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Boule en tête

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Emilie Gleason. CC BY-NC-ND.

La Belgique est le premier producteur de boules de billard au monde. Les rois du tapis vert, c’est nous ! Mais d’où ça vient ?

Et bam, carambolage ! Tu l’ignores sans doute, mais ta précision au queutage, tu la dois à Saluc, société basée à Callenelle, minuscule village au bord de l’Escaut, dans le Hainaut. Elle roule sur ses concurrents depuis 1950. Au départ, ses usines produisent des tanins synthétiques. Après la Seconde Guerre mondiale, la société se reconvertit dans les résines phénoliques. Cette nouvelle matière remplace l’ivoire, dans lequel les boules étaient produites depuis le XVIe siècle, et sauve au passage les éléphants menacés d’extinction (compter huit boules par défense).

« Dans les années 1960, le marché du billard est en pleine expansion », raconte Yves Bilquin, le directeur des opérations de Saluc. Il existe alors quelques producteurs de billes synthétiques, mais l’entreprise hainuyère tire son épingle du jeu : « On avait une meilleure qualité à moindre coût. Le procédé est alors connu de tous. Ce qui est secret, c’est le savoir-faire, l’industrialisation, raison pour laquelle les visites sont interdites à l’usine. » Aujourd’hui leader incontesté de la boule avec plus de 80 % de la production mondiale, la société se porte bien avec un chiffre d’affaires de 16 millions d’euros en 2019. « Le nombre de billes produites est confidentiel, mais on parle en millions », concède Bilquin. Ces boules sont majoritairement destinées à l’exportation (à 98 %) vers 85 pays (États-Unis et Chine en tête), mais quelques milliers sont écoulées localement.

Boules frites

Car le plat pays est une terre de billard. « Historiquement, les fabricants de tables et de tapis sont belges », explique François Brohée, président de la section Mons-Hainaut de la Fédération royale belge de billard. Ce qui a suscité de nombreuses vocations. « Le billard tel qu’on le joue actuellement existe depuis trois-quatre siècles dans le nord de la France et en Belgique, mais la pratique est en baisse aujourd’hui. On compte plus ou moins 3 000 joueurs pros de billard carambole (trois boules) et 15 000 de billard pool (16 boules). » Totalement absente du palmarès de Snooker (22 boules), la Belgique domine le game en billard carambole (sans trous) : outre Raymond Ceulemans (LE plus grand joueur), on compte également un certain Eddy Merckx (homonyme anversois — décidément un nom de gagnant), champion du monde en 2006 et 2012. Autre discipline très en vogue chez nous : le billard à bouchons (autrement appelé billard golf – dix boules). « Plus petit et plus mobile, il est apprécié des tenanciers de cafés et de salles », précise François Brohée.

Pas de quoi booster l’appel des boules. « Le marché est relativement plat en termes de demande », admet Yves Bilquin. Le directeur commercial se souvient qu’en 1987, la sortie du film La couleur de l’argent avec Tom Cruise et Paul Newman avait fait bondir les ventes de boules (et de tables). Rien de tel qu’un film de boules pour relancer la production.

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