Botanique :
Culture clash & cash
En quelques semaines, trois polémiques ont secoué le « Bota », le centre culturel de la Fédération Wallonie-Bruxelles, en lien avec sa gestion de contrats extérieurs (photographes, personnel technique, graphistes). À cela s’ajoutent des plaintes internes liées à un management agressif, le tout sous une pression économique suffocante ! Pourtant du cash, le Bota en a…
Dimanche 31 mai 2026. Dans son inamovible teeshirt noir rock, Frédéric Maréchal, directeur du Botanique, a l’air un peu perdu au milieu du public des Nuits du Bota, l’évènement phare du centre culturel. La foule est jeune, elle parle anglais et néerlandais, patiente pour le duo norvégien Smerz.
Avec les Nuits du Bota prend fin la période la plus intense pour le centre culturel de la Fédération Wallonie-Bruxelles, un lieu principalement dédié à la musique, avec plus de 500 concerts organisés par an. Frédéric Maréchal va enfin pouvoir se pencher sur d’autres dossiers qui trainent depuis un an.
Partie 1 : LES CLASHS
Juin 2025. Trente techniciens et techniciennes écrivent à la direction du Bota. Ils voudraient revoir leurs conditions de travail. De 330 € pour une journée de 10 h 45, ils souhaitent passer à un forfait de 375 € pour 10 heures de travail effectif. Ils demandent un accord pour fin juin, avec application à partir de fin aout/début septembre 2025. Certains des signataires, comme Matthieu, travaillent avec l’institution depuis une dizaine d’années.
Dans un passé récent, le montant des prestations avait déjà été revu. De 250 à 300 euros en 2019. Puis de 300 à 330 euros en 2023. Deux augmentations qui n’a­vaient pas suscité d’émoi particulier, la première étant un rattrapage sur les tarifs pratiqués, et la seconde, une application de l’indexation suite à la flambée des prix début 2020.
Mais la manière avait déplu. Michel Verbruggen, bras droit financier de Frédéric Maréchal, évoque un « chantage » de la part des techniciens. « En 2019 et 2023, ils avaient posé leur demande juste avant les Nuits. C’était l’augmentation ou l’arrêt de travail. On était pris à la gorge. »
En 2025, par contre, le staff externe a la délicatesse d’envoyer ses doléances après le rush des Nuits. C’est une erreur. Le duo de direction du Bota, formé par Michel Verbruggen et Frédéric Maréchal, accuse réception.
Le 11 aout, les techniciens indépendants reçoivent une invitation à répondre à un marché public pour leurs prestations. Une humiliation, selon le staff externe. « On te demande de t’engager, raconte Matthieu, mais si tu proposes un tarif à plus de 33 euros/h, cela ne sert pas à grand-chose de postuler. » C’est une simple coïncidence de calendrier et une obligation légale pour toute asbl subsidiée à plus de 50 %, assure la direction.
Cette mise en concurrence ne passe pas. Ni sur la forme ni sur le fond. Selon l’asbl Court-Circuit (qui fédère le secteur des musiques actuelles), les tarifs évoluent entre 250 et 400 euros pour des prestations allant de 6 à 12 heures. Pour Michel Verbruggen, le marché public permettra de valoriser l’expérience : « Quelqu’un peut remettre un prix en sachant que, grâce à son expérience, il peut demander un peu plus. » Mais pas trop. Dans l’offre, le prix compte pour 70 % de l’évaluation, les 30 % restants se fondent sur l’argumentaire des compétences.
Or, dans son contrat programme 2024-2028, qui balise les missions du centre culturel, en échange d’un subside de 3 millions d’euros par an, il est mentionné que « le Botanique s’engage à développer une politique ambitieuse de rémunération des artistes, techniciennes et techniciens issus de la Fédération Wallonie-Bruxelles ». « Notre crainte, c’est qu’avec l’appel d’offres, on aille vers le “moins-disant social” (priorité aux prix les plus bas et aux pires conditions de travail, NDLR), explique Martin Willems (CSC). Et l’autre crainte, c’est l’intervention d’un intermédiaire, qui assurerait le côté administratif et ferait pression sur le prix en prenant sur les marges. »
Le prix n’est pas le seul élément débattu. Qu’en est-il de l’indexation, du remboursement des frais, des assurances, des conditions d’annulation ? « Nous voulons que des clauses sociales rentrent dans l’appel d’offres, explique Martin Willems. Avec la RTBF par exemple, des volumes de travail sont définis et, si moins de 85 % sont assumés, on paie des prestations non effectuées. »
Une deuxième fronde
À cette fronde s’en ajoute une autre. Les photographes du Bota aimeraient bien… être tout simplement payés. Même si le deal était annoncé dès les premières photos, certains d’entre eux (une douzaine) ne veulent plus se contenter d’un ticket boisson et d’un repas par soirée prestée. D’autres salles (également contactées par Médor) paient leurs prestations. Pourquoi le centre culturel de la Fédération Wallonie-Bruxelles ne le ferait-il pas ? D’autant que rien n’est balisé sur l’usage des photos, les droits d’auteur ou les assurances du matériel.
