10min

Nous ne sommes pas des virus

Racisme anti-asiatique. L’autre pandémie

illustration_pleinepage.jpg
Saehan Parc. CC BY-NC-ND.

Sung-Shim Courier est une journaliste belge. De quelle origine ? De Verviers, pourquoi… ? Elle a mangé des boulettes à la sauce chasseur toute son enfance, mais, dans l’espace public, elle est constamment renvoyée à son ascendance coréenne, à sa peau mate, à ses yeux bridés. Pour Médor, elle dresse le portrait du racisme anti-asiatique, parfois perçu comme affectueux ou « moins agressif » que d’autres discriminations. Le coronavirus, venu de Chine, a amplifié cette violence et, heureusement, amorcé une prise de conscience.

Janvier 2020, l’attention du monde entier est braquée sur Wuhan, la capitale de la province de Hubei, en Chine. Le hashtag JeNeSuisPasUnVirus fait son apparition sur les réseaux sociaux. Ce matin-là, je me trouve dans le métro, le nez sur mon téléphone. J’observe la naissance du mouvement militant qui dénonce la montée d’un racisme anti-asiatique en lien avec le Covid-19. Soudain, une voix, à deux mètres de moi, braille « Coronavirus ! ». Je lève la tête et me retrouve face à quatre garçons, entre 15 et 20 ans, hilares. Pause d’une demi-seconde, tilt. « Ah oui, c’est à moi que le garçon s’adresse », sourire, c’était le temps où nous pouvions encore distinguer le bas des visages dans les transports en commun. Je fais mine de me lever et lâche : « Si tu me traites encore de coronavirus, je te tousse dessus ! »

Je suis Belge, adoptée d’origine sud-coréenne, avec une particularité : je me considère Blanche. Selon l’association Racines coréennes, nous serions environ 4 000 adoptés coréens en Belgique. Je suis arrivée ici à 7 mois le 2 juillet 1986. Je ne parle pas la langue, je ne connais presque rien de la culture coréenne.

Sur le coup, cet incident me paraît sans importance. J’ai l’habitude de ce genre de remarques : « Vous parlez bien français pour une Chinoise », « Tu dis que tu es Belge, mais, en réalité, tu viens d’où ? », « Vous mangez du chien à …

Lire, en toute liberté

Cet article semble vous intéresser. Vous pouvez lire la suite à votre aise : c’est un cadeau. Nos contenus doivent être accessibles au plus grand nombre. La période d’essai d’un mois, gratuite et sans engagement, est également faite pour cela. Cependant, nous avons besoin d’être financés pour continuer notre projet. Si vous trouvez notre travail important, n’hésitez pas : devenez membre de Médor.

Un journalisme exigeant peut améliorer notre société. Voulez‑vous rejoindre notre projet ?

La communauté Médor, c’est déjà 2659 membres et 1730 coopérateurs

Médor ne vous traque pas à travers ses cookies. Il n’en utilise que 3 maximum pour la sécurité et la navigation.
En savoir plus