Google en Wallonie
Les centres de données mettent la Belgique sous tension
Texte (CC BY-NC-ND) : Maïté Warland & Quentin Noirfalisse
Photos : Nick Hannes
Texte (CC BY-NC-ND) : Janine Meijer
Publié le
La Belgique se rêve en grand hub numérique, en terre d’accueil idéale pour les centres de données (data centers). Depuis vingt ans, Google a montré la voie, en s’installant à Saint-Ghislain, au nord du Borinage. L’expansion rapide du géant américain soulève des enjeux majeurs : pression sur le réseau électrique, manque de transparence et retombées économiques floues. L’intelligence artificielle (IA) accélère l’implantation de ces usines numériques et met notre pays sous tension.
Du fond de son jardin, Anne More contemple la vue. Devant elle, de l’autre côté de la Rue des Roseaux, de grands bâtiments gris barrent le ciel. Elle vit à 200 mètres du centre de données de Google à Saint-Ghislain, à l’ouest du Hainaut. À 68 ans, elle doit composer avec ce voisin installé ici depuis une vingtaine d’années : « Là, ils sont en train de bâtir une nouvelle extension, ça cause pas mal de soucis. Du bruit d’abord… J’ai même acheté un casque pour ne plus les entendre. » De la rue du Marais, où elle vit, il ne reste aujourd’hui que le nom : « Avant, c’était magnifique, aujourd’hui, il n’y a plus que du béton et ils se rapprochent de plus en plus. » Cette cohabitation forcée, Anne ne la comprend toujours pas : « On ne sait rien. Google construit, agrandit, et on a à peine été consulté. Je ne sais même pas ce qu’ils font alors qu’ils sont presque au fond de mon jardin. »
Ici, Google et sa société faitière Alphabet développent depuis 2007 leur premier data center européen. Vingt-quatre heures sur 24, des dizaines, voire des centaines de milliers de serveurs travaillent pour lancer les vidéos que vous regardez sur YouTube, récupérer une pièce jointe sur votre Gmail, activer le résultat d’une recherche Google. Vous avez l’impression de mettre des fichiers sur le « cloud », dans un nuage ? En réalité, vous les mettez dans un centre de données comme celui de Saint-Ghislain, où des processeurs turbinent en émettant de la chaleur et en ponctionnant une sacrée quantité d’énergie sur le réseau électrique.
Détenteur de 85 hectares de terrain sur ce zoning de Ghlin-Baudour, Google construit un septième bâtiment, sur deux niveaux (11 mètres de haut, près de 30 000 m2). L’entrée est jalousement gardée, et rares sont les journalistes qui peuvent y pénétrer. Nous n’avons pas eu cette chance.
De plus en plus big
Le fonctionnement des data centers repose sur une grande confidentialité. Dans un contexte de forte concurrence autour des données numériques, Google impose, dès 2005, le secret autour de son implantation en Wallonie. Tout démarre à Washington, quand une mystérieuse société américaine nommée Zenzu contacte l’ambassade de Belgique pour trouver un terrain adapté, selon un article de Trends/Tendance paru en 2007. La Région wallonne découvre rapidement qu’il s’agit de Google, mais garde l’information secrète sur demande de l’investisseur.
L’intercommunale Idea (Agence de développement territorial du Cœur du Hainaut) propose un site à Ghlin-Baudour, près du canal Nimy-Blaton-Péronnes. Le lieu est idéal : proche d’une voie d’eau et avec un accès direct à une ligne à haute tension. En 2007, Google officialise un projet de 250 millions d’euros, porté ensuite à un milliard, avec 120 emplois directs. Une société belge, Crystal Computing, est créée pour gérer le projet.
Le centre de données entre en service en 2010 et connait, depuis, une expansion continue, portée par l’essor des réseaux sociaux, du streaming, du stockage en ligne et de l’IA. Google prévoit encore de nouveaux centres sur des terrains voisins de son site de Saint-Ghislain, mais aussi à Farciennes et à Feluy.
