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COMPOST MORTEM

Mourir sans polluer, mode d’emploi

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Cecile Matignon. CC BY-NC-ND.

Nous aurons beau crever, nous continuerons à polluer. En termes de gestion des déchets, nos pratiques funéraires sont navrantes. Le corps, ce rebut ultime, ne pourrait-il plutôt se transformer en ressource pour la terre ? Allez, tous au compost ! Ah, si seulement c’était aussi simple…

« Nous sommes rassemblés pour te faire un dernier adieu et te dire merci d’avoir embelli nos vies par ta présence. » L’odeur camphrée de l’encens, l’écho d’un éternuement sur la voûte ou d’un pied de chaise crissant sur le marbre. Il n’y a pas de doute, nous sommes dans une église et, vu la tête des personnes au premier rang, il s’agit d’un enterrement.

Cinq jours plus tôt, un mardi un peu avant 9 h, le vent était modéré, le temps sec, la visibilité bonne. Mais les freins de mon vélo mal entretenu n’ont pas répondu à la vue tardive d’un bus à l’arrêt au milieu de ma descente effrénée de la rue de la Foresterie. Le choc a été violent, la mort immédiate. Elle n’a pas épargné non plus le passager du bus qui venait d’en descendre et qui le contournait par l’arrière.

Dans l’assemblée, certains pleurent, d’autres somnolent ou tapent furtivement sur leur condensé rectangulaire de technologie. Et moi, entre mes quatre planches de sapin, je fais le calcul. D’ici une heure, je serai six pieds sous terre. En plus de la caisse en bois et de la gaine qui me contiennent, de mes habits de circonstance, c’est aussi trois amalgames dentaires en mercure, une prothèse en titane, 36 ans d’absorption de métaux lourds, de perturbateurs endocriniens, de pesticides, d’antibiotiques récurrents et autres résidus médicamenteux que l’on enfouira avec mon corps sous la terre et qui finiront dans les nappes phréatiques. C’est ironique, mais, même morte, je continue de …

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