Isaura Castermans : en bonne santé, « elle n’avait aucune crainte »

Portrait des soignant·e·s victimes du Covid

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Médor documente la vie et le travail des soignants belges. Chaque semaine, durant l’été, nous publierons de nouveaux portraits de ceux d’entre eux qui ont succombé au Covid-19. Aujourd’hui, Isaura Castermans, la plus jeune victime du virus parmi le personnel de santé.


Métier :
infirmière en maison de repos 

Passions : fitness et CrossFit

Lieu de travail : Prince Park Residence, Genk


Jour du décès : 26 mars 2020 


Âge : 30 ans 

Enfant puis adolescente, Isaura Castermans dévorait quantité de séries télévisées qui se déroulaient en milieu hospitalier. Elle est ensuite devenue elle-même infirmière.

Son parcours professionnel commence à Genk, à l’hôpital du Limbourg oriental (ZOL Genk), avant de bifurquer vers la réalisation de soins à domicile pour la Croix jaune et blanche (Wit-Gele Kruis). Il y a un an, Isaura Castermans rejoignait le personnel de la maison de repos Prince Park Residence (180 chambres), à Genk toujours, pour prendre soin de résident.e.s souffrant de démence.

Elle se sentait à sa place” dans ce nouvel emploi, explique sa mère, Sheila Asunis. “Elle se donnait à 100 % pour ses patients et elle avait de très chouettes collègues”. Sauro Cimino, le compagnon d’Isaura : “C’était une personne très attentionnée. Elle aimait beaucoup son travail, même si sur la fin, c’était devenu plus difficile. Son métier n’est pas toujours apprécié à sa juste valeur.”

A plusieurs égards, Isaura Castermans “venait de”. Elle venait de quitter Zutendaal, commune limbourgeoise où elle habitait depuis sa naissance. Elle venait d’emménager avec son compagnon dans un appartement à Genk. Ils n’avaient pas encore déballé tous leurs cartons qu’elle souhaitait déjà construire une terrasse pour accueillir des amis. Puis acheter une maison, un jour. Mais d’abord partir en voyage, en Italie ou aux Etats-Unis, dès que Sauro aurait terminé ses études de médecine.

Isaura Castermans et Sauro Cimino étaient un couple soudé depuis leur rencontre dans une salle de sport Basic Fit, il y a trois ans. Enfant unique, elle formait aussi un trio serré avec ses parents, Sheila et Johan. “Nous l’aimions, elle nous aimait. Isaura était quelqu’un qui pouvait reconnaître ses erreurs. Elle me disait : “Maman, je suis désolée d’avoir fait ceci ou dit cela”. C’est beau, n’est-ce pas ? J’y vois la preuve qu’il existait entre-nous un grand respect mutuel.”

La plus jeune soignante décédée

Isaura Castermans avait 30 ans. Elle est, à ce jour, la plus jeune soignante décédée du coronavirus en Belgique.

Tout s’est passé très vite, en trois jours, et très tôt dans la chronologie de l’épidémie.

Le mardi 24 mars 2020, six jours après l’instauration des mesures strictes de confinement, Isaura présente les symptômes d’un gros rhume, parmi lesquels une sensation de froid et un mal de tête. Elle consulte un médecin généraliste, mais son cas ne lui semble pas alarmant.

Le lendemain, mercredi 25 mars, l’état d’Isaura s’aggrave d’un coup. Fiévreuse, elle fait un malaise cardiaque. Sauro parvient à la réanimer et Isaura est emmenée à l’hôpital Saint-Jean de Genk. Le résultat de son test COVID est positif. Celui de Sauro le sera également, bien qu’il ne présente aucun signe troublant, hormis un peu de fièvre.

Le jeudi 26 mars, Isaura Castermans décède d’un arrêt cardiaque.

Elle n’avait pas d’antécédents médicaux. Elle était sportive et en bonne santé. Sauro peine à donner ou à trouver un sens à son cas, le corps médical ne parvenant pas à expliquer la fulgurance de son décès. “Comment cela se fait-il qu’elle fasse un arrêt cardiaque et que je ne fasse qu’un rhume ? C’est une question pénible, à laquelle personne ne sait répondre. J’en ai parlé aux médecins, j’ai fait des recherches, mais je n’ai toujours pas d’élément de réponse.”

Pour les proches, l’autre grande difficulté réside dans le fait de vivre le décès d’une personne chère, jeune, et tôt dans la crise du Covid-19. “J’ai eu le sentiment que les jours passaient, mais que les décisions politiques ne suivaient pas. On entendait encore des commentaires comme : “Ce n’est qu’une petite grippe”. Et les masques qui ne sont toujours pas obligatoires…”, observe Sauro. Sheila Asunis a eu, de son côté, davantage de mal avec les citoyens qui ne restaient pas cloîtrés chez eux, au moins par respect pour le personnel soignant “qui devait lutter contre un ennemi invisible”.

Ni le compagnon d’Isaura ni ses parents ne savent où et comment elle a contracté le coronavirus. “C’était le tout début de la crise. Quelques jours plus tôt, elle sortait encore, comme tout le monde, faire des courses, aller en ville… Où a-t-elle attrapé le virus ? Ça ne sert à rien de s’attarder là-dessus”, précise Sheila Asunis.

Son entourage n’exprime aucun reproche envers les conditions de travail d’Isaura dans la maison de repos où elle travaillait. Lorsque l’épidémie a commencé, “Isaura est simplement allée travailler, elle n’avait aucune crainte”, poursuit sa mère. Selon ses parents, elle n’avait tout simplement pas peur de la mort. “Elle voyait le coronavirus comme une sélection naturelle (quelque chose qui pouvait frapper et toucher ceux qui y était le plus sensible, sans qu’on puisse y faire grand chose, ndlr), pointait Johan Castermans à VTM en mars. Isaura disait que si elle tombait malade du Covid, ce ne serait pas un problème”.

Ses collègues et ses patients lui ont rendu un hommage poignant dans les couloirs de la maison de repos, peu de temps après son décès : une allée d’honneur qui zigzaguait de chambre en chambre, au fil de l’avancée d’un cadre-photo, porté en silence par une collègue. Aucune autre infection majeure n’a été recensée au sein du personnel soignant de cette maison de repos.

Pour en savoir plus sur notre démarche d’hommage aux soignant.e.s victimes du coronavirus, par ici.

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