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Mouvements d’humeur

Le krump en Belgique

Né à Los Angeles dans les années 2000, le krump gagne nos rues. Danse rageuse faite de gestes ultrarapides, elle séduit par ses rythmes revendicateurs.

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Bethléem Dubois. Tous droits réservés

Le krump, ce n’est pas juste une danse. « C’est une culture, un mouvement », nous dit d’emblée Blanche Pembe, alias « Dark Eye », 31 ans, krumpeuse belge de la première heure. Créé dans le ghetto de South Central (Los Angeles), dans un contexte social tendu de ségrégation raciale et de pression policière, le krump veut canaliser la violence du quotidien. « Le krump, c’est revendiquer le droit d’exister, de crier, de souffler, de vivre. Même s’il est né dans la culture afro-américaine, le message est aujourd’hui porté par une communauté plus large », soutient Dark Eye.

Comment cette danse a-t-elle trouvé écho sur le pavé wallon ? Il y a, au départ, le documentaire « Rize » (2005) du photographe de mode américain David Lachapelle, qui électrise les amateurs de street culture. À Liège, dès 2007, des battles jaillissent dans la gare de Liège-Palais et au kiosque du parc d’Avroy. Ces cercles vont ensuite s’étendre à Bruxelles. Rythmes énervés, danses saccadées, expressions de colère et de rage, la communauté s’agrandit rapidement, jusqu’à compter une centaine de personnes aujourd’hui en Belgique. Si les entraînements continuent de se dérouler dans les gares et sur les places publiques, le krump s’est aussi embourgeoisé : des danseurs invités à l’opéra de la Monnaie pour un diptyque consacré à Verdi, des participants à l’émission « The Dancer » sur la RTBF ou Ch’eza Street, la plus grande battle krump de Belgique (qualificative pour la compet’ internationale) logée au Théâtre national.

Le succès du krump repose entre autres sur le sentiment d’appartenance à une communauté. Les krumpers sont composés en « fams » (familles), chapeautées par un « big homie » (grand frère), qui transmet autant son style de danse que sa vision du monde. Parmi les plus connues chez nous : les fams Drickx, Sosa, Wild, Illicite, Mufasa ou Strata. Celles-ci partagent les mêmes codes et techniques, au vocabulaire pointu : les « jabs » (mouvements rapides des bras), « stomps » (frappes du pied), « chests » (mouvements de poitrine). Un art à l’apprentissage ultraphysique. Mais pour Blanche Pembe, la difficulté n’est pas là. « Reproduire les mouvements, tout le monde est capable de le faire. La partie la plus difficile, c’est de se connecter à soi-même pour pouvoir utiliser son corps et communiquer sa vulnérabilité. Si tu n’y mets pas tes tripes, le message ne passera pas ! »

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