Qui veut tuer la FM ?

Les élu·es se questionnent

Tous les trois mois, Médor décortique une question parlementaire. Dans ce numéro, la disparition annoncée de la « bande FM ». Et la manie dans les parlements de poser des questions dont on connait la réponse.

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Martin Groch. CC BY-SA

Le 9 juin 2026, en Commission des Sports, de la Fonction publique et de la Simplification administrative, des Médias et de la tutelle sur Wallonie-Bruxelles Enseignement du Parlement de la Communauté française, il se passe ceci :

Le député MR Olivier Maroy pose une question orale à la mi­nistre des Médias, Jacqueline Galand (MR).

Titre : Avenir de la radio en Fédération Wallonie-Bruxelles

Objet : Un avant-projet de décret porté par la ministre des Médias pour une future extinction de la FM au profit des technologies numériques (DAB+). Le gouvernement serait autorisé à mettre fin au mode de diffusion analogique, pour toutes les radios en même temps, à condition qu’un nombre suffisant d’auditeurs et d’auditrices aient d’ici là basculé vers le DAB+.

Contexte : Ce texte a été soumis au Conseil supérieur de l’audiovisuel (CSA) qui a recueilli les nombreuses remarques du secteur de la radio et remis un avis. Globalement, les gros diffuseurs sont favorables à un arrêt de la FM (la diffusion conjointe en FM et en DAB+ leur coute un pont), mais réclament une réflexion plus large sur l’avenir de la radio. Les radios indépendantes demandent du temps et du soutien pour assurer le transfert vers le DAB+. Enfin, la Coordination des radios associatives et d’expression (CRAXX) s’oppose à un arrêt total de la FM.

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Martin Groch. CC BY-SA

Question de Maroy : le député se demande si la ministre a pris connaissance de ces critiques et ce qu’elle compte en faire. Il s’inquiète : « La concertation sera-t-elle étendue, comme demandé dans l’avis (du CSA) ? »

Re-questions : Les députées Armelle Gysen (Les Engagés) et Sabine Roberty (PS) interrogent, elles aussi, la ministre sur ce sujet.

Réponse de Galand : l’avenir de la radio mérite d’être abordé avec « sérieux et concertation ». Elle a personnellement fait le tour de quelques radios et s’apprête à recevoir des représentants du secteur. Elle rassure : « Une transition de cette ampleur ne peut réussir que si elle est comprise et partagée par l’ensemble des parties prenantes. »

Réponse de Maroy : « Madame la Ministre, vous avez choisi la bonne voie, à savoir celle de la concertation et de l’écoute. » Il insiste : « Il importe de visiter également les petites radios associatives ou indépendantes qui n’utilisent pas le DAB+. Certaines y sont hostiles pour une raison que j’ignore, tandis que d’autres ne l’utilisent pas en raison des moyens importants que cela nécessite. »

Question de principe

Pour aller plus vite, la question aurait pu être posée à la machine à café du MR :

— (Olivier Maroy) Salut Jacqueline. Ça va ? T’as vu l’avis du CSA ? Ça craint un peu, non ? Qu’est-ce que tu comptes faire ?

— (Jacqueline Galand) Tracass. J’ai déjà été chez Nostalgie et NRJ, je me suis même tapé Sud Radio à Mons et Radio Prima à Liège. Et je vais rencontrer des diffuseurs, même des radios associatives. Si avec ça, ils disent encore qu’il faut plus de concertation…

— (Olivier Maroy) Bien joué, Jack. On est sur la même longueur d’onde ! Ah ah.

Cet échange (ou l’une de ces variantes) a pu avoir lieu. Au moment où il pose sa question, le député MR sait probablement quelle est la réaction de « sa » ministre aux critiques reçues. L’interroger en commission n’a donc pas pour objectif de contrôler son travail mais, à l’inverse, de lui offrir une occasion de montrer qu’elle le fait bien.

Julian Clarenne, professeur en droit constitutionnel (UCLouvain Saint-Louis Bruxelles), y voit une technique très classique. « La majorité peut se servir des questions parlementaires pour se positionner en soutien à un ou à une ministre ou pour lui permettre de faire de la communication sur un sujet. C’est aussi un instrument de mise à l’agenda. » Pour Olivier Maroy, qui est un ancien journaliste de la RTBF, c’est aussi une manière de montrer au secteur radiophonique qu’il est à leur écoute, sans toutefois désavouer sa ministre. Demander des comptes, observe Julian Clarenne, est souvent « une meilleure stratégie » que le frottage de manches. L’un questionne, l’autre répond, tout le monde se félicite.

Même l’opposition ne relève pas qu’il y a aussi, dans l’avis du CSA, quelques critiques virulentes émises par la CRAXX envers ce projet d’extinction de la FM. Olivier Maroy évoque, certes, des radios « hostiles » à la technologie DAB+, mais il précise « pour une raison que j’ignore ».

La raison ignorée

La CRAXX représente des radios associatives comme Aire libre, Panik ou Campus. Pour l’organisation, ce n’est pas la FM qu’il faut bazarder, mais cet avant-projet de décret, qui célèbre le DAB+ comme la voie technologique incontournable. Le texte contrevient, selon elle, à plusieurs règlementations européennes, notamment le Règlement européen sur la liberté des médias, qui interdit la consécration d’une seule technologie de diffusion. Il serait non seulement contraire aux principes de neutralité technologique et de libre concurrence, mais aussi aux objectifs de réduction des gaz à effet de serre de l’Union européenne.

À supposer que le basculement vers le DAB+ soit malgré tout envisagé, la CRAXX demande que l’on tienne compte du risque de fracture numérique. Certains groupes de population pourraient être plus réfractaires à troquer leurs vieux postes FM pour des radios DAB+.

Le député-qui-soutient-sa-ministre rappelle quand même que « la radio est le média gratuit par excellence, puisqu’il ne faut pas grand-chose pour l’écouter ; un petit poste de radio suffit et ne coute rien du tout. Je considère qu’il est important que la radio gratuite, vecteur d’information et d’alerte en cas de crise, perdure ». Les parlementaires de la majorité, observe Julian Clarenne, profitent parfois des séances de questions pour faire du « soft control ». Comme un gentil rappel entre deux cafés.

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