« On a une assiette de 50-60 personnes qui font de la photo par passion, explique le directeur Frédéric Maréchal. Le contrat de base était clair et le volontariat, c’est quelque chose d’excessivement important dans l’action culturelle. C’est la première réflexion que j’ai faite en rentrant au Bota : on a trop peu de volontaires dans l’activité. »
Cependant, ce groupe de douze photographes ne compte plus faire du bénévolat. Et le fait savoir. En concertation avec les techniciens et techniciennes, le 7 octobre 2025, le texte « Améliorer les conditions des freelances au Botanique » est mis en ligne. Il dénonce la gratuité du travail des photographes et le traitement des techniciens externes. Plus de 1 000 personnes soutiennent les pétitionnaires qui estiment que « ce qui se joue ici dépasse une salle. C’est tout un modèle culturel qui s’effondre : celui où la passion sert d’excuse à la pauvreté, où les savoir-faire sont invisibilisés, et où le travail gratuit devient normalisé ».
C’est peu dire que l’action passe mal au sommet du Bota qui réagit sur les réseaux sociaux, et menace de procès pour diffamation les techniciens qui relaient la pétition. « On a été accusé d’esclavagisme sur la place publique », s’indigne Frédéric Maréchal. La direction parle de sabotage en règle pendant trois mois, de septembre à décembre. Selon elle, des volontaires sont contactés pour qu’ils ne viennent plus, des concerts sont « infiltrés » par des techniciens contestataires pour faire pression sur les travailleurs. Tension maximale.
Une réunion a lieu le 22 octobre entre photographes et direction. Cette dernière répond le 24 novembre 2025 à la douzaine de photographes signataires. Ils auront le choix d’être rémunérés ou volontaires. Le Bota promet l’envoi d’une convention. En aout 2026, sept mois plus tard, rien n’a été envoyé.
Et une troisième
Histoire d’ajouter une couche, le Bota fait face à une troisième fronde publique : un collectif de graphistes, metteurs et metteuses en page dénonce sur Instagram un marché public où « B. » (pour Bota) aurait « imposé une évolution des conditions de l’appel à projets en cours de processus : demande de re-travail, ajout de livrables, changement d’orientation ».
« Il y a eu deux marchés, explique Frédéric Maréchal. Un pour l’identité visuelle de la saison et un pour l’identité visuelle des Nuits. Pour un des lots, on a eu cinq candidatures qui ne nous satisfaisaient pas et on leur a proposé de revoir leur copie. Ils n’ont pas réussi à comprendre ce qu’on attendait. Il n’y avait rien d’utilisable. On a continué le projet en interne. »
Trois frondes pour une même institution, avec une même issue pour le personnel : un besoin de rendre publics le rapport de forces instauré et la détérioration rapide des relations humaines. De plus, les prestataires externes du Bota ne sont pas les seuls impactés par ces tensions.
Des voix de salariés s’élèvent aussi pour décrire un climat sous pression. Le duo Michel Verbruggen/Frédéric Maréchal est décrit comme méprisant, sans considération pour une partie du personnel.
