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Le ruisseau d’argent

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Site de la nouvelle usine Agfa-Gevaert.

Lucas Leffler. CC BY-NC-ND.

L’artiste Lucas Leffler revisite l’histoire de la photographie argentique dans un récit mêlant réalité et fiction. À partir des archives de la société Agfa-Gevaert, il nous raconte la quête d’argent liquide menée dans le Grensbeek, ruisseau situé aux abords d’Anvers.

Le long de la commune de Mortsel coulait autrefois un ruisseau. Traversant les champs de ce faubourg d’Anvers, le Grensbeek marquait (comme son nom l’indique) la frontière avec Berchem. Le cours d’eau, limpide à sa source, prenait à son passage à Mortsel des teintes sombres, charriant des boues noires sur des kilomètres. Surnommé de « Zwarte Kracht » (canal noir) par les habitants du coin, le cours d’eau devait en réalité sa coloration à du bromure d’argent.

Au début du XXe siècle, Anvers et ses environs sont en pleine expansion industrielle. L’usine Gevaert s’y implante en 1894. L’entreprise se spécialise dans les émulsions argentiques.

La production d’images explose et la demande de surface sensible aussi. Le nouveau fleuron industriel anversois augmente sa production, déversant des tonnes d’argent dans le ruisseau. Dirk Van den Poel, ancien travailleur de chez Gevaert, comme son père et son grand-père avant lui, raconte : « Peu de temps après la Première Guerre mondiale, Gevaert a commencé à rejeter ses eaux usées dans le Grensbeek. Les films étaient construits à base d’oxyde d’argent, et de nombreux éléments métalliques ont fini dans le ruisseau. »

En 1910, Gevaert produit pas moins de 100 000 mètres de pellicule 35 mm par mois. En 1920, son chiffre d’affaires est de 15 millions de francs belges et l’usine occupe des milliers d’ouvriers. Parmi eux, Thomas Van de Weyngaert a alors une idée en or : récupérer l’argent rejeté dans le ruisseau.

7 à 14 kilos par tonne

En 1927, cet outilleur de l’usine met son plan …

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