Namur, Sombre meuse
La capitale de la Wallonie cultive une image bourgeoise. Une façade que le photographe Pierre Rahier interroge en arpentant les quartiers populaires namurois. Ses images révèlent une ville bien plus fracturée qu’il n’y paraît.
De par sa situation géographique, Namur fut longtemps un lieu de villégiature des privilégiés : résidence occasionnelle des rois mérovingiens au VIIe siècle, cité marchande prospère à la fin du Moyen-Âge… Plus récemment, alors que les mines tournent à plein régime à Liège ou à Charleroi, la ville de Djoseph et Francwès se développe sur le secteur tertiaire et reste à bonne distance de la houille et des hauts fourneaux. Namur, repaire de nantis ?
Aujourd’hui encore, des indicateurs socio-économiques confirment cette impression bourgeoise. Le niveau de vie à Namur est meilleur que dans d’autres grandes villes situées le long de la Sambre ou de la Meuse. Les bénéficiaires de l’intervention majorée (BIM) namurois (24,06 %) sont moins présents dans la population locale qu’à Charleroi (35,54 %), Liège (37,02 %) ou Mons (27,76 %) ; une part moins importante de sa population bénéficie d’un revenu d’intégration du CPAS et le revenu médian y est plus important.
Pour autant, le Namur que photographie Pierre Rahier n’est pas de l’ordre de cette « cité de riches » que l’on imagine. L’artiste met en lumière l’ambivalence de la « merveille sinistre et galante » que décrivait autrefois Baudelaire. Charmante par sa citadelle imaginée par Vauban, triste par les tentes Quechua qui se cachent sur les flancs de l’édifice, faute de place dans les abris de nuit.
Non, Namur n’est pas que bourgeoise. Elle est aussi – et surtout – inégale. Les 46 quartiers qui composent la ville sont loin d’être homogènes. Promenez-vous dans le quartier de Bomel …