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Messes basses

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Emilie Seron. Tous droits réservés.

Le curé des Marolles, Jacques Van der Biest, est décédé en mai 2016 à l’âge de 86 ans. Grand défenseur des pauvres, il laisse des paroissiens inconsolables. Qui sera leur nouveau berger ? Le curé congolais, imposé par l’archevêché, ou le traditionaliste et ses chants en latin ? Guéguerre de clochers.

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Comme tous les dimanches, Arlette a pris ses quartiers devant l’église des Minimes, au cœur des Marolles à Bruxelles. Assise sur une chaise, dos à la porte, elle attend que la messe s’achève sans piper mot, espérant que les fidèles de 9 h 30 se montrent suffisamment généreux pour garnir son gobelet de quelques pièces jaunes à la sortie. Voilà près d’une heure trente que la célébration est en cours. Une heure trente de chants, en latin, avec un curé qui tourne le dos à l’assemblée, dont l’homélie du jour était consacrée au péché originel et aux instincts à même de détourner les chrétiens du droit chemin spirituel.

Arlette n’a rien entendu de ce sermon. Elle ne met d’ailleurs plus un pied dans l’église, depuis que l’abbé Hygonnet – le curé de 9 h 30 – y a chassé les chiens. Assimilé à un acte de guerre, ce geste l’a fait sortir de ses gonds. Et c’est désormais un chapelet d’insultes qu’Arlette marmonne dans sa barbe, chaque fois que l’homme en soutane a le malheur de croiser son chemin. « C’est un sale type, justifie-t-elle. Je lui ai dit : “si tu n’aimes pas les bêtes, c’est que tu ne t’aimes pas toi-même”. » Prenant Dieu à témoin, qui envoyait autrefois des pigeons dans le clocher, Arlette annonce alors cette inquiétante prophétie : « Depuis qu’il est là, les pigeons sont partis. Maintenant, ce sont des corbeaux qui viennent. Je lui ai dit : “Van der Biest, lui, avait amené la vie ici.” Toi, tu es un corbeau. Tu amènes la mort ! »

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La mort a bien frappé la paroisse, le 5 mai dernier, en emportant celui qui, durant 62 ans, avait présidé à ses destinées. Mais ce ne sont pas les corbeaux qui l’ont tué. Pour Arlette, c’est l’œuvre malfaisante de « Chocolat noir », le prêtre de 11 h 30. « Celui-là, il devrait retourner en Afrique. Il a tué Van der Biest avec sa lettre. »

Cette terrible nuit de l’Ascension 2016 restera gravée à jamais dans le cœur des Marolliens. Depuis la mort de l’abbé Van der Biest, la paroisse est entrée dans une zone de turbulences dont elle pourrait ne jamais sortir. Deux prêtres et deux communautés occupent désormais l’église. Les « anciens » ont juré de les mettre à la porte !

Un curé insoumis

Arrivé un soir de décembre 1954, Jacques Van der Biest a marqué le quartier par sa personnalité et son charisme. Il s’est fait connaître du grand public par son combat pour la mixité sociale dans les quartiers populaires et pour les plus démunis.

En 1969, le jeune curé parvient à fédérer un mouvement citoyen afin de faire échouer le projet d’extension du palais de justice, qui menaçait d’expropriation plus de 11 000 habitants des Marolles. Après un été de mobilisation exceptionnelle, le projet est finalement abandonné, et le promoteur symboliquement enterré, lors d’un folklorique cortège funéraire organisé devant la chapelle de la rue Montserrat.

Curé des villes, Jacques Van der Biest se passionne pour les questions d’habitat et la manière de mener la pastorale en milieu urbain. Une nouvelle dynamique sociale prend forme grâce à lui. Une dynamique qui verra la naissance de plusieurs associations d’envergure, comme le Comité général d’action des Marolles (CGAM) ou l’Atelier de recherche et d’action urbaines (ARAU) dont Van der Biest fut l’un des pères fondateurs.

