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« Mike, je viens d’avoir le recteur au téléphone »

L’affaire Mithra vécue de l’intérieur par Mike, premier stagiaire de Médor

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Il a travaillé pendant neuf mois à la rédaction de Médor. À ses risques et périls. Pour la première fois, Mike révèle les pressions exercées par les deux fondateurs de Mithra sur son recteur et ses professeurs.

8 juin 2015 L’ancien responsable de la communication de Mithra Pharmaceuticals, Eric Poskin, comparaît devant le tribunal de première instance de Liège pour calomnie et diffamation, cité par son ex-patron François Fornieri. David a un sourire en coin. J’ai bien entendu : Me Franchimont, avocat de M. Fornieri, évoque contre toute attente que l’information judiciaire ouverte à l’été 2014 pour des faits présumés de corruption de médecin reprochés à Mithra est passée au stade de l’instruction. Le matin même, Mithra avait annoncé son entrée en Bourse imminente. Nous publions un article en ligne révélant qu’un juge d’instruction a été nommé dans cette affaire visant Fornieri et Mithra. J’appelle David : « Belga a relayé l’info, me dit-il. Fornieri m’a téléphoné, d’abord pour m’engueuler, puis il m’a recontacté un peu plus calme. Par contre, il a annulé notre rendez-vous prévu mi-juillet… »

18 juin Le prospectus d’information pour l’entrée en Bourse de Mithra est mis en ligne. Je m’acharne à lire cet imposant document et récolte les infos. « Bon travail, Mike, on continue. » Bordel, j’hallucine : un compliment ! Le 30 juin 2015, Mithra est cotée sur Euronext.

15 août Nous apprenons que notre enquête sur Mithra prévue pour le numéro deux de Médor est avancée au premier numéro. Autour d’une bière (et d’une deuxième), David m’avance une farde remplie de documents : « Prends ton temps. »

Début septembre David me demande de prendre contact avec le professeur Foidart, cofondateur de Mithra, pour fixer un entretien. Cet éminent représentant de l’Université de Liège m’agresse cordialement lors d’un contact téléphonique : « Oui, j’ai entendu parler de vous, et aussi des pratiques peu déontologiques de votre maître de stage qui, j’en suis convaincu, vous manipule. » Foidart contacte le président du département d’arts et sciences de l’information et de la communication, Christophe Pirenne. Marc Vanesse, mon prof de journalisme, m’appelle : « Il faut qu’on se parle. M. Foidart semble avoir quelques soucis avec toi. » Je tombe des nues. Selon M. Foidart, je travaillerais sur un mémoire destiné à « détruire » Mithra (content d’apprendre que j’avais un tel sujet de mémoire) et, surtout, que je serais en possession de documents confidentiels subtilisés au département de gynécologie de l’université. J’en ris aujourd’hui, mais cela n’est pas une blague. On me conseille de réfléchir à un avocat. M. Fornieri écrit à David : « Aucun dérapage de votre part ne sera toléré. »

Mi-octobre Le bouclage arrive à grands pas. Hors Médor, on me suggère de ne pas cosigner l’article. Après mûre réflexion, j’accepte la proposition de David de m’y associer avec mes initiales, alors que l’intégralité du texte a été produite par lui. Et arrive le fameux article « Le risque financier que Mithra n’a pas déclaré à la FSMA », dont je n’étais pas au courant et que je ne cosigne donc pas…

12 novembre « Monsieur Vanesse, je pense que j’ai encore un petit problème. » « Je sais, Mike. Je viens d’avoir le recteur au téléphone. » Dans ma boîte mail officielle de l’ULg, une surprise m’attend : une mise en demeure de François Fornieri adressée à Médor, David et moi-même, avec copie au premier vice-recteur Eric Haubruge ainsi qu’au président de l’Interface entreprises-université, Michel Morant (débarqué depuis et remplacé par… Marc Foidart, le fils de l’autre). M. Fornieri nous somme de révéler nos sources et de retirer immédiatement l’article du site.

20 novembre Fornieri contacte Albert Cor­hay, recteur de mon université (qui soutiendra avec prudence son étudiant), et lui affirme qu’il va déposer une plainte lundi contre moi pour calomnie et diffamation, et qu’il possède des témoignages à charge, notamment celui de son ex-épouse (à laquelle je n’ai jamais adressé le moindre mot) et celui d’un conseiller communal liégeois MR, ex-rédac chef de « La Meuse », Louis Maraite. Contacté par David, ce dernier « dément totalement et définitivement ».

12 décembre Lors d’un souper étudiants à la maison de la presse de Liège, le rédacteur en chef d’un grand quotidien économique francophone me chuchote qu’une ligne sur un CV (comprenez : mon stage chez Médor), ça s’efface. D’un autre côté, mon corps enseignant m’a félicité en me rappelant que j’avais fait mon travail : « Porter la plume dans la plaie ».

Janvier 2016 Le cap de la nouvelle année vient de passer. Je suis content que toute cette histoire soit terminée. Mais quel stage de malade ! Je remercie l’abbaye d’Orval, dont le divin breuvage a largement favorisé le bon déroulement de notre enquête. Sans oublier votre soutien, qui confirme ma vocation de journaliste.

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