La valise de lune de miel
Lingerie ultrasexy
Basée à Bruxelles, Fatou vend en ligne de la « lingerie africaine » ultrasexy. Elle attend son mariage pour perdre sa virginité, mais consacre une partie de son temps libre
à parler sans détour de sexe, de sensualité et de plaisir féminin.
Sur sa dernière vidéo postée sur Instagram, seules des mains sont apparentes. Elles ouvrent une boite blanche, posée sur un lit. Elles y déposent des tricots multicolores soigneusement pliés, un baya de perles bleues (bijou pour la taille, commun en Afrique de l’Ouest) et un jeu de cartes Kama Sutra. Avant de fermer la boite, elles disposent une petite carte où est noté en gros caractères le mot « Debbo », « femme » en pular, au-dessus d’une plus petite inscription « Lingerie africaine ».
Les mains, ce sont celles de Fatou, 27 ans. Depuis Bruxelles, elle a lancé, en 2023, à côté de son emploi en tant que travailleuse sociale dans un centre d’hébergement d’urgence pour femmes, sa marque de lingerie sexy en ligne : Debbo. Sur ses réseaux sociaux, des sous-vêtements en tricot de toutes les couleurs laissent apparaitre les formes d’un mannequin féminin en plastique noir. Des chaines et des perles marquent le contour de la poitrine ou dessinent un triangle de la vulve au nombril. À l’arrière, une fine ligne de tricot masque le sillon interfessier. « Je les trouve trop sexys ! », s’exclame Fatou en regardant ses modèles, avant d’ajouter : « Quand je reçois les produits, je jette d’abord un œil avant de mettre en vente et je prends pour moi. J’ai une valise de lingerie et de produits pour mon mariage. Je la remplis au fur et à mesure, comme ça je suis tranquille et je n’aurai pas besoin de claquer 400 € d’un coup pour la lune de miel. Je suis voilée, mais ça ne m’empêche pas de bien m’habiller et de me trouver sexy ! »
Fatou raffole de sensualité et de sexualité, mais c’est un plaisir auquel elle n’a pas encore gouté. Elle attend de trouver quelqu’un qui lui plait pour se marier et découvrir les plaisirs charnels.
Le sexe à voix haute
« Dans la communauté guinéenne, tout ça, c’est vraiment tabou, confie Fatou. Mais pour moi, pas du tout ! Par exemple, quand je poste de nouvelles lingeries sur mes comptes professionnels, je repartage systématiquement ces publications sur mes comptes privés où ma famille me suit. » Les photos de ses pièces osées sont prises dans sa chambre, chez ses parents. Elle demande souvent à son petit frère d’aller chercher ou de déposer ses colis à la poste et elle parle de sa marque autour d’elle, en famille, avec ses ami·es et au travail, sans gêne. « J’assume tout ce que je fais ! Faire l’amour avec son mari, c’est normal et même encouragé dans notre religion. Je ne comprends pas pourquoi les humains en font toute une histoire ! »
Ce tabou, elle essaie de le briser autour d’elle, en s’informant sur le sujet. « Dans notre communauté, on ne nous explique rien. On apprend tout quand on se marie. » Pour pallier le manque d’informations, Fatou lit des livres portant sur l’amour et la sexualité comme Les langages de l’amour de Gary Chapman, écoute des podcasts (Entre nos lèvres, Orgasmiq, My S Life, Intime connexion, La Question Q), regarde des documentaires et en parle avec ses ami·es déjà marié·es. Elle s’intéresse surtout au plaisir féminin, mais aussi à la maternité, à la procréation médicalement assistée, à la contraception (masculine !), au couple ou encore à la pansexualité. « Notre génération est plus ouverte à évoquer ces sujets ; on arrive de plus en plus à en parler entre jeunes, en tout cas au sein de la diaspora. » À terme, Fatou aimerait suivre une formation et lancer une chaine pour parler de sexualité, notamment auprès de sa communauté.