La paroisse, elle, vit des heures de gloire. À la messe du dimanche, Arlette la Marollienne côtoie le prince de Merode en personne. Les genres et les classes sociales se mélangent, réunis autour d’un homme qui parle avec le cœur et parvient à toucher son interlocuteur au plus profond de son âme. « Il nous donnait la tendresse de Dieu par ses mots », explique la comtesse Marie-Thérèse de Liedekerke, qui fut l’une des plus fidèles paroissiennes des Minimes jusqu’au décès du prêtre. « À la messe le dimanche, l’église était pleine à craquer. Des millionnaires et des sans-abri ensemble. Il nous rassemblait par son amour, et parce qu’il nous transmettait vraiment la parole du Christ. Il avait compris que, quand on est dans le paraître, on ne peut pas vraiment donner. »

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Son style et son engagement feront longtemps de Van der Biest un prêtre à part au sein de l’institution à laquelle il appartenait. Il fustigeait régulièrement la hiérarchie ecclésiastique qu’il traitait d’« imbécile ». Cette dernière ne le rappela jamais à l’ordre, ni quand il domicilia des sans-abri au presbytère, ni quand il hébergea des sans-papiers dans l’église, ni quand il dormit dehors, avec les habitants de la rue de la Samaritaine, pour protester une fois de plus contre un projet immobilier qui menaçait de les chasser de chez eux.

Omnipotent dans sa paroisse, Van der Biest s’est imposé comme la clé de voûte d’un système d’aide sociale, autour duquel gravitent des dizaines de personnes. On vient le voir quand on est en difficulté. Quand on manque d’argent. Ou, même encore, quand on a besoin d’un logement.

Comme dans l’Évangile, Van der Biest est le berger, le seul maître du troupeau. Difficile, dans ces conditions, d’envisager de quitter le navire… « Il disait souvent que même le Pape devait avoir son autorisation pour célébrer la messe aux Minimes », se souvient Luigi Guerra, l’ancien sacristain. Mais si l’on peut dire non à un pape, on ne peut pas grand-chose contre le temps qui passe.

La pension ? Un truc de vieux

À la fin de l’année 2004, Jacques Van der Biest fête ses cinquante ans de sacerdoce à la paroisse des Minimes. L’anniversaire est important. Le chiffre est symbolique. Mais il est surtout porteur de mauvaises nouvelles pour l’abbé, car il signifie le début des ennuis avec une hiérarchie qui lui avait plus ou moins fiché la paix jusqu’à présent.

Comme le veut la règle au sein de l’Église catholique, tout prêtre qui atteint l’âge de 75 ans doit présenter sa démission à son évêque afin de céder le flambeau à un successeur. Le doyen de la cathédrale Saints-Michel-et-Gudule, Claude Castiau, aimerait bien le préparer à cette succession. C’est à cette fin qu’il se rend dans les Marolles, en novembre 2005, où il célèbre la messe un dimanche matin aux côtés du jubilaire.

Pendant l’homélie, Claude Castiau adresse quelques mots de remerciement à son collègue au nom de tout ce qu’il a créé dans le quartier pendant toutes ces années. Un message amical et formel, en quelque sorte… Sauf qu’après la célébration, le doyen se rend compte que ses mots ont fait l’effet d’une bombe. « Je me suis retrouvé entouré et pris à partie par une foule de paroissiens, et non des moindres, se souvient l’abbé Castiau. Le prince de Merode était là et d’autres autour de lui. “Comment osez-vous mettre à la porte quelqu’un comme lui”, m’a-t-on demandé ! “C’est un homme extraordinaire, proche des gens, proche des pauvres !” Il ne s’agissait pas de le mettre à la porte. Il faut simplement comprendre qu’au sein de l’Église, la règle du départ à la retraite à 75 ans est la même pour tout le monde ! »

Mais dans les Marolles, Jacques Van der Biest n’est pas tout le monde. Et, très vite, comme c’est l’usage, les paroissiens se mobilisent pour faire plier le pouvoir. Une pétition est lancée à l’intention de l’archevêché de Malines-Bruxelles. Les autorités communales s’en mêlent. Jacques Van der Biest est fait « Citoyen d’honneur de la Ville de Bruxelles ». Pour l’Église, cette cérémonie est vécue comme un véritable affront.

