El Palacio de Justicia

Poelaert, pas le Pérou

Lima medor
Morgane Griffoul. CC BY-NC-ND.

Le palais de justice de Bruxelles a un petit frère jumeau ! Voici l’histoire de la copie péruvienne d’un édifice bruxellois d’inspiration gréco-romaine pensée par un architecte polonais. Bienvenido a Lima.

Pérou, 1925. Le président Leguía veut marquer le centenaire de l’Indépendance. L’esprit bâtisseur, il lance un appel pour la construction d’un nouveau palais de justice, remporté par un certain Bruno Paprowsky. Polonais d’origine, débarqué à Lima au début du XXe siècle, Paprowsky imagine un pastiche du palais de Bruxelles dessiné par Joseph Poelaert en 1862. Ce bâtiment est alors le plus grand du monde. Le président est séduit, les travaux démarrent en 1928.

Mais comme dans les Marolles, la construction du siège de la Cour suprême liménienne – sur une ancienne prison – n’est pas sans accrocs. Un an après le début des travaux, un coup d’État stoppe net le chantier. La construction reprend en 1937, pour être achevée trois ans plus tard, sans son architecte qui a quitté le pays et sans la coupole de 40 mètres qui figurait sur les plans. Une décennie plus tard, le dôme revient à l’étude, mais il ne sera jamais construit. Paulo Damn, architecte du cru, avance deux théories sur cette absence : le manque de fonds, cas fréquent au Pérou, ou bien la structure qui n’aurait pas supporté le poids de la coupole. La pyramide, que Poelaert avait originellement dessinée à la place de la coupole, eût sans doute mieux collé au style néo-inca, également en vogue à l’époque !

Lors d’une de ses conférences au Pérou, le professeur d’architecture Jean Stillemans (UCL) tombe par hasard sur cet édifice dans le centre historique. Il est frappé par sa ressemblance avec le palais de justice de Bruxelles : « C’est un véritable copié-collé à échelle miniature (6 000 m2 versus 26 000 m2). « Il y a des éléments formels identiques : le corps central et les corps latéraux, mais aussi les pilastres, les piliers, le fronton. »

« L’ironie dans cette histoire, poursuit le professeur, c’est que le palais construit par Poelaert est de style éclectique, dont la particularité est justement d’emprunter des éléments à des styles géographiques et historiques variés. » Colonnes et pilastres grecs, statues romaines et égyptiennes… « Le palais de justice de Lima est une copie d’un ensemble d’éléments copiés. »

Selon les deux architectes, le projet de Poelaert circulait énormément à l’époque. Ce n’était donc pas le Pérou de se procurer une copie des plans. Vous savez maintenant où aller pour admirer la façade de ce chef-d’œuvre, sans échafaudages.

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