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Vivre ensemble, ou pas

Nouveaux riches et villageois peuvent-ils cohabiter ?

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Le lundi 21 octobre, à la maison communale de Lasne. Le 1er échevin Pierre Mévisse (à l’extrême gauche) remplace souvent la bourgmestre Laurence Rotthier (plein centre). Mais que veut-il vraiment ?

Colin Delfosse. CC BY-NC-ND.

Les dirigeants MR de Lasne défendent-ils les intérêts de toutes les catégories de la population ? L’entre-soi qui s’accentue et une légère tendance au copinage inquiètent le "peuple" lasnois. Une sorte de lutte des bacs. Pils en vrac ou bars à champagne.

Plein cœur de Lasne, ce mardi après-midi. Vite une place de parking, sinon on se trouve happé dans le flux de voitures qui remontent vers la maison communale, à 1 bon kilomètre de là. Tout est blanc, ici. Les gens, les maisons, obligées de s’aligner sur la norme - Lasne est naturellement libérale et foncièrement conservatrice. On se croirait sur la digue à hauteur de Knokke ou dans le musée en plein air de Bokrijk. Sur la route d’Ohain, la banque ING propose de « vivre à fond » et de recevoir 40 euros. Pfff… 40 euros, à Lasne ? On n’ira pas loin… Acheter une carte des sentiers (tout se paie), prendre un chocolat chaud chez Lio et avaler une salade à 20 euros + le petit verre de vin et une gorgée d’eau. Redécouvrir « le bonheur » au Club Med situé en face de la banque, alors ? Il est loin des prés, le bonheur. Rien à la vitrine du « cleubbe » sous les 2 000 euros. L’Ethiopie est tendance. Pour l’Afrique du Sud, faut compter 3 300 euros vu le survol du Cap en hélico et un double safari quotidien en 4X4 (interdit d’emmener le sien !). Bon passons et traversons avec prudence.

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La mobilité douce, selon les échevins de Lasne.
Colin Delfosse. CC BY-NC-ND

Pour rejoindre l’école Ste-Lutgarde, à 400 mètres, on enchaîne la rue de l’Ancienne gare et la place du Jeu de balle, qui n’existe plus : remplacé par des parkings. Slalom obligé entre les panneaux de promotion immobilière vendant du Victor Hugo – « Savoir, penser, rêver. Tout est là. » Puis passage près d’une plaine de jeu, oh miracle. Et voici un brin de verdure au bout de la rue rénovée de la Closière, du nom d’un lotissement blinquant, forcément. « Retournez-vous tout, tout doucement », souffle une dame qui nous offre un moment zen. Une biche derrière une clôture grillagée. « Regardez-là bien !, dit-elle. Sur cette belle parcelle comportant des étangs, la commune a accepté la construction de quatre maisons et d’une autre en surplomb. Un bâtiment de prestige… Avec celui-ci, en bonus, la voirie d’accès sera dangereuse pour nos petits enfants et elle coupera le sentier qui remonte de l’école au centre sportif.  » Bientôt plus de biches, plus de sentier arboré, là, sous nos pieds ? Maudit « Béwé » qui a une chance de riche, un capital vert à partager et une tendance folle à trop bétonner.

« Quoi, Médor débarque à Lasne ? Avec quelle intention ? » Dimanche soir, à La Tartine, « le » resto central de la riche commune où nous avons fixé notre QG, l’échevin des Travaux Pierre Mévisse s’est arrangé pour se faire entendre dans tout l’établissement. Un mot de bienvenue inquiet à notre adresse, rappelant le style rugueux de son père agriculteur… qu’il serait recommandé de ne jamais contredire. « Vous me connaissez ? Vous avez fait des recherches sur moi ? » Meuh, non. Pourquoi ? Il faudrait ?

Premier échevin dans l’ordre protocolaire, le fortuné Mévisse doit ce statut à sa grande disponibilité et aux ambitions qu’il affiche plutôt deux fois qu’une. Pas tellement en raison de ses voix de préférence. Pourtant 2ème sur la liste MR aux communales d’octobre 2018, il n’avait réalisé que le septième score sur… six bons d’entrée au collège échevinal. C’est marrant, beaucoup de gens sourient à Lasne quand on prononce le nom du premier échevin, remplaçant autodésigné de la bourgmestre Laurence Rotthier quand elle s’absente. Une légère crainte que lui ou un aristo à bretelles s’installe pour de bon au pouvoir ? Copinage et respect des traditions, à la clé.

Médor retrouve l’échevin Mévisse, lundi, au moment d’immortaliser le collège échevinal au boulot, plutôt tranquille, lui. « Quoi, vous ne photographiez que ces dames ? » Ben oui, depuis l’an 2000, les bourgmestres de Lasne sont des femmes. La maïeure Rotthier II incarne la stabilité dans la durée, typique de ce « Nowhere Lasne » où il ne se passe quasi rien, selon un influenceur bien connu en Brabant wallon.

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Laurence Rotthier, l’héritière.
Colin Delfosse. CC BY-NC-ND

Le père de l’actuelle bourgmestre, rentière et populaire, a lui-même dirigé la commune libérale pendant 26 ans. Il était un brasseur à succès de la lignée des Wielemans. « Avec la fille Rotthier, disent les organisateurs des fêtes annuelles de Maransart, où les softs sont à 1 euro et la pils à 2, nous recevons l’aide logistique du pouvoir politique. Mais si le collège bascule dans le camp des toujours plus riches, à l’image de la population, c’en serait terminé du seul grand rassemblement populaire ? » Crispée par les clichés, la population de Lasne troquera-t-elle, un jour, ses derniers stands de bière pour des bars à champagne ?

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