes du corps. »

Pour faire les choses « diplomatiquement », les Qataris ont fait comprendre à Jean-Paul Bastin, à l’époque du projet de piste, que c’était à lui « d’émettre la suggestion auprès de l’émir que les Malmédiens seraient très honorés si l’émir pouvait faire ce cadeau ». Diplomatie fut respectée, lors d’une visite dans la demeure malmédienne de celui-ci, bien dissimulée derrière une épaisse muraille de haies, sur la route qui mène à Bevercé, où, finalement, on court plus de risques de croiser une septuagénaire baladant un teckel qu’un prince du pétrole.

Crocodile et Mercedes

Mais revenons-en au rhume. Ou plutôt une décennie avant ce fameux refroidissement. Aux Jeux olympiques de Munich, en 1972, Freddy Herbrand signe une magnifique sixième place. Il échoue à 37 points du bronze. Mais l’homme aux quinze titres de champion de Belgique (saut en hauteur en longueur, triple saut, décathlon) songe déjà à sa reconversion. Mérite-t-il vraiment de retourner à son destin de professeur de gym, au cœur des cantons de l’Est ?

L’année de Munich, il part en préparation en Californie avec son ami et rival, le décathlonien Roger Lespagnard, actuel entraîneur de Nafissatou Thiam. Herbrand y entend parler d’athlètes qui se reconvertissent en entraîneurs dans les pays du Golfe. Son âme d’aventurier est séduite. Quatre ans plus tard, il raccroche les crampons. Le président du Comité olympique belge, Raoul Mollet, lui annonce que l’émirat qatari de Khalifa al-Thani cherche d’urgence des entraîneurs. Herbrand n’a pas une mappemonde dans la tête et objecte :

« Oh, non ! Pas l’Afrique, je veux aller dans un de ces pays producteurs de pétrole » (conversation rapportée par Herbrand à la DH en 2003).

Mollet le renvoie à ses cours de géographie et lance :

« Malin et débrouillard comme tu es, tu nous reviendras avec des chaussures en crocodile, fumant de gros cigares et conduisant une rutilante Mercedes ! »

À Doha, Herbrand constate que les athlètes qu’on lui met sous le nez sont des chèvres. Il en débusque de meilleurs à l’armée, mais ils font de l’auto-stop pour tromper leur coach et faire croire qu’ils ont vraiment avalé du bitume. Le lendemain, il les dépose dans le désert. Loin de tout véhicule. La méthode Herbrand engrangera vite des résultats, et il façonne, sûrement, une équipe dans un pays où l’on ne se carapatait, jusque-là, qu’avec des crampons trop longs sur des pistes dures comme la pierre.

Sous la fournaise qatarie, Herbrand s’adonne à la plongée. Quelque part au début des années 80, raconte Jean-Paul Bastin, il aurait traîné ses palmes lors d’une séance avec Hamad, un des fils de l’émir. Les deux hommes discutent. Le prince est pris d’un rhume persistant. Le bourgmestre, bonne connaissance de Herbrand, détaille cet épisode médical incongru. « L’émir décide alors d’aller se faire soigner en Belgique et prend Herbrand dans sa besace. Le médecin lui prescrit un spray à 17 francs, si je me souviens bien, et ensuite le prince demande à Freddy de lui faire voir du pays. Ils vont sur la Grand-Place de Bruxelles, dans de bons restaurants. Puis il lui dit : “Je veux voir d’où tu viens.” »

Coup de foudre

D’où il vient, Freddy Herbrand, c’est cette forêt, dense, où se contorsionnent des ruisseaux comme dans la vallée du Trôs Marets, temple local de la balade de santé. Et quand il n’y a pas de forêts, il y a des prairies, avec, au bout, une forêt. Et du calme. Et pas de sable. L’émir s’emballe. Demande à Freddy Herbrand de lui trouver une maison. Se voit déjà chasser ici chaque année. Herbrand, lui-même, taquine volontiers le cerf et le marcassin. Leurs échappées cynégétiques les emmènent à Rocherath ou Elsenborn. Mais les deux hommes ne se contentent pas de tirer ensemble.

En juillet 2016, Mediapart a radiographié la fortune de Hamad al-Thani, grâce à de nombreux documents confidentiels. Mediapart en a partagé certains avec Médor. Dans les années 80, le jeune prince qatari est un débutant absolu, dans un pays qui n’est pas encore la pétromonarchie rutilante d’aujourd’hui. Pour servir de lièvres à ses investissements, le prince n’a pas choisi des polytechniciens avisés ou d’affûtés avocats, mais bien, comme l’écrit le journaliste Yann Philippin (Mediapart), un professeur de plongée français, Jean-Luc Josse, et… Freddy Herbrand.

