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Oh, mon château-o-o-o

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Jinhee Han. CC BY-NC-ND.

La Belgique posséderait le plus grand nombre de châteaux au kilomètre carré. Médor a pris le boulier.

Sur son site internet, Wallonie Belgique Tourisme (WBT), l’organe officiel de promotion du tourisme wallon, s’enorgueillit du nombre de castels sur le territoire belge. Nous aurions « le plus grand nombre de châteaux au mètre carré ». Vrai, faux ? Notre enthousiasme est douché dès le premier échange avec Aline Robert (WBT) : « Il est assez difficile de définir clairement des critères pour comptabiliser les châteaux et pouvoir justifier ce record. » Seuls 483 châteaux wallons sont inscrits à l’inventaire du patrimoine de l’Agence wallonne du patrimoine, mais le chiffre de 1 500 est évoqué par plusieurs sources.

En Flandre, l’institution sœur recense 1 432 châteaux sur son territoire. Ce qui indique, outre une précision des chiffres fla-mands, une « politique du gaufrier » (mêmes dépenses au Nord et au Sud) très précoce en matière de donjons et de douves. Bref, si on y ajoute les 20 châteaux bruxellois, on n’est pas loin de 3 000, soit un édifice par 10 km2. Un record mondial.

Toute l’ambiguïté de l’équation réside dans la définition même du terme « château ». L’historien Marc Meganck explique que « les chiffres varient en fonction de la définition que l’on donne au mot. Il existe de grandes différences selon les époques et les régions ».

Le grand nombre de forteresses provient d’abord de notre position : « La Belgique a toujours été un carrefour sur la scène européenne. Les châteaux forts jouent un rôle de premier plan pour défendre un territoire. La présence importante de la noblesse dans nos régions explique aussi le nombre élevé de châteaux. » Après son rôle défensif, le château est devenu un symbole de richesse et d’attribut du pouvoir. Un phénomène de mode caractéristique de notre pays pendant des siècles.

La disparition

Lorsque la Belgique s’impose comme la deuxième puissance industrielle au monde, fin du XIXe, ses patrons se la jouent bling-bling, façon Louis XVI. La Première Guerre mondiale marquera la fin de la multiplication des châtelains. Dans les années 50, les demeures monumentales sont hors de prix. Le « petit personnel » est devenu impayable à cause des nouvelles normes sociales.

Alors, champion ou pas ? Pour François-Emmanuel de Wasseige, expert en « castellologie », ce n’est pas impossible, bien que le chiffre de 3 000 châteaux, déjà avancé au début du XXe siècle, ne soit pas figé. De nombreuses bâtisses ont disparu. Plus de 350, selon les calculs du spécialiste : « Les châteaux belges sont généralement des propriétés familiales coûteuses à entretenir. En plus des destructions lors des guerres, certaines familles ont dû raser leur propriété faute de pouvoir les entretenir. »

Malgré ces disparitions, notre territoire resterait le plus densément fourni en châteaux. Certes, loin des 45 000 castels français, mais sur un périmètre vingt fois plus restreint. Ces demeures sont à l’image du pays, plus humbles : 10 à 20 fois plus petites que chez nos voisins. Un couronnement modeste donc, mais d’une grande noblesse.

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