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Atoma : le seigneur des anneaux

Un cahier. Des anneaux. Des feuilles détachables et repositionnables. Bien plus qu’une marque belge, les cahiers Atoma sont les confidents des ministres fédéraux… Vraiment ?

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Marie Theurier. CC BY-NC-ND

Tout a commencé par une lubie. Celle de Georges Mottart, grossiste à Bruxelles. Nous sommes en 1948 et Georges a un souci : « Dans les cahiers à spirale, les lignes ne sont jamais alignées entre la page de gauche et celle de droite », dixit Chantal Vancanneyt, sa petit-fille et actuelle dirigeante d’Atoma. L’homme commercialise alors une invention de génie, celle d’André Tomas et André Martin, deux Français qui bossent sur un système d’anneaux permettant de détacher et repositionner les feuilles d’un cahier, sans rien abîmer… ni désaligner. La marque Atoma est née.

Aujourd’hui, elle vend un million de ces cahiers chaque année, dont 70 % en Belgique. Son public n°1 est étudiant. Malgré un brevet tombé dans le domaine public en 1998, la marque est aussi « fournisseur breveté de la cour », et alimente jusqu’aux services publics fédéraux, de l’Intérieur à la Chancellerie. Le SPF Affaires étrangères a même tenté de convertir l’Europe à ce bijou d’ingéniosité, en commandant 65 000 cahiers de type Atoma « personnalisés », munis d’anneaux noir-jaune-rouge, pour la présidence belge du Conseil de l’UE en 2010. Sauf que… « pour la petite histoire, c’est un concurrent d’Atoma qui avait remporté le marché », nous glisse le service com de la Chancellerie.

Accords secrets

Peu importe, en 2014, le carnet Atoma (le vrai ou la copie ?) passe à un stade supérieur et entre dans le jeu politique fédéral. Devant un parterre d’étudiants, le vice-Premier ministre Jan Jambon (N-VA) annonce qu’il existe au sein des accords du gouvernement fédéral un carnet Atoma dans lequel quelques feuilles (détachables…) contiendraient des accords secrets portant sur une future réforme constitutionnelle. Alerte ! L’homme a beau préciser qu’il s’agissait d’une expression, les « accords Atoma » entrent dans le dico des ministres fédéraux pour désigner « ces accords complémentaires non rendus publics », nous explique Georges Gilkinet, Écolo, ancien ministre fédéral. Lui est formel : « Des accords Atoma, oui, il y en a et j’y ai participé. » Mais il n’a jamais vu l’ombre d’un anneau… « Ils sont plutôt envoyés par mail. »

Aujourd’hui, où pourrait se trouver LE carnet Atoma ? Pas chez le ministre Bihet (MR) en tout cas, qui est « plus iPad que carnet », nous confie son porte-parole. À la Chancellerie du Premier ministre, des cahiers Atoma figurent bien dans les stocks de l’Économat. Et les carnets personnalisés « sont régulièrement utilisés, soit comme cadeaux de relation, lors des réunions diplomatiques, soit personnellement par les Premiers ministres successifs », nous dit-on. « Nous ne savons cependant pas ce qu’ils inscrivent dans ces cahiers ». Mais, désormais, ils sont bien de la marque Atoma.

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  1. Le nom Atoma vient des initiales des inventeurs, reliées par un o qui symbolise l’anneau.

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