La Wallonie a largement soutenu l’arrivée du géant de Mountain View, après des années de vaches maigres à la suite de l’effondrement de la sidérurgie. La Région ne voulait pas prendre le risque de louper un nouveau tournant technologique. En plus, l’extension considérable de Google n’a jamais vraiment rencontré d’opposition citoyenne massive. D’abord parce que les enjeux énergétiques liés au projet n’ont pas fait l’objet d’un vrai débat public, mais aussi parce que, très rapidement, les politiques n’ont eu qu’un mot à la bouche : « emplois ». Google allait devenir un des garants de la transition industrielle wallonne et générer de grandes retombées économiques.
Jobs, jobs, jobs ! Vraiment ?
Guy Leloux habite à Saint-Ghislain et est ex-conseiller communal Écolo. En 20 ans, jure-t-il, il n’a « jamais rencontré un voisin qui travaillait directement pour Google », et ne sait pas combien de jobs ont été créés ni s’ils ont vraiment bénéficié aux habitants de la région. Citée anonymement dans la Revue nouvelle en 2022, une responsable de l’intercommunale Idea disait que l’arrivée de Google n’avait « pas les effets espérés en termes de création d’emplois » aux yeux du monde politique. En cause, notamment, la « très grande opacité de Google » et ses « clauses de confidentialité » qui empêchaient Idea de dire clairement aux politiques « combien d’emplois étaient créés ». Aujourd’hui, Google offre un peu plus de chiffres sur son impact, que le gouvernement wallon répète au parlement, en l’absence d’études indépendantes sur l’impact de la société.
Aujourd’hui, Crystal Computing, la filiale belge de Google, emploie en direct, selon les chiffres déposés à la Banque nationale, 140 équivalents temps pleins. Pas beaucoup plus que les 120 promis en 2007, quand ils construisaient leur premier bâtiment. Mais Google nous a communiqué un décompte plus large : « Le site de Saint-Ghislain emploie environ 600 personnes à temps plein. Ces postes concernent aussi bien des employés de Google que des sous-traitants, allant des techniciens informatiques et ingénieurs en mécanique au personnel de sécurité […] » Une majorité des employés de Google sont des résidents wallons, dont une bonne partie habitent le Hainaut, affirme la société, qui annonce des chiffres plus grands encore pour l’avenir, à la faveur de l’embauche créée pour construire ses trois sites en 2026 et 2027. Mais en dehors des périodes de construction, les data centers, fortement automatisés, ne sont pas des pourvoyeurs extraordinaires d’emplois. Saint-Ghislain affiche aujourd’hui 14 emplois par hectare occupé, un chiffre en dessous de la moyenne des parcs à activités économiques wallons.
