Corne de consultance
Illustrations : Freya Caris
Traduction : Thomas Lecloux
Textes : Kasper Nollet, Thor Deyaert (Apache)
Publié le
L’écheveau de règles qui entoure l’octroi de bourses européennes de recherche permet à des consultants de gagner gros en accompagnant les candidats. Le Conseil européen de l’innovation met en garde contre les « pratiques agressives » de ces conseillers. Et des voix s’élèvent pour demander qu’un système plus simple et équitable mette fin à ce « gaspillage inacceptable de moyens publics ».
Une bourse de recherche de la Commission européenne peut faire basculer la vie d’un scientifique ou d’un entrepreneur. Depuis 1984, l’Europe soutient des projets de recherche de pointe dans le cadre de programmes de financement successifs. Le programme actuel, appelé Horizon Europe, alloue quelque 95 milliards d’euros et court jusqu’en 2027.
Décrocher une telle bourse est cependant tout sauf simple : pour soumettre un dossier, les candidats doivent traverser un dédale de formulaires, de procédures administratives et de clauses en petits caractères. Et une fois leur dossier soumis, pas question pour les chercheurs de se reposer sur leurs lauriers, car la concurrence est rude.
Au début des années 2000, cette complexité a offert un terrain fertile à de nouveaux acteurs : des cabinets de conseil qui aident les chercheurs à rédiger le dossier parfait et à coordonner leurs consortiums internationaux.
Ces consultants en subventions peuvent gagner gros : depuis 2021, des dizaines de millions d’euros leur ont été versés. Souvent, il s’agit de fonds publics censés soutenir des projets de recherche scientifique présentant un intérêt sociétal. Au fil des années, ces consultants ont aussi acquis – notamment par le lobbying – une grande influence sur la politique de subventionnement de manière générale.
Les détracteurs de ce système y voient non seulement une dépense inefficace de deniers publics, mais aussi un symptôme d’un problème plus profond : le fait que l’approche européenne de la recherche donne plus de poids à la concurrence et au potentiel de marché qu’à la recherche ouverte …