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Passeuses de mondes

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Margarida est psychologue. Valeria est éducatrice. Elles ne viennent pas de Belgique, mais c’est ici qu’elles creusent leur sillon, dans un centre d’accueil de la Croix-Rouge au profil un peu spécial. Chaque jour, elles aident des demandeurs d’asile en souffrance mentale à affronter les traumas nés de la violence, du fracas des bombes et des épines féroces de l’exil.

Il fallait se rendre à l’évidence : son pays était à bout de souffle. À court de promesses pour elle, qui était à la tête d’un centre d’accueil pour mineurs placés par le juge à Lisbonne. La crise passant, on sabre dans le budget des asbl. Elle le sait : à son âge elle ne va jamais retrouver de travail. Margarida Silva a 52 ans et elle fait ses valises, emporte avec elle ses cheveux blonds bouclés, son profond regard vert, une solide expérience de psychologue et son mari. Cap au nord. La Belgique, là où on n’a pas décapité tout le social. Première haie effacée : le chômage. Elle travaille dans une association d’activités extrascolaires. En août 2014, elle plonge ailleurs, dans un gros défi, qui se nomme en cinq lettres : CARDA. Centre d’accueil rapproché pour demandeurs d’asile. Le seul en Belgique. Un « cocon » où des psychologues et des éducateurs façonnent une piste thérapeutique pour des demandeurs d’asile en souffrance mentale. Un lieu avec des règles, des routines, des moments de crise, des bonds en avant, des régressions et, aussi, des dénouements heureux.

À l’époque, ce centre ouvert par la Croix-Rouge se trouve à Yvoir. Margarida s’occupe du suivi psychologique des mineurs étrangers non accompagnés. Les MENA, comme on les raccourcit dans la sphère de l’asile. Elle n’oubliera jamais son premier entretien. « Il s’appelait Issa et avait passé toute sa vie dans un petit village malien. Il n’avait jamais utilisé une montre. Le soleil lui …

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