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« De quoi se mêlent-ils ? », s’insurge Claude Castiau. Depuis quand le pouvoir politique met-il son nez dans les affaires internes de l’Église ? Pas question toutefois de réagir et d’aggraver la situation ! Le cardinal Danneels prend son téléphone et ordonne au doyen Castiau de ne pas faire de vagues. À l’image du ministre qui, en 1969, avait cédé face à la pression populaire autour du palais de justice, l’Église décide d’accorder une dérogation à Jacques Van der Biest. Il obtient le droit de rester à son poste aussi longtemps qu’il le souhaite et tant que sa santé le lui permettra. Pour s’en assurer, l’archevêché prie l’abbé de lui envoyer chaque année un certificat médical. Les certificats n’arriveront jamais…

Si Jacques Van der Biest est désormais toléré à son ministère, ce sera sans le soutien de sa hiérarchie, qui l’attend au tournant. La paroisse des Minimes est ostracisée au sein du diocèse bruxellois. L’abbé est désormais seul contre tous, dans une Église en plein bouleversement.

La revanche des tradis

Arlette replie sa chaise, tandis que les derniers fidèles s’éloignent. La messe de 9 h 30 est finie. L’abbé Hygonnet les a conviés à un apéritif dans ses appartements : un immense espace, au premier étage d’une galerie d’art, où sont organisées régulièrement des conférences sur le thème « Des chrétiens de tradition ».

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Pour comprendre de quoi il s’agit, il faut remonter à 2007, au 7 juillet plus exactement. Ce jour-là, à Rome, le pape Benoît XVI prend une décision qui fera date dans l’histoire de l’Église catholique. Il publie un Motu Proprio, une bulle pontificale qui autorise la célébration de la messe selon le rite tridentin, la forme en vigueur avant le concile Vatican II (1962-1965). Cette décision marque un genre de réconciliation entre plusieurs franges divisées au sein de l’Église. Certains catholiques n’avaient en effet jamais vraiment accepté les conséquences de Vatican II, qui modernisa la liturgie pour rendre la messe plus ouverte aux fidèles, abandonnant le latin et toute une partie d’un décorum qui caractérisa le culte, et la messe, pendant plusieurs siècles.

La décision de Benoît XVI réhabilite la forme traditionnelle du rite, lui permettant de cohabiter avec la forme ordinaire. Plusieurs congrégations, dont la Fraternité sacerdotale Saint-Pierre (FSSP) à laquelle appartient l’abbé Hygonnet, se saisissent de l’occasion pour reconquérir le terrain, en multipliant les messes traditionnelles partout où c’est possible.

Originaire de France, Hervé Hygonnet se trouve alors à Namur, dans le diocèse de Mgr Léonard. Décidé à monter vers la capitale, il contacte Jacques Van der Biest pour sonder avec lui la possibilité de célébrer une messe traditionnelle une fois par mois à l’église des Minimes.

Van der Biest accepte sans se douter de ce qui l’attend. Car, « dès qu’il a eu un pied dans la porte, Hygonnet n’a pas eu trop de mal à placer le deuxième pour s’installer confortablement », raconte un paroissien. De fait, trois ans plus tard, Hervé Hygonnet est nommé vicaire aux Minimes. Mgr Léonard, qui vient de succéder à Godfried Danneels à l’archevêché, n’a jamais fait mystère de sa sympathie pour les courants traditionalistes et conservateurs. En plus de cette nomination, il place par exemple l’Opus Dei à la prestigieuse église de Saint-Jacques-sur-Coudenberg et la Fraternité des Saints-Apôtres à l’église Sainte-Catherine. Trois places de choix, en plein centre-ville de Bruxelles.

