Loup, Loup, y es-tu ?

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L’équipe du Médor Tour La Louvière livre un condensé hautement subjectif de ses premières impressions. Cette ville en friche, on lui cherche un centre. Aidez-nous à le trouver…

Jusqu’en face de l’école, jusqu’en face de l’église, cette musique ne vous lâche pas. Le visiteur du centre-ville de La Louvière est poursuivi par les ondes de Nostalgie, crachées par des enceintes suspendues à chaque rue. Y a pire. Les crissements de pneus de la rue Sylvain Guyaux, où les jeunes se croient à Knokke. Pour le second degré, faut lever le pif. Des citations surréalistes, disséminées sans guide de visite, en haut des façades, rappellent que les poètes de la dérision se sont moqués de tout, en ce compris la fermeture des mines.

Un commerçant râle sur les sans-abris qui squattent l’espace vital. Sûr, aucun trait commun avec Lasne ou Namur. « Moi je suis né ici. Rien n’y est facile, rigole le patron de trois bars, dont les racines s’étirent jusqu’en Sicile et au Maroc. Mais cette ville est la mienne. S’il en reste un dernier pour la défendre, ce sera moi. » Une bloggeuse habituée à dézinguer tout ce qui bouge est pressée de rentrer de Bruxelles pour souffler et boire un coup. Amour-haine chez elle, aussi. Par où la prendre, c’te ville ?

Les jeunes sont partout, ne se mélangent nulle part. C’est un éducateur du coin qui le dit : « Il y a 110 origines différentes ici, dans cette ville singulière de la contestation, creuset du surréalisme, mais il n’y a pas d’interculturalité. A la fête annuelle de la saucisse, y’aura pas un black. On rate un truc. »

Les porte-affiches en rue convergent vers le « Central », le clinquant centre culturel. La culture, c’est le pari économique du post-industriel. Après la mort de l’acier, le vol en éclat de la faïence, il faut se recycler. Alors les Loups y vont franco, s’engagent tête baissée dans la culture pour tous, nouvelle vallée d’or locale. Pas comme la gare de La Louvière-Centre, cette paroisse piteuse du rail coincée entre les cathédrales montoise et carolo. Centre-ville, Central, La Louvière-Centre, mais il est où le vrai coeur urbain ? Place Jules Mansart ou Place Maugrétout ? Près des seuls bistrots qui tournent ensemble ou Chez Rudy, roi de l’Orval, autorisé à brûler le couvre-feu ? Ces places rivalisent, se vampirisent. Faites-y gaffe ! A trop tergiverser pour fixer son commerce, vitaminer ses lieux de vie, La Louvière et son bourgmestre PS Jacques Gobert, un assureur qui ne rassure pas tout le monde, patinent dans la semoule.

Ah, cette manie du non-choix… Cette cité qui voit double : deux hôpitaux un peu autistes, deux clubs de foot se tirant dans les pattes, deux nouveaux projets de cinéma plutôt qu’un costaud, le Stuart, résistant à Netflix. « Ben ouais, c’est trop tard,ricane un restaurateur. La ville est un cratère. Les gens ont pris l’habitude de faire leurs courses au Cora, trop loin du centre pour qu’il en profite. Ou carrément dans les centres commerciaux de Nivelles et de Charleroi. » La cité des Loups est bourrée d’idées, mais vidée de ses commerces. Son talon d’Achille Chavée.

Bien sûr, le renouveau s’affiche partout. Centre administratif, centre culturel, CPAS. Il y a du neuf. Et aussi des intentions inabouties. Sur la friche de la manufacture Boch, rasée de près, un skatepark imaginé par un groupe de jeunes et soutenu par la ville est laissé à l’abandon, faute de moyens. À côté, le fringuant et nouveau musée Keramis compte aussi ses sous. Sur ses fenêtres, un appel à l’aide. « Musée en danger. » Les subsides de la Fédération Wallonie-Bruxelles et les 10 000 visiteurs annuels ne suffisent plus, plusieurs emplois sont menacés. Encore des emplois menacés.

Sans plan si clair, la ville s’en remet à un messie formaté pour le profit. Des grues s’activent sur « le » projet phare, prêt à avaler la fameuse friche : La Strada. Après des années de débats, d’aménagements et de recours, le bourgmestre Gobert et le promoteur Peter Wilhelm ont posé la première pierre du chantier en mai dernier. Du logement, de l’horeca, du loisir à pied : voilà qui est clair, cette Strada veut s’imposer entre la gare et les places Mansart / Maugrétout. C’est donc là qu’il serait, le centre ?

Aidez-nous à y voir plus clair, envoyez-nous vos tuyaux et bonnes infos. C’est par ici . Ce premier Médor Tour s’achèvera par une semaine plein pot, dans la cité des Loups, où nous ferons aboutir nos enquêtes : du 6 au 11 octobre.

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