Médor a évoqué les tensions internes avec une douzaine de travailleurs du Bota. Certains n’y bossent plus. D’autres espèrent en partir. Des mots forts sont prononcés : « déconsidération » et « humiliation » reviennent parmi plusieurs témoignages, systématiquement anonymes par peur de « représailles ». On évoque un climat permanent de suspicion, des pressions, des hurlements, des dénigrements. Un employé évoque une « lapidation » en réunion. Une autre, un « management toxique ». Mots forts ? « Quand on va au travail la boule au ventre, je n’en vois pas d’autres. »
Confrontée à ces commentaires, la direction évoque une minorité de personnes qui visent plutôt des règlements de compte. Elle évoque une ambiance sereine dans un environnement qui valorise le personnel. Et invite à entendre d’autres échos, dont ceux de Hans, Didier et Sandra (prénoms modifiés) qui travaillent ou ont travaillé au Bota plusieurs années. Même si tous trois souhaitent l’anonymat, ils décrivent une ambiance sans tensions. Et une direction avec qui tout se passe très bien, sans traitement différencié. « C’est important de préciser qu’il y a quand même des gens qui ont adoré et adorent travailler pour le Bota, une progra’ dingue, des équipes motivées, etc. » Pour Didier, « Frédéric Maréchal fait un travail d’équilibriste, très exigeant. Il peut être très sec, je vois bien les problèmes de forme que vous évoquez, mais je ne les subis pas. Le projet est excitant et s’inscrit dans une logique de travail d’équipe. Les gens sont investis, le climat est détendu. Il a professionnalisé le Bota ».
En 2025, une analyse des risques psychosociaux a été menée par un service externe de prévention et de protection au travail, Cohezio. Les résultats ont été remis à la direction et présentés au personnel. Peu de réponses et une faible participation pour un résultat mitigé. La direction y a vu une situation « dans la moyenne », des membres du personnel y ont plutôt perçu « une cata ». Impossible de faire le tri. La direction, seu­le, dispose de l’étude. Ni le CA, ni le personnel, ni le syndicat ne l’ont reçue.
Un constat est cependant reconnu par toutes les parties : l’absence de considération pour le personnel de la part de l’équi­pe de responsables. La direction a rédigé un plan d’action pour répondre aux carences identifiées dans l’analyse, « mais elle n’a rien compris, explique une personne employée. Elle pointe les chefs de service alors que c’est elle qui est visée ».
Enfin, en septembre 2025, une réunion du personnel crée un petit traumatisme collectif. Lors de cette assemblée, le syndicat CSC organise une visio avec le personnel indépendant pour sensibiliser les internes au sort des freelances et collectiviser les enjeux autour des ressources humaines. Vingt-quatre heures plus tard, la direction réagit en convoquant une réunion du personnel. « Ils savaient tout ce qui avait été dit, comme si quelqu’un avait enregistré, avance Tom (prénom modifié), employé au Bota. Ils répondaient point par point. C’était hallucinant. » Cette tension se cristallise par un tag sur la vitre de l’ascenseur interne du Bota : « Qui est la taupe ? » Bonne ambiance. Étonnant ?
En 2023, quand le CA du Bota engage Frédéric Maréchal à l’unanimité, sa gestion des ressources humaines est déjà remise en question dans son emploi précédent.
Lessines sous pression
Frédéric Maréchal a travaillé 20 ans au Centre culturel de Lessines René Magritte (CCLRM), avec comme grande réussite le « Roots and Roses », festival lancé en 2010. Il a laissé de très bons souvenirs dans la région. Et également quelques mauvais sur la fin.
En 2017, suite à trois licenciements, le personnel écrit au conseil d’administration du CCLRM pour évoquer « des inquiétudes et du mécontentement qui rongent le personnel depuis un bout de temps : nous avons constaté que nos tentatives d’en parler avec notre direction ont jusqu’à maintenant malheureusement échoué ». Les membres du personnel évoquent encore l’organisation en général et un « contexte oppressant » (source : L’Avenir, 31 mai 2017).
En 2023 et selon plusieurs sources, une analyse de risques psychosociaux de Cohezio a été réalisée au CCLRM. Le rapport restitue des propos inquiétants du personnel. Il évoque une direction qui crée des tensions et du stress, qui aboie, crie, s’en prend aux objets. Les mots « acharnement », « menaces », « intimidation » ou « humiliation » de la part de la direction sont prononcés.
Selon les propres dires de Frédéric Maréchal, il était « adulé » pendant vingt ans à Lessines pour son travail, et à l’annonce de son départ pour le Bota, on l’aurait traité de « crapule, salopard, traitre », lors d’un bureau du CA en mai 2023.
Les tensions étaient bien présentes.