La Fraternité Saint-Pierre est désormais libre de créer sa propre paroisse dans les Marolles, laquelle cohabitera avec la communauté de Jacques Van der Biest. Et très vite, les tensions vont naître entre les deux hommes. « Van der Biest détestait les traditionalistes. Ils les prenaient pour des fous », raconte Luigi Guerra. Ces derniers ont eux-mêmes un peu de mal avec certains aspects du style Van der Biest. « Un jour, se souvient Marie-Thérèse de Liedekerke, il était prévu que l’on organise le repas annuel de la paroisse à l’intérieur de l’église. Mais l’abbé Hygonnet s’est arrangé pour faire traîner sa messe un maximum, de telle sorte qu’on n’a pas pu installer les tables à l’heure prévue. Il s’est fait passer un savon par l’abbé Van der Biest devant tout le monde. Mais je crois qu’il s’en fichait. »

Bien que toujours seul maître à bord, selon sa conception, Jacques Van der Biest voit sa santé décliner. L’affluence à sa messe n’est plus la même qu’avant. Le quartier s’est « boboïsé » et le nombre de chrétiens s’amenuise d’année en année. Alors que la Fraternité Saint-Pierre recrute, et constitue une communauté forte de 80 personnes à la messe de 9 h 30, la messe de Van der Biest, à 11 h 30, a perdu de sa superbe.

Si les traditionnels ont la cote, c’est parce qu’ils incarnent, paradoxalement, une forme de renouveau dans une Église qui s’essouffle. Un retour aux sources, après « l’égarement » qu’a été, selon eux, la modernité voulue par Vatican II. « J’aime à penser que nous représentons l’avenir de l’Église », explique ainsi l’abbé Hygonnet.

Dans la forme traditionnelle, on retrouve en effet le sérieux et la rigueur qui a disparu ailleurs. « Voyez les communions dans la forme ordinaire du culte », explique Michel Guillaume, paroissien de la Fraternité Saint-Pierre, à l’église des Minimes. « Le prêtre qui prend le micro pour parler, franchement, c’est du Michel Drucker ! Attention, je n’ai rien contre Michel Drucker, mais je le préfère le dimanche après-midi à la télévision. Le matin, je suis à la messe ! »

Judas

Fin 2014, un jeune prêtre africain apparaît dans le sillage des Minimes. Originaire du Katanga, Bernard Lenge crèche à Molenbeek, en attendant de partir pour la Normandie, où on lui a promis un poste. Jac­ques Van der Biest le prend sous son aile. Sa hiérarchie va se servir de Bernard Lenge pour se débarrasser définitivement de lui. En ce début d’hiver, voilà déjà plus de neuf ans que Van der Biest profite de sa dérogation sans justifier de son état de santé. Mais tout porte à croire qu’il a de plus en plus de mal à assurer son sacerdoce. Plusieurs observateurs font leur rapport à l’évêché. Claude Castiau, le doyen de Saints-Michel-et-Gudule, et l’évêque Jean Kockerols mettent alors un plan en œuvre.

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Le 1er mars 2015, Claude Castiau devient administrateur paroissial des Mini­mes. Il y place officiellement Bernard Lenge, avec pour mission d’assurer une transi­tion en douceur avec Jacques Van der Biest. Celui-ci perd immédiatement tout statut officiel au sein de la paroisse. Dans les faits, les choses ne changent pas vraiment de prime abord. Un calendrier est établi entre Lenge et Van der Biest, qui célè­brent les messes en alternance. La santé du vieil abbé est de plus en plus déclinante, et il passe dorénavant toutes les nuits dans un home rue Blaes.

Son entourage juge l’attitude du prêtre africain quelque peu ambiguë. « Il profite de l’état de faiblesse de Van der Biest pour le mettre dehors, s’insurge cette paroissienne. Cet homme-là, c’est Judas. Il vient poignarder dans le dos celui qui un jour l’a aidé ! » Judas ne fait pourtant qu’assurer la transition. En mettant notamment son nez dans les affaires financières de la paroisse, où règne un véritable climat de non-transparence, selon Claude Castiau. Ce dernier voit d’un très mauvais œil que l’argent destiné aux œuvres paroissiales serve à d’au­tres associations créées par Van der Biest. Des associations laïques, subventionnées par la Ville de Bruxelles ! Le doyen veut remettre l’église au milieu du village. Le jeune prêtre africain est chargé de l’y aider.

