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Diana, Soulira et les plumes de Médor

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Axel Korban. CC BY-SA.

Pendant ce temps… Médor a décerné sa première bourse « diversité ». Bravo aux lauréates, Soulira Kerri et Diana Mandiá.

Vous vous demandiez où étaient passées les autruches de Médor ? Et bien, au four et au moulin. On ne va pas vous faire le coup de la charge mentale – ce concept (pourtant si bien tapé) a déjà mis le boxon dans votre vie conjugale. Mais quand même.


Depuis la dernière fois, les autruches n’ont pas eu le temps de jouer les autrices, tant elles ont été happées par des choses plus urgentes : un site internet nouveau-né, une bronchiolite par-ci, un magazine papier par-là, des réunions de parents, l’édition des grosses enquêtes balèzes de nos confrères (Reynders/Fontinoy, Fluxys, les balourds pharmaceutiques qui veulent notre mort…)… Et, avec tout ça, un plan diversité à porter, à l’ombre des grands dossiers.


Notre problème est clair : nous sommes des super-clètes du personal branding, dont cette chronique devait pourtant être l’objet. Les Autruches n’ont pas de compte Insta, ne publient jamais rien sur Facebook, pensent que Tik Tok est le nom d’un jeu de société. Pire : elles rechignent à poster des vidéos seflies pour parler de Médor, ignorant copieusement les conseils d’Esteban, notre brillant et très connecté « chargé des communautés ».


Parmi les actions que nous avons menées en oubliant de vous en parler, il y a donc la réunion du jury de notre fameuse « bourse diversité » (on aurait au moins pu mettre une photo des salades sur Pinterest). C’est quoi cette bourse (pour ceux qui ne suivent vraiment rien) ? 4000 euros pour encourager la participation à Médor de journalistes qui ne se reconnaissent pas dans la triade « homme, blanc, universitaire ». L’objectif est de donner un petit coup de frais au plumage de Médor. Autrement dit, de trouver de nouvelles plumes pour écrire dans notre magazine, partant du principe qu’une équipe plus diversifiée donnerait une information moins homogène (« moins chiante », avions-nous dit texto).


Sur les 22 candidatures reçues, aucun copain. Il y a bien l’un ou l’autre homme blanc qui ont essayé de nous gruger, argumentant qu’ils étaient provinciaux ou mal adaptés à l’université mais sinon, nous avons compté parmi les candidats trois hommes non-blancs et des femmes de toutes les couleurs. Une bonne partie d’entre elles ont utilisé le mot « utérus » dans leur texte de présentation. C’est sûrement le signe de quelque chose, mais on n’a pas encore trouvé de quoi…

Autre fait saillant : une partie des candidats n’ont jamais eu de carte de presse. Ou en avaient une il y a 25 ans… Jusqu’à l’arrivée de leur premier enfant, les nuits blanches et maux de dos qui vont avec, et l’abandon du journalisme pour un boulot dans les télécoms « à horaires fixes ». Ce profil-là n’a rien d’un cas isolé. Si à l’entrée dans la profession de journaliste, la parité est atteinte, la proportion de femmes chute brutalement à la trentaine. Au total, elles ne représentent plus qu’1/3 des journalistes.

Deux lauréates ont été désignées – elles se partageront la bourse de 4000 euros. Soulira Kerri souhaite mener une enquête à partir de faits qui touchent son village ; Diana Mandiá développe un projet plus documentaire, lié à une facette méconnue de l’immigration en Belgique. Aucune des deux ne possède de GSM belge (bien qu’elles vivent ici). Si ça, c’est pas de la diversité…

Cette bourse nous a appris une chose : les journalistes issus de la diversité existent. Ils ne sont pas absents du marché. Ils sont juste invisibles. C’est d’ailleurs ce que la journaliste Soraya Amrani, membre du jury de notre bourse, exprimait après la délibération : « Je m’étonne à chaque fois de tomber sur des directions de rédaction à qui je pose la question d’une plus grande diversité des profils et qui me répondent avoir cherché, cherché longuement, cherché sincèrement sans avoir trouvé. Pourquoi ne trouvent-ils pas ? Parce que, pour ce qui me concerne, j’en vois, j’en connais, sans chercher. Seraient-ils plus visibles à mes yeux ? Seraient-ils plus visibles dans mon environnement ou invisibles voire totalement absents du leur ? Est-ce un problème d’invisibilité ou d’absence ? En répondant à ces questions, on sera –me semble-t-il– en mesure d’avancer en sortant des grandes déclarations sur la beauté et l’importance de la diversité qui dépassent trop peu souvent, depuis 25 ans, les bonnes intentions. »


Dépasser les bonnes intentions et ne pas se brosser dans le sens du poil, on essaie. Diana, Soulira, Esteban, Soraya, on compte sur vous pour nous aider à trouver encore plein de nouvelles plumes pour Médor.


Si, comme eux, vous avez des remarques constructives, des idées géniales, des conseils ou des seaux de tomates, envoyez-les à diversite@medor.coop.


On vous revient bientôt !

Bisous

Les Autruches

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