Au-delà des questions pratiques et de santé, Fatou veut surtout en apprendre plus sur le sexe pour en profiter lorsqu’elle se mariera : « Je n’ai pas attendu jusqu’à mes 27 ans pour m’ennuyer au lit ! Je ne suis pas là juste pour faire des gosses, mais aussi pour recevoir du plaisir. Mais si même nous, en tant que femmes, on ne sait pas s’y prendre et qu’on ne se connait pas, c’est normal qu’on ne prenne pas de plaisir. Je ne veux pas me retrouver à faire l’étoile de mer toute ma vie, donc j’étudie ! »
Made in Sénégal
Sur le site internet de la marque française Houefa Boutique, on retrouve des produits semblables à ceux de Debbo. Sur certains bayas personnalisés, on peut lire dans des perles « Baise-moi », « Fais-moi jouir » ou « Je suis ta pute » posés sur les hanches d’une mannequin en plastique. En France, le marché est plus développé. Houefa Boutique est dirigée par une femme franco-sénégalaise musulmane. Elle est une de celles qui inspirent Fatou : « J’ai découvert cet univers via les séries sénégalaises où les femmes sont très sensuelles. Je ne sais pas si c’est vraiment comme ça là-bas, mais ça m’a donné envie de développer l’idée pour les Guinéens qui sont trop fermés d’esprit. »
Après avoir essayé plusieurs fournisseurs à distance depuis 2023, Fatou a trouvé chaussure à son pied en allant faire du repérage au Sénégal, pays plus familier de ce type de produits, d’où elle importe depuis 2025 la lingerie depuis la ville de Touba, où une dame lui confectionne les pièces sur mesure.
« Au début de mon voyage, tout ce que je trouvais, c’était de la lingerie européenne. En Afrique, les femmes portent surtout de la lingerie de Blanches. Je ne trouve pas ça juste qu’on porte juste des pièces européennes et qu’on ne mette pas les nôtres en valeur ! »
Jusqu’à maintenant, la grande majorité des clientes de Debbo en Belgique sont guinéennes. Binta est l’une d’entre elles. Jeune femme musulmane, elle a commencé à acheter des dessous pour son mariage il y a deux ans et a été convaincue : « J’utilise régulièrement cette lingerie pour des moments particuliers avec mon mari. Ce que j’apprécie le plus, c’est le fait que la marque valorise des produits venant de chez nous, que ça représente mes origines, ma culture et que ce soit inspiré du savoir-faire africain, ça change de ce qu’on porte habituellement. » Fatou aimerait toucher un public plus large, notamment des femmes blanches : « Nous, on porte leurs sous-vêtements et j’aimerais bien que les Blanches découvrent qu’on a aussi nos propres lingeries », s’exclame-t-elle avant d’ajouter en riant : « Quand une connaissance blanche a découvert ma marque, elle m’a demandé si c’étaient des vêtements pour aller à la plage ! Je n’y avais pas pensé, mais pourquoi pas ! »
Se plaire à soi
« L’ensemble Debbo ne couvre rien… sauf ton pouvoir 🥵💚 », « Parce qu’être sensuelle commence par se sentir belle dans sa propre peau.🫣🫣 » Sur ses réseaux sociaux, Fatou insiste que la lingerie sert tout d’abord à se sentir bien avec soi. Sa cliente Binta, qui ne compte plus le nombre de pièces qu’elle possède, est convaincue : « La sensualité, ce n’est pas seulement afin de séduire, c’est aussi une manière de se sentir belle, féminine, épanouie, et tout ça contribue à avoir plus confiance en soi ! »
Sa marque représente la femme que Fatou veut être : « Je veux vraiment être belle et sexy ! Quand je vais me marier, je ne veux pas installer une routine où je ne prends plus soin de moi. Je veux avoir une relation fusionnelle et le rendre fou. Mais après, c’est lui qui achètera : il va banquer. » Fatou attend désormais son mariage, qu’elle espère célébrer cette année si elle trouve quelqu’un qui lui plait. « J’ai hâte de vivre ma première fois et j’espère que mon mari saura s’y prendre ! » Sa valise est déjà prête pour l’occasion.
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Nom d’emprunt.
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