En mars 2016, Jacques Van der Biest s’envole pour quelques jours de soins en Italie. Il doit être de retour pour Pâques, qui tombe cette année le 27 mars. Mais le 22, les attentats de Bruxelles viennent bouleverser ses plans. L’abbé est coincé en Italie. C’est donc Bernard Lenge qui prend en charge l’ensemble des célébrations pascales.

À son retour, Van der Biest écrit un mot à son collègue pour le remercier. La réponse sera cinglante et inattendue. Elle tombera par courriel quelques jours plus tard. « Monsieur l’Abbé, j’ai bien reçu votre lettre. Veuillez prendre note que, dorénavant, vous ne pourrez plus prendre la parole dans l’église. Vous pourrez encore assister aux messes, mais plus prendre la parole aux offices. »

Envoyé par Bernard Lenge, le mail est en réalité rédigé par le doyen Castiau et l’évêque Kockerols. « L’abbé Van der Biest continuait de se comporter comme s’il était le patron, justifie Claude Castiau. Il fallait le recadrer, pour qu’il comprenne une bonne fois pour toutes qu’il n’était plus le curé des Minimes. »

Van der Biest comprendra, et ne s’en remettra jamais. Quelques jours plus tard, il fait une mauvaise chute dans sa maison de retraite. Il est emmené à l’hôpital Saint-Pierre où il décède d’une hémorragie cérébrale le 5 mai, au soir de l’Ascension.

À la messe de funérailles, le 12, l’église est pleine à craquer. Des paroissiens de la première heure, des Marolliens, des travail­leurs sociaux, des politiques… « Un melting-pot extraordinaire, à l’image de ce qu’il était », résume l’avocat Philippe de Keyser, ami de longue date du prêtre. Arlette est là, tout comme Luigi Guerra et Marie-Thérèse de Liedekerke. Claude Castiau célèbre la messe. Jacques Van der Biest, lui, est absent à son propre enterrement. Il a donné son corps à la science – rebelle jusqu’au bout !

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Dès la sortie, les tensions sont fortes. Le coup de la lettre ne passe pas. Bernard Lenge est accusé d’avoir précipité la chute de Van der Biest, en plus d’avoir manqué de respect à un ancien. Marie-Thérèse de Liedekerke récupère ses vases. Elle n’apportera plus jamais de fleurs dans cette église. Les anciens paroissiens iront désormais à la messe ailleurs. Tout plutôt que Lenge ou Hygonnet !

Aidés par Claude Castiau, les deux prêtres entreprennent de faire le ménage. Ils commencent par le presbytère rue Ernest Allard, où Jacques Van der Biest a domicilié des dizaines de sans-papiers et de sans-abri pour leur permettre de régulariser leur situation. « À la Ville de Bruxelles, tout le monde était au courant, assure une paroissienne. La police communale a fermé les yeux pendant des années. Et puis, soudainement, en septembre, la police a débarqué pour faire un inventaire de toutes ces domiciliations. »

Pour l’abbé Lenge, la situation est particulièrement difficile à vivre. Outre le fait qu’il ne peut toujours pas emménager dans le presbytère, il lui incombe la lourde tâche de succéder à un géant et on l’accuse de l’avoir évincé lâchement. Il assure pourtant avoir maintenu des relations cordiales jusqu’au bout avec son prédécesseur. « Je l’aimais et je le respectais beaucoup », dit-il. Le problème, selon lui, c’est que les paroissiens sont en deuil, en perte de repères. « Ils ne retrouveront plus jamais celui qu’ils ont connu. » Et dans une paroisse désertée, avec 10 personnes à peine à la messe du dimanche, il faut repartir de rien pour recréer une communauté.

Claude Castiau veut laisser sa chance au jeune prêtre. Mais si la nouvelle communauté ne se crée pas, il se murmure que la paroisse des Minimes pourrait définitivement disparaître. Des rumeurs de désacralisation circulent, afin d’en faire profiter le Conservatoire de Bruxelles. À moins de supprimer définitivement la forme ordinaire du culte et de nommer Hervé Hygonnet curé des Minimes. La paroisse des Minimes deviendrait alors une paroisse 100 % traditionaliste. Où, n’en déplaise à Arlette, les chiens et les pigeons ne seraient pas près de revenir.

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