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[Baromètre#2] Médor à la loupe

Pour la deuxième édition de notre Baromètre diversité, on a ressorti la loupe et ausculté nos pages… À quoi ressemble la société dépeinte par Médor ? A un monde où les hommes des catégories socioprofessionnelles supérieures ont le pouvoir. Mais un monde qui change.

Moins de femmes que dans la vraie vie…

C’est une des données stables entre les deux baromètres de Médor (2019 et 2020). Les femmes y sont bien mieux représentées que dans la presse quotidienne, mais pas encore à égalité avec les hommes.

39,22 % des intervenants sont en effet des femmes (41,50 % au dernier baromètre - à consulter ici). Les résultats sont donc toujours moins déséquilibrés que ce que l’on observe dans la presse quotidienne (seulement 17,83 % puis 17,31 % de femmes dans les échantillons analysés en 2011 et 2013-14, 24 % de moyenne mondiale) mais on ne voit pas d’évolution et on n’approche pas de l’égalité.

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… mais des intervenants « hors genre » apparaissent !

Ça a l’air d’un détail… Et pourtant. Dans le premier baromètre, tous les intervenants dont le genre était connu étaient identifiés soit comme homme, soit comme femme. Cette fois, deux intervenants ont été catégorisés en tant que « autre », qui inclut notamment les transgenres, travesti·e·s ou encore « genre fluide ».

« On peut se dire "deux ce n’est rien", mais c’est pourtant une évolution notable », souligne Sabri Derinöz, chercheur en sciences humaines (ULB) qui a réalisé ce baromètre pour Médor. De plus, il ne s’agit pas d’articles portant sur la thématique du genre !

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Les femmes sont mieux identifiées qu’avant…

On observe encore que les personnes les mieux identifiées sont majoritairement des hommes : pour 42,96 % des intervenants hommes, on mentionne tout à la fois leurs noms, prénoms et professions (36,87 % en 2019), alors que c’est le cas pour seulement 28,33 % des femmes. On voit néanmoins une évolution par rapport à 2019, où seules 18,11 % des femmes étaient identifiées par tous ces critères à la fois.

Par contre, cette année, il y a proportionnellement moins de femmes (43,53 %) dans la catégorie des intervenants qui ne sont pas identifiés par un nom complet (par exemple, une victime dont on ne met que le prénom ou une personne qu’on ne nomme pas) mais dont le genre est identifié (par exemple, « une institutrice qui souhaite rester anonyme »). Elles constituaient une majorité d’environ deux-tiers dans cette catégorie lors du précédent baromètre. Il semble donc que, si l’identification complète concerne toujours plus majoritairement les hommes, on porte aussi plus d’attention à l’identification des femmes.

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… et ont davantage la parole

Alors que l’on avait observé que les intervenantes étaient plus souvent dans des rôles passifs (personnes dont on parle, qui sont montrées sur une photo sans qu’on leur donne la parole, etc) qu’actifs (signataire de l’article, personne qui s’exprime dans le texte), cette tendance s’est réduite dans le baromètre de cette année. On s’approche de l’égalité hommes-femmes sur ce point.

Autre évolution notable : Parmi les personnes qui « font » Médor (journalistes, photographes, illustrateurs/trices), on se rapproche de la parité (55,22 % d’hommes), alors que nos équipes étaient majoritairement masculines en 2019 (70,97 % d’hommes) ! Elément important à souligner : c’est l’énorme proportion d’illustratrices (85 % des signatures d’illustration sont féminines) qui fait pencher vers cette parité.

Le rôle de porte-parole est toujours plutôt masculin mais cela évolue (75,76 % d’hommes dans notre dernier baromètre, 65,63 % d’hommes cette année, contre 85 % dans la presse écrite).

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Quand elles écrivent, les autrices le font de façon plus "diversifiée"

C’est ce qui a le plus surpris Sabri Derinöz avec ce second baromètre : la différence de traitement de l’info selon que le journaliste soit un homme ou une femme. Concrètement, voici ce qui ressort des chiffres :

Si on est un journaliste homme, on écrit plus facilement sur les hommes de catégories supérieures.

Si on est un femme, on est plus diversifié sur le choix des intervenants (genre et catégorie socio-pro).

En effet, pour les auteurs, 60 % de leurs intervenants sont des hommes des catégories socio-professionnelles supérieures. Pour les autrices, "seuls" 38 % de leurs intervenants sont des hommes des catégories socio-professionnelles supérieures.

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Attention aux nuances… Un résultat vient ajouter quelques bémols à ce constat. Si l’on prend les articles écrits par des hommes, l’an passé ils comptaient 60 % d’intervenants masculins contre 70 % cette année ! C’est une dégradation mais qui s’applique aussi aux articles écrits par des femmes. Elles aussi comptent plus d’intervenants masculins dans leurs articles que l’an passé.

« Selon qu’on est optimiste ou pessimiste, on dira donc que les femmes sont plus diversifiées dans le choix de leurs intervenants ou seulement moins inégalitaires que les hommes », résume Sabri Derinöz.

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Un monde où les cols blancs sont sur-représentés

Parmi les intervenants dont la profession a pu être identifiée, 68,84 % se rattachent aux catégories socioprofessionnelles (CSP) supérieures contre 68,01 % en 2019. Pas de changement donc de ce côté. Le monde que Médor décrit est peuplé de cadres, de dirigeants et de professions intellectuelles.

Parmi les CSP identifiées, tout comme l’année passée, les catégories supérieures ont plus souvent accès à la parole, notamment dans les rôles prestigieux d’experts et de porte-parole, alors que les autres professions sont plus présentes en tant que « vox populi », sujets ou figurants.

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Pour lire notre baromètre dans son intégralité, c’est par ici.

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