Il y a un endroit où l’emploi créé par Google est bien visible. Sur son chantier du bâtiment 7, où des dizaines de camionnettes de chantiers, des grues, plusieurs centaines d’hommes s’affairent. En avril 2026, nous avons constaté la présence de camionnettes hongroises, polonaises, mais peu d’immatriculations belges. Lionel Quebella, délégué syndical FGTB, pointe un manque d’accès aux chantiers Google. Il sort une petite carte plastifiée de sa poche : « Ça, c’est un laissez-passer de la commission paritaire, donc du SPF emploi, qui me permet d’entrer sur tous les chantiers de construction. Aujourd’hui, il y a un seul chantier où je ne peux pas entrer en Belgique, c’est celui de Google. Quand je veux y aller, je dois appeler la police, qui, sur la base de mon badge, me fait passer. Ce n’est pas normal : on doit pouvoir vérifier que tout se passe en sécurité. Pas chez Google, apparemment. »
Le délégué syndical FGTB dénonce, depuis plusieurs années, un système opaque : « Google sous-traite en cascade jusqu’à perdre toute responsabilité. Fin mars, un ouvrier roumain a été grièvement brulé lors d’un incident. Deux équipes étaient présentes sur le site, l’une des deux n’a pas compris que cet ouvrier travaillait sur le réseau électrique. »
Avec la future extension de Saint-Ghislain, Google annonçait, fin 2025, la création de 300 emplois en plus, et 5 milliards d’euros d’investissements. Un chiffre immense, dans une Wallonie à 8 % de taux de chômage, qui veut cajoler ses investisseurs. Arnaud Collignon est chercheur sur l’énergie et le climat pour Canopea. Il appelle à considérer ces annonces dithyrambiques avec prudence. « Quand Google dit 5 milliards pour ces trois nouveaux bâtiments, il faut comprendre que 60 à 80 % vont partir dans de l’achat d’équipement IT, dont les processeurs, produits à Taiwan ou aux USA, 10 % dans de l’équipement électrique, produit au mieux en Allemagne, au pire hors de l’Europe. Le reste, quelques pour cent, va en Wallonie ; on parle de quoi ? 200 millions environ. Ce n’est pas mal, mais il faut faire la part des choses. »
Au-delà des annonces économiques à relativiser, l’implantation des data centers soulève surtout la question de leur consommation d’énergie.
Ogre électrique
En 2020, Google promettait de fonctionner en continu sans émission de carbone pour faire tourner ses usines à données. La firme de Mountain View reconnait aujourd’hui que cet objectif devient de plus en plus difficile à atteindre. Malgré une baisse de 12 % des émissions directes de ses data centers entre 2023 et 2024, les émissions de sa chaine d’approvisionnement ont augmenté de 25 % en cinq ans, notamment à cause de l’expansion de l’IA (qui demande de plus en plus de processeurs) et de la multiplication des centres.
Selon le Shift Project, un think tank français spécialisé dans la transition énergétique, la consommation électrique mondiale des centres de données pourrait tripler d’ici à 2030 pour atteindre 1 500 térawattheures par an, soit trois fois les besoins en électricité de l’Allemagne.
L’IA pourrait représenter à elle seule un tiers de cette demande énergétique. Fin avril 2026, Alphabet, la maison mère de Google, annonçait déjà 20 milliards de dollars de revenus trimestriels pour son activité cloud, tandis que ses investissements prévus sont dix fois supérieurs.
Un engrenage non durable est lancé, selon le Shift Project. Les « hyperscalers » offrent de plus en plus de capacité à stocker et à manipuler de la donnée à leurs utilisateurs (notamment via l’IA générative, type ChatGPT ou Gemini), ce qui crée encore plus de demandes pour des data centers.
En Belgique comme ailleurs, les prochains centres de Google sont prévus pour faire tourner l’IA à plein régime.
En 2022, Frédéric Descamps, ingénieur montois et responsable des opérations à Saint-Ghislain, racontait à la Revue nouvelle, dans un rare entretien, que Google voulait des centres de données « pas trop loin, mais pas trop près » l’un de l’autre, « pour des risques qui pourraient être liés à un orage, un avion qui se crashe et des méga-incidents ». Le rôle d’un chef des opérations comme Descamps, c’est de s’assurer que les serveurs tournent 24 h/24, 7j/7.
Pour cela, Google doit s’assurer un approvisionnement massif en électricité. La société ne communique pas sur la consommation en énergie de ses centres de données. On peut juste faire des estimations.
Lorsqu’ils se sont installés en Belgique, Google aurait exigé d’avoir accès à 150 mégawatts d’électricité (soit, convertis en mégawattheures, la consommation de 370 000 ménages). À l’époque, Elia, gestionnaire belge du réseau de transport d’électricité à haute tension, et la société Electrabel (Engie aujourd’hui) n’étaient pas surs de pouvoir répondre à cette demande, mais le gouvernement wallon les aurait convaincus de tout mettre en œuvre pour y parvenir. Aujourd’hui, la capacité (soit la consommation en énergie) de Saint-Ghislain est, selon un rapport du Boston Consulting Group, de 223 mégawatts.
