Pronostic vital engagé
Soins palliatifs à domicile
« On ne parvient plus à remplir notre mission ! » C’est le cri d’alarme des équipes de soins palliatifs à domicile en région bruxelloise. Entre sous-financement, crise globale du système de santé et attentisme politique, le secteur est au bord de la rupture. Les conséquences sont concrètes : les soignants s’épuisent et des patients meurent sans l’accompagnement garanti par la loi.
Plus tôt dans la journée, Noë (iel), « infi » spécialisé en soins palliatifs, faisait encore des blagues auxquelles riait sa patiente, une septuagénaire d’origine marocaine, flanquée de ses deux filles. Toutes trois réfugiées au premier étage climatisé d’un immeuble vétuste, proche de la gare du Midi à Bruxelles, elles s’efforçaient d’oublier à la fois la canicule et les pinces du « crabe » occupé à tisonner les intestins de la vieille Berbère. Cette dernière, la main parcheminée agrippée à celle de Noë, égrenait les ingrédients de sa meilleure recette de couscous, espérant se distraire de sa douleur lancinante.
À présent, Noë, qui travaille pour l’asbl Sémiramis, se tient au chevet de Lucas (prénom d’emprunt), 25 ans. Changement radical de décor et d’atmosphère, devenus soudain cliniques. Dans la pièce qui jouxte le vestibule d’une maison de maitre, située dans le très chic quartier du Châtelain, le mobilier de décoration a fait place à un lit médicalisé. Couché sur les draps écrus, l’ainé d’une fratrie de trois enfants. Sa figure de porcelaine est recouverte d’un peu de mort. Sans doute parce qu’il tient à la regarder en face.