Malmédien jusqu’au fond des tripes (rater un carnaval serait pour lui un sacrilège), Freddy Herbrand a tout naturellement orienté le portefeuille princier vers sa région. Nous aurions bien voulu rencontrer l’ex-décathlonien, pour qu’il nous raconte comment, d’entraîneur, il en vint à enfiler la casquette de conseiller financier. L’athlète nous a dit qu’il réservait son histoire, incroyable, pour un livre, qui n’a pas encore d’éditeur et dont on ne sait s’il est déjà écrit. Pas à un journaliste en quête de la stratégie d’investissement qatarie dans la région.

Fin 1999, le tour des propriétés de l’émir à Malmedy inclut un hôtel avec piscine et une trentaine de bungalows, le Val d’Arimont, qui accumule alors des pertes importantes, malgré près de six millions de dollars d’investissement. Il sera revendu peu après. Le portfolio qataro-malmédien, consulté dans les documents de Mediapart, indique aussi divers buildings voués à la location, un terrain de camping loué par la commune, des commerces (dont un Nopri, pour les historiens du supermarché) ainsi qu’un restaurant vide au centre-ville, avec des couloirs de bowling, et un autre restaurant qui tourne bien, au mont Rigi. Pas tout à fait Las Vegas, donc, même si deux bâtiments sont également achetés à Bruxelles, au quartier Louise. Le portfolio complet est évalué, à l’époque, à 42 millions d’euros.

Cap sur les Caraïbes

Hamad al-Thani a remis la gestion des propriétés belges dans les mains de Freddy Herbrand. Celui-ci va entraîner le futur émir bien plus loin que dans ce Monopoly en bord de Warche. En 1983, il lui fait découvrir un petit paradis sur terre, qui a l’avantage d’être aussi un vrai paradis fiscal : les îles Turques-et-Caïques.

Cet archipel, situé à moins de 1 000 kilomètres de Miami et 300 kilomètres au nord d’Haïti, est connu pour abriter la maison de vacances de Keith Richards, des hôtels hors de prix et une fiscalité au niveau de la mer. Mais il y a trente-six ans, les îles constituaient surtout une belle promesse d’investissements immobiliers. Herbrand dégote un avocat, Barrie Cooke, pour créer une société qui acquiert 310 hectares de plage, coulés dans une société holding, H.A.B Ltd. Elle est détenue par l’émir, mais c’est Herbrand qui en sera longtemps l’unique administrateur.

Avec Cooke en cheville ouvrière, ils bâtissent, avec la bénédiction d’al-Thani, un golf de 18 trous, développent une compagnie d’eau, et n’oublient pas de glaner un peu d’espace dans les marinas. Le prince, pendant ce temps, profite de son statut de ministre de la Défense et d’un voyage médical de son père à Zurich pour le renverser, en 1995. Le coup d’État s’opère sans violence, mais papa a tranquillement vidé les caisses de l’État vers ses comptes personnels. Et ce ne sont pas les retombées financières de Malmedy qui vont les remplir à nouveau.

Fin des années 90, Barrie Cooke, qui est devenu un gestionnaire important des avoirs du nouvel émir, angoisse pour les investissements belges. Ils ne rapportent pas grand-chose, voire génèrent carrément des pertes. Surtout l’hôtel du Val d’Arimont, où 6 millions de dollars ont été investis – un gouffre financier. Il sera bientôt vendu. Cooke suggère à demi-mot que le contrôle des sociétés belges devrait être discuté en profondeur. Sous-entendu : Herbrand est-il vraiment l’homme de la situation ?

Début des années 2000, l’entourage direct de l’émir prend les choses en main, alors que le souverain tente de récupérer les avoirs volés par son père et apprend, réellement, à devenir un homme d’affaires redoutable. Herbrand va quitter la tête de HAB, aux Turques-et-Caïques, en 2003. Un family office (bureau de gestion de fortunes), French Properties Management, est créé à Paris, et reprend la gestion des biens belges. Les noms de Herbrand et de son épouse (très active dans la gymnastique et qui a aussi coaché au Qatar) disparaissent petit à petit des conseils d’administration des sociétés belges. Barrie Cooke tombera en disgrâce, lui-même, en 2011, à la suite d’un virulent audit de KPMG sur les activités d’HAB, qui le cible lui, mais aussi Herbrand, pour avoir utilisé leur position dans le groupe pour leur bénéfice personnel. Barrie Cooke démentira fermement ces accusations.