Pour faire tourner Saint-Ghislain, Google passe des accords avec des fournisseurs d’énergie comme Engie ou Luminus. Ainsi, 118 MW proviennent d’Engie, via ses parcs d’éoliennes, tandis que 40 MW sont fournis par Luminus, toujours en éolien. Google affirme aujourd’hui que 82 % de l’électricité utilisée dans ses centres en Belgique est issue d’énergies décarbonées. « Mais ce qui est déjà construit n’a rien à voir en termes de consommation avec ce qui arrive, analyse Arnaud Collignon. Le nouveau projet d’extension à Saint-Ghislain et les trois bâtiments à Feluy, ce sont des hyperscales (voir encadré) destinés à l’intelligence artificielle générative, avec des processeurs extrêmement gourmands en énergie, et cela peut bouleverser le réseau électrique belge. »
Arnaud Collignon déplore le manque de transparence sur les besoins futurs : « On estime que rien que les trois centres de données additionnels de Saint-Ghislain vont avoir une capacité de 300 à 500 MW. Cela équivaut à l’électricité d’au moins 750 000 ménages. » Selon lui, cette consommation pèsera directement sur le système électrique belge : « Une partie de ces mégawatts va clairement provenir de la prolongation du nucléaire. Cette consommation représente en effet un sixième de la production de Doel 4 et Tihange 3 », les deux réacteurs nucléaires prolongés au cout de 400 millions d’euros financés par l’État belge.
« L’impact sur notre production d’énergie, qui est déjà fragile, est énorme et nos capacités en éolien seul ne suffiront pas à remplir la demande de tous les centres de données. »
En parallèle, les centres de données de « colocation » (voir encadré) se multiplient également. « La Belgique connait une forte augmentation du nombre de demandes de raccordement au réseau électrique pour des projets de ce type », explique Jean Fassiaux, porte-parole d’Elia, le gestionnaire du réseau électrique belge. Fin 2025, Microsoft Belgique a inauguré sa « région cloud Azure Belgian Central » en périphérie bruxelloise, avec un investissement estimé à un milliard d’euros. C’est le deuxième « hyperscaler », qui s’installe dans notre pays. Réaction, aux anges, du Premier ministre Bart De Wever sur LinkedIn : « Avoir une infrastructure critique dans notre pays est essentiel pour renforcer l’autonomie stratégique ouverte de l’Europe. » En commentaire, des utilisateurs lui rappellent ironiquement que Microsoft est une société américaine et que cette « hype » va consommer pas mal sur le réseau belge.
Les centres de données pourraient représenter 10 % de la consommation électrique belge d’ici à 2035, contre environ 4 % aujourd’hui.
Premier arrivé, premier servi ?
En Belgique, lorsqu’un acteur industriel veut s’implanter ou augmenter sa consommation, il doit introduire une demande auprès d’Elia, afin d’obtenir une capacité de raccordement, c’est-à-dire une quantité d’électricité garantie. Selon Jean Fassiaux, son porte-parole, le dernier plan fédéral prévoit 9 TWh d’ici à 2034 pour les centres de données. C’est l’équivalent de la consommation annuelle de 2,5 millions de ménages.
Problème : pour 2034, environ 19 TWh ont déjà été réservés sur le réseau par des projets de centres de données. C’est donc deux fois plus que ce que le plan d’Elia prévoit. Comment la Belgique va-t-elle faire face à cette demande ? Elia rassure : tous les projets ne verront pas le jour. Mais, en attendant, ces réservations bloquent des capacités électriques au détriment d’autres entreprises : « De manière générale, cela limite l’espace disponible pour tous les autres utilisateurs du réseau », explique Jean Fassiaux.
