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OH BOY

La transition de Jayson

Simon Loiseau a réalisé une série photographique autour de la transition de genre de son ami Jayson. Une histoire en images pour raconter les corps, les masculinités et la complicité. Entretien croisé.

Nous retrouvons Simon et Jayson dans la petite cuisine du photographe à Forest. Les deux se connaissent depuis une dizaine d’années. Anciens collègues dans le domaine de l’horeca, ils sont devenus amis. De leur lien, de leur proximité est né « Oh Boy », un véritable dialogue photographique autour de la transition de genre de Jayson (FTM pour « Female to Male », donc du féminin vers le masculin même si c’est plus complexe que ça).

L’adieu aux seins

Il y a trois ans, lorsque Simon reprend ses études de photographie, Jayson lui demande de documenter sa transition. « Je souhaitais garder une trace. J’ai beaucoup de mal avec les selfies. Aussi, j’avais envie d’un autre regard que le mien. Il y avait déjà une complicité entre nous, c’était bien qu’elle puisse se poursuivre à travers ce projet. »

Les prises de vue sont réalisées, mois après mois, ici même chez le photographe. Certaines sessions ont une vocation plus artistique, d’autres plus documentaire. À chaque fois, Simon propose des idées d’esthétiques à partir de différentes symboliques, matières, surfaces, pour évoquer la chair, le corps, la transparence. « Avant de commencer les séances photo, on discutait beaucoup. C’est l’histoire de Jayson, son corps, sa vie, je voulais le respecter au maximum et ne pas m’approprier son récit. On prenait les photos en fonction de l’état dans lequel on était tous les deux, c’était très important de mener ce projet ensemble. »

Aujourd’hui, dans la petite cuisine, Jayson revient sur l’une des photographies intitulée Rituel : « Elle a été prise juste avant mon opération de goodbye aux seins. » « Nos rendez-vous formaient des rituels. On s’est dit : “On se fait un rituel d’au revoir aux seins” », enchaîne Simon. « Un peu pour la blague en fait », se marre son ami.

Interroger les masculinités

Si « Oh Boy » (titre choisi en référence à la culture porn) documente la transidentité, cette série photographique ouvre d’autres portes, notamment celle des représentations des corps masculins et des masculinités. « Je pense que c’est important de multiplier les représentations, que ce soit dans les films, les livres ou les médias. Moi, découvrir différents modèles, ça m’a aidé dans mon parcours », explique Jayson. « C’est aussi l’histoire de deux hommes gay, poursuit Simon. Toutes ces discussions avec Jayson autour des codes masculins, ça m’a poussé à m’interroger sur mon propre corps, mes propres codes, mes stratégies pour passer pour un mec aux yeux de la société… »

Simon se remémore un de leurs échanges :

  • « Tu te souviens Jayson, quand tu m’as raconté qu’une fois dans la rue, un type t’avait regardé en pointant une femme et en te disant "mate cette meuf comme elle est bonne" ? Et toi à ce moment-là, tu as directement pensé…
  • que si je suis devenu un mec PD, ce n’est pas pour ça. Beaucoup de mecs perpétuent ce genre de comportement pour recevoir une approbation, un regard complice. Je ne peux pas… »
  • « Cette anecdote m’a rappelé que, pendant tout un temps, je me sentais trop content qu’on me prenne pour un hétéro, et maintenant plus du tout. Cette espèce de connivence entre mecs hétéros cis, pour moi, c’est l’enfer. »

Célébration iconographique

D’autres photos de leur projet (des images plus dénudées que celles publiées dans les pages de Médor) sont également exposées au Stammbar, dans le centre de Bruxelles. « Ils organisent des soirées pour mecs gay cis, en général, mais souhaitent que l’endroit devienne plus inclusif », éclaire Simon. « On a bien envie que les photos vivent avec le lieu », sourit Jayson.

Les deux amis insistent : « Oh Boy » se veut une série résolument joyeuse. « Évidemment que c’est un parcours intense et qu’il y a eu des moments difficiles notamment liés aux hormones, mais je me sens tellement mieux aujourd’hui… Je suis très content aussi de l’évolution de Simon, je l’observe, il m’observe. On avance ensemble. » Le duo a d’ailleurs décidé de poser prochainement côte à côte devant l’objectif.

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