Centrales au gaz

Malgré les mauvais retours sur ses investissements wallons, l’émir ne s’est pas pour autant détourné de la Belgique et de Malmedy. Place de Cochem, au cœur de ce centre-ville dominé par les deux tours carrées et beiges de la cathédrale Saint-Pierre, il a achevé il y a quelques années la rénovation du Nopri (qui était lui-même un ancien cinéma) en immobilier commercial et résidentiel. « C’est de belle facture, ce qu’ils font, juge Robert Denis, bourgmestre de 1982 à 2006. Durant mon maïorat, ils ne m’ont jamais dérangé. Bien sûr, on préférerait toujours un peu que ce soit des autochtones qui entament ce genre d’investissements. Je suppose qu’il s’agissait de diversifier leur économie. » En 2011, Freddy Herbrand défendait lui-même l’apport qatari dans La Libre Belgique  : « Ils ont construit quand le bâtiment n’allait pas bien. Ils ont sauvé plusieurs entreprises locales. »

Le bourgmestre Bastin évoque lui aussi la diversification des investissements qataris, une sorte de vision « post-hydrocarbures » dans laquelle Malmedy joue un petit rôle. Hasard du calendrier : à l’heure de boucler ce Médor (mi-mai), la presse belge écrit justement sur l’ambition de BTK, un gestionnaire d’actifs luxembourgeois, d’investir 2,5 milliards d’euros dans quatre nouvelles centrales au gaz en Belgique. Le tout avec l’aide du Qatar, lui-même gros producteur de gaz.

À Bruxelles, par ailleurs, la famille royale qatarie a mis la main, en 2012, sur l’ancien hôtel Empain, en plein quartier Notre-Dame-aux-Neiges, à Bruxelles. Racheté à Didier Thiry, magnat de l’immobilier, originaire de Gaume (valeur d’expertise : environ 10 millions d’euros), le bâtiment a subi d’importantes restaurations. En 2008, la Région bruxelloise avait accordé un subside de 1,7 million d’euros pour cette rénovation.

Des voisins discrets

Quant à la piste d’athlétisme, il ne faut pas y voir d’objectifs cachés, nous dit le bourgmestre Bastin. C’est juste « pour Freddy ». Pour services rendus à la nation qatarie, qui organisera les championnats du monde d’athlétisme en 2019, et y amènera une équipe plus au taquet que les athlètes auto-stoppeurs dropés par Herbrand dans le désert fin des années 70.

Côté privé, des familles, à Malmedy, ont, par le passé, accueilli des enfants de la famille royale durant l’été. « Un moyen de découvrir une vie hors de la cour, de ranger son assiette soi-même dans le lave-vaisselle », suggère Jean-Paul Bastin. Lui et l’ex-bourgmestre Denys le reconnaissent volontiers : même si ces Qataris attirent le journaliste curieux, ils n’ont pas un effet structurant sur l’économie, contrairement, par exemple, à Roger Gehlen, magnat local de la construction, qui inaugurera cette année un hôtel 4 étoiles.

Pour chaque projet immobilier, l’entourage de l’ex-émir collabore avec une architecte locale (et ex-échevine des travaux), Isabelle Boemer, qui n’a pas désiré commenter ses relations avec les Qataris. À Malmedy, l’émir a trouvé, sans doute, ce qu’il cherchait : une population discrète. Les projets eux-mêmes ne créent guère de remous, et avancent parfois à pas de loup. C’est le cas du mont Rigi.

À 680 mètres d’altitude, on tutoie, le long d’une route tranchant les Fagnes en deux, le sommet de la Belgique. C’est la beauté totale. Ne manque plus que la vision d’un coq de bruyère et on touche au sublime. Et paf, à gauche en venant de Malmedy, une grosse ruine. Quatre murs branlants, entourés de grilles où des plaques à l’effigie d’entrepreneurs sont la seule promesse que cette triste vue va changer. C’est ce qu’il reste du restaurant du mont Rigi, propriété de l’émir depuis les années 80, où Mohamed Mezbahi se mit à travailler comme étudiant, dans les années nonante, alors qu’il vivait à Liège pour son doctorat en chimie. L’« amoureux de la nature » venu du Maroc jusqu’aux froides étendues fagnardes a l’opportunité, en 2000, de reprendre la gérance de l’endroit. Au fil des ans, le bâtiment s’étiole. Mais la clientèle, elle, est garantie, et vient en masse. Des travaux doivent être faits. French Properties Management profite de la fin du bail et de coûts de travaux supérieurs à trois ans de loyer pour évincer Mezbahi. Amer, il a ouvert un nouveau restaurant, à quelques kilomètres. « L’affaire marchait très bien, on a essayé d’investir dans le bâtiment, même s’il était vieux. Mais pour eux, à Paris, je ne suis qu’un élément comme les autres. Je suis un petit commerçant. » Le mont Rigi va être transformé en hôtel de luxe. Onze chambres tout près des pistes de ski de fond. Pas encore Zermatt, mais ça progresse. Comme dirait « Momo » Mezbahi : « Ces Qataris, ils font tout ce qu’ils veulent. » Mais toujours avec un permis d’urbanisme.

Tags

Dernière mise à jour

Un journalisme exigeant peut améliorer notre société. Voulez‑vous rejoindre notre projet ?

La communauté Médor, c’est déjà 2083 abonnés et 1802 coopérateurs

Vous avez une question sur cet article ? Une idée pour aller plus loin ?

ou écrivez à pilotes@medor.coop

Médor ne vous traque pas à travers ses cookies. Il n’en utilise que 3 maximum pour la sécurité et la navigation.
En savoir plus