Le Boston Consulting Group, qu’on ne peut pas taxer de manque d’enthousiasme face à la croissance digitale, confirme ce « challenge » énergétique face à l’expansion des centres de données en Belgique. « La fourniture d’énergie bas carbone pourrait ne pas être capable de suivre la demande accrue, augmentant la dépendance à des importations d’énergies ou des sources moins efficaces quant aux émissions de carbone », écrivent ses analystes. Canopea partage cet avis. « L’accroissement des besoins pour les centres de données peut retarder l’électrification bas carbone d’autres acteurs importants de l’industrie en Belgique », estime Arnaud Collignon. Comme la sidérurgie ou les cimenteries, qui émettent encore énormément de CO2, mais sont aussi d’importants pourvoyeurs d’emplois.
Le réseau électrique belge montre déjà ses faiblesses sur le futur centre de données de Google à Feluy. Le site n’a actuellement pas accès au réseau haute tension. Alors, pour satisfaire les Américains et en attendant l’arrivée (ou pas) de la fameuse boucle du Hainaut qui doit amener la haute tension dans cette région, il faut bricoler. ORES, le gestionnaire local va fournir de la moyenne tension à la place. Pour éviter que tout ne surchauffe et pour assurer sa propre sécurité d’approvisionnement, Google a dû prévoir d’autres options de stockage d’énergie (batteries, générateurs) pour réduire la dépendance au réseau traditionnel. Du côté d’Elia, on rassure : la situation est temporaire et elle sera réglée d’ici à la fin des travaux de construction, en 2029. Heureusement, car si la Belgique veut être cohérente avec sa politique d’accueil des « hyperscalers », il faudra de la haute tension disponible partout où un centre de données s’installera.
Les serveurs ont soif
La machine est lancée à grande vitesse et n’a pas besoin que d’électricité. Les serveurs nécessitent des quantités d’eau considérables pour être refroidis. Les salles doivent être maintenues à une température entre 18° et 27° pour l’intégrité des systèmes.
À Saint-Ghislain, Google puise près de 2 milliards de litres d’eau non potable par an dans le canal Nimy-Blaton-Péronnes. Mais, à l’échelle mondiale, le recours à de l’eau non potable est minoritaire dans les centres de données de Google. Sur les 37 milliards de litres d’eau consommés par Google en 2025, plus de 70 % sont potables. Et près d’un tiers de ces eaux potables provient de régions à risque moyen ou important de pénuries. En Californie, en Espagne, au Chili ou en Uruguay, où les sècheresses se multiplient, l’implantation de nouvelles infrastructures est scrutée de près, voire bloquée par des citoyens. En Inde, un projet à 15 milliards de dollars, en cours de construction, inquiète la société civile locale pour son usage en eau. Dans ce pays, les agriculteurs luttent contre l’expropriation de leurs terres pour laisser la place aux chantiers Google et Microsoft. « Dans un contexte de changement climatique, la question devient structurelle, analyse Aurore Degré, professeure en hydrologie à Gembloux. Tous les usages de l’eau vont augmenter, et, un jour, il faudra arbitrer. »
Mais pour arbitrer, encore faut-il avoir toutes les informations.
« Nous manquons clairement de transparence pour comprendre l’impact réel des centres de données de Google », explique Martin Willame, chercheur à l’UCLouvain et membre belge du Shift Project. Il ajoute : « Les études disponibles reprennent souvent des chiffres fournis par Google lui-même. Il y a peu de contrexpertise indépendante. À ma connaissance, il n’y a aucun expert ‘centres de données’ dans les cabinets des ministres en charge au niveau de la Région wallonne. » Résultat : peu de chiffres, peu de contrôle, peu de recul.