« Le CC de Lessines rayonne, a une bonne réputation, explique aujourd’hui à Médor l’ancien bourgmestre de Lessines Pascal De Handschutter. Frédéric est quelqu’un de très efficace, mais sur le plan humain, c’est plus difficile, c’est une forte personnalité, cela peut devenir un défaut. Dans les ressources humaines, il faut du tact psychologique, et Fred n’est pas très psychologue. »
Même écho du côté de l’ancien échevin de la culture, Dimitri Wittenberg : « C’est une personne extrêmement brillante, mais avec des contacts humains très difficiles. J’avais à l’époque beaucoup de retours du personnel sur ces rapports frontaux. Les échos du Bota ne me surprennent pas. »
Partie 2 : LE CASH
Une des explications de la tension au Bota, c’est le stress permanent lié aux finances. « Pas un jour sans croiser Michel Verbruggen, paniqué par les dépenses », avance cette source interne au Bota. Pas une personne qui ne mentionne ce souci qui accompagne les équipes chaque jour.
Pourtant de l’argent, le Bota en a. Et beaucoup. L’asbl du Bota reçoit chaque année 3 millions d’euros de subsides de la Fédération Wallonie-Bruxelles.
Pendant longtemps, ce subside n’a pas été indexé et une compensation de 500 000 euros a dès lors été versée en 2023. Avec cette somme, le centre culturel doit remplir son contrat-programme qui indique, en premier point, « soutenir la création artistique, sous toutes ses formes, et garantir la liberté artistique, l’émergence, l’excellence artistique et la diversité culturelle ». Les objectifs ne sont pas financiers et, pourtant, le Bota s’en sort bien de ce côté. Bénéficiaire depuis 10 ans, la structure a engrangé jusqu’à 6,8 millions de bénéfice cumulé en 2023 ! Au point où l’administration de la Fédération s’est émue et lui a écrit en janvier 2023 pour obtenir « la projection budgétaire » présentant la dépense de ces réserves.
À ce moment-là, 3,34 millions sont dédiés à la rénovation des salles de concert du Bota : l’Orangerie et la Rotonde. C’est en effet un engagement pris par l’ancien directeur, Paul-Henri Wauters, en 2018. La rénovation est jugée indispensable. La Ville de Bruxelles développe son offre concurrente de concerts, des salles privées émergent. L’équilibre financier du centre culturel passe par l’augmentation de la capacité d’accueil de ses salles.
En 2018, les travaux n’étaient estimés qu’à 1,9 million et le directeur se fait alors fort de les payer sur fonds propres. Mauvais choix. Les retards s’accumulent, les crises mondiales aussi (Ukraine, Iran…) et la facture explose : 8 millions au total pour des rénovations qui débuteront au deuxième semestre 2026. L’administration couvrira 2,2 millions tandis que le Bota prendra en charge le reste, soit 5,8 millions. « J’ai hérité de cette situation, avance Fré-
déric Maréchal. La Fédé n’avait pas les moyens. Soit le Bota payait, soit les salles n’étaient pas rénovées. La Fédé paie son bâtiment, le Bota, son outil. Ce n’est pas illogique comme répartition. »
Autant dire que le bas de laine disparait. Or, celui-ci avait été tricoté sur un budget destiné aux rémunérations des acteurs et actrices de la culture en Fédération Wallonie-Bruxelles. Les bâtiments culturels sont gérés par la Direction des infrastructures culturelles et des hôpitaux académiques (DICHA), dont l’une des missions consiste à rénover, construire et gérer le patrimoine immobilier à vocation culturelle. « C’est à la DICHA de financer ces travaux, sinon il y a un transfert d’un budget “artistes” vers un budget “bâtiment” », estime un observateur politique du secteur culturel. Selon lui, les 6 millions de bénéfice du Bota sont destinés à l’objet social du Bota, à savoir la défense de la création artistique, pas la rénovation du patrimoine de la FWB.
Une petite note
Mais rassurons artistes, techniciens et techniciennes et photographes, il reste encore un peu de budget, logé dans une asbl. Celle-ci est mentionnée dans une petite note du bilan 2025 du Bota, page 15 : « droit de tirage non reconnu convention asbl GAOEC » pour 113 000 euros. Bizarre, pour la directrice Culture de l’administration de la FWB : « À notre connaissance
et sur la base des documents disponibles, il n’existe pas de convention actuellement
en vigueur liant le Botanique et l’asbl GAOEC. » L’administration se trompe. Il s’agit d’une convention qui garantit au Bota des investissements d’un total de 300 000 euros.
GAOEC, c’est la Gestion, administration, organisation d’espaces culturels. Ou anciennement Association de gestion du Cirque Royal. Et c’est aussi un flashback dans le monde musical bruxellois.
