Voyage à Belgoville
Une colonie belge au Canada
Comme un air de Seraing outre-Atlantique. L’histoire d’une usine, la Belgo-Canadian Pulp and Paper Company, créée au tournant du XXe siècle avec des capitaux belges, devenue aujourd’hui un tas de ruines, dans lesquelles se lisent les conséquences de l’expansionnisme colonial. Au bord d’une rivière québécoise fougueuse, rencontre avec des capitalistes belges assoiffés d’argent, des autochtones qui se battent, et une vision du progrès qui s’écroule.
Des peluches accrochées à un gril­lage. Des gerbes de fleurs qui se dessèchent au soleil. Et derrière le touchant mémorial, le décor du drame : des murs à moitié effondrés couverts de graffitis, des hangars vides rongés par l’humidité et des vitres cassées. C’est une usine qui a pris la vie de Victoria, un jour d’avril 2025. Ou, plutôt, ce qu’il en reste depuis qu’elle a fermé ses portes, il y a dix-huit ans. Une usine dont le nom sentait la Belgique, même si elle était posée à des milliers de kilomètres de là, au creux de deux collines, dans la petite ville québécoise de Shawinigan.
Ici, on parle de la « Belgo » comme d’une vieille amie disparue. Bâtie avec des capitaux belges, au tournant du XXe siècle, son odeur de chou mêlée de vapeurs d’œuf pourri, caractéristique des papeteries, a imprégné le quotidien de générations d’ouvriers québécois au verbe coriace et à la peau dure. Aujourd’hui, ses ruines sont un terrain de jeu pour les artistes amateurs de « ruin porn » et les jeunes en quête de frissons dans une petite ville de province où il ne se passe pas grand-chose.
Victoria, 15 ans, est entrée ici avec une amie. Elle est montée sur un silo qui tenait encore debout, bravade d’adolescente. Une échelle mène tout droit au sommet, comment résister ? Une fois en haut, elle a glissé. À l’endroit où les pompiers ont extirpé son corps, à mi-hauteur de la tour blanche, il y a …