Le cabinet du ministre-président wallon, Adrien Dolimont, répond en langue de bois : « L’enjeu est de veiller à ce que le développement d’infrastructures numériques stratégiques soit cohérent avec nos intérêts économiques, énergétiques et de sécurité. » En ce qui concerne le manque de transparence : « La question de l’information disponible pour les pouvoirs publics est évidemment légitime et elle fait partie des sujets pris en compte. Cela étant, il faut aussi agir dans le respect des cadres juridiques applicables, y compris le secret des affaires. »
Les centres de données sont installés depuis près de vingt ans en Wallonie et le gouvernement semble toujours analyser la situation, sans avoir mis en place des règles urbanistiques précises pour ces bâtiments aux besoins en eau et en électricité si exceptionnels. La commune de Saint-Ghislain a, elle, refusé de répondre à la plupart de nos questions, renvoyant vers Google.
Jackpot quand même ?
À Farciennes, l’arrivée du géant américain, qui doit démarrer un centre en juin 2026, ravit les autorités communales. « D’abord, ça nous fera des emplois indirects », nous assure Julien Fanuel, directeur de cabinet du bourgmestre, Hughes Bayez (PS). « Nous espérons des emplois indirects de gardiennage, de catering (cantine) ou encore d’entretien des espaces verts. D’ailleurs, c’est notre entreprise d’économie sociale qui a obtenu ce dernier contrat, ça crée cinq emplois. »
Reste ce qui est sans doute la vraie poule aux œufs d’or : l’argent emmagasiné grâce à l’achat des terrains. À combien ont-ils été vendus ? Ni les autorités locales ni les organismes chargés de la vente n’ont souhaité nous répondre.
Un autre mécanisme, plus méconnu, permet aux communes de voir de l’argent arriver dans les caisses : la taxe sur la force motrice. Il s’agit d’une taxe communale imposée aux entreprises sur la puissance mécanique de leurs moteurs fixes (production, compresseurs, turbines), exprimée en kilowatts (kW). Mais, depuis 2006, la Région wallonne a décidé, pour faciliter l’investissement, de ne plus faire payer cette taxe aux entreprises. C’est elle qui compense les communes à la place. Difficile de savoir exactement ce que Google coute à la Région wallonne en versements de cette compensation, mais cela se chiffre à plusieurs millions par an, payés à Saint-Ghislain. Visiblement mal à l’aise, le cabinet de la bourgmestre n’a pas voulu nous répondre précisément sur les montants engrangés depuis 20 ans.
Au cabinet du ministre du Territoire et des Pouvoirs locaux François Desquesnes, on nous explique que la situation n’est plus tenable « à l’heure où la Région wallonne doit se serrer la ceinture » et que, dès janvier 2027, « ce mécanisme sera remplacé ». Est-ce que cette taxe sera désormais assumée par les entreprises elles-mêmes ? On ne le sait pas encore. Mais pour Google, ce changement aurait un impact important, lui qui, en 2024, a payé près de 30 millions d’euros d’impôts en Belgique.
Conscient des enjeux, mais désireux d’utiliser « les cerveaux et les serveurs », le gouvernement wallon a annoncé en mars dernier la mise en place d’un groupe de travail pour créer un cadre de développement des centres de données en Wallonie, avec « des critères d’implantation clairs ». Dans la foulée, Canopea réclame un moratoire sur les grosses installations, dont l’extension de Saint-Ghislain et le campus de Feluy, côté Google, en attendant ce cadre. Le débat public et politique doit désormais rattraper la turbine à grande vitesse des big data.
Cet enquête a été développée avec le soutien du Journalismfund Europe
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Poids du géant : 4 500 milliards de dollars de capitalisation boursière.
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Google en a construit d’autres, depuis, sur le sol européen : Irlande, Danemark, Finlande, Pays-Bas.
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Entre 15 et 17 emplois par hectare.
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Anciennement Inter-Environnement Wallonie.
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3 500 kWh par an en moyenne.
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Selon une projection du Boston Consulting Group.
↩ -
Via la société Crystal Computing.
↩ -
Discours sur l’état de la Wallonie du 8 avril 2026.
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