En 1999, Le Botanique prend en charge la gestion de la salle du Cirque Royal, propriété de la Ville de Bruxelles. Une convention d’échange et de collaboration est alors signée en octobre 2000 entre les asbl du Bota et du Cirque Royal. On y lit que la Fédération met 6,25 millions de francs (161 000 euros) pour l’aménagement du Cirque Royal, que la gestion journalière est assurée par la direction du Bota qui peut exploiter les lieux. Le personnel administratif et technique du Botanique peut travail­ler au Cirque Royal et le Bota peut « pren-
dre en charge des dépenses d’équipement et d’aménagement » du Cirque Royal. Une asbl publique se met au service d’une asbl privée.
À la signature de la convention, les deux structures se confondent tellement qu’elles sont représentées par les mêmes personnes. Dont Annie Valentini, directrice des deux asbl. En 2018, elle cèdera le témoin du Bota à son compagnon, Paul-Henri Wauters, tout en restant directrice du GAOEC, alors reprise comme « entité liée » dans le bilan du Bota. Mais il y a un hic. En 2015, la Ville de Bruxelles annonce vouloir récupérer le Cirque Royal et gérer la salle. En 2018, GAOEC n’a plus de salle et n’a plus d’activités, mais elle a un beau fonds de réserve : 3,4 millions d’euros, tirés de ses activités de concerts, spectacles, menées au Cirque Royal.
Un petit club
GAOEC est suffisamment proche du Bota pour loger à la même adresse, se partager quelques administrateurs, lui confier sa compta, accueillir en son sein l’ancien directeur Paul-Henri Wauters en 2023, mais l’asbl, privée d’activité, ne juge pas nécessaire de fermer boutique pour transférer ses fonds vers le Bota. Depuis 2020, son CA gère des soutiens au secteur artistique à sa guise, en dehors de tout contrôle public. Pour Philippe Close, bourgmestre de Bru­xelles, détentrice de la salle du Cirque Royal : « Je pensais que ces fonds reviendraient au Bota. C’est dès lors de l’argent public géré par un petit club, hors de toute transparence. Je ne demande pas cet argent pour la Ville, mais je ne comprends pas que la FWB ne le réclame pas. Il pourrait participer au refinancement des salles du Bota. »
L’administration de la FWB ne réclamera rien du tout. Si, dans la convention initiale, elle a pris soin de mentionner le soutien du Bota au Cirque Royal, pas un mot ne prévoit un éventuel retour des bénéfices. Et en 2018, l’administration n’a visiblement pas demandé la fermeture de l’asbl et le retour des fonds au Bota.
À discrétion
Du côté de l’asbl GAOEC, Annie Valentini botte en touche : « La coopération a été largement vertueuse pour les deux institutions. » Par ailleurs, les fonds de GAOEC ont été constitués par des locations à des tiers. Elle assure que l’argent mis de côté vient en soutien de la culture. Qui en sont les bénéficiaires ? « Afin de ne pas compromettre l’équilibre et le bon fonctionnement des lieux et associations concernés, il ne nous parait pas envisageable de rendre publique la liste des aides octroyées », répond-elle. Tout au plus apprendrons-nous qu’un don significatif a été octroyé au Fonds Live 2020, soutien aux artistes en période Covid, géré par la Fondation Roi Baudouin. Le Bota profitera aussi de la manne circassienne pour la végétalisation des serres. Et deux œuvres d’art exposées au Bota seront créées pour un budget total avoisinant 60 000 euros. Ni le CA du Bota ni l’administration ne disposent des conventions récentes entre ces deux asbl.
Autre projet culturel soutenu, la création de musique contemporaine entre 2023 et 2025, entre autres avec l’implication du compositeur Jean-Paul Dessy, administrateur du Bota et du GAOEC. Conflit d’interêts évident ? Médor a sollicité Jean-Paul Dessy, qui n’a pas réagi à nos sollicitations et a préféré laisser la voix à Annie Valentini. « Monsieur Dessy s’est abstenu de participer aux décisions prises au sein du conseil d’administration sur ces dossiers. » Il faudra la croire sur parole. Au moment de mener cette enquête, les comptes de 2020 à 2025 n’étaient pas publiés à la BNB. Un fâcheux oubli, avance Annie Valentini, qui, entretemps, les a déposés, en juin 2026.
Les derniers comptes 2025 affichent des réserves dépassant les deux millions d’euros. Qui en profitera ?