Inceste et adoption : le double tabou
L’inceste est l’une des agressions les plus difficiles à dénoncer. Mais, depuis 2020, ce tabou commence à se fissurer. En France, un enfant sur 10 en aurait été victime. Lorsqu’il se déroule dans une famille adoptive, le verrou serait-il encore plus compliqué à faire sauter ?
« Je devais avoir 10 ans, raconte Cathe, adoptée du Burundi. Mon grand frère est entré sans bruit. J’ai fait semblant de dormir. Il a enlevé les draps, puis mon pyjama. Il a glissé une main entre mes jambes. Et là, j’ai fait semblant de me réveiller. Il m’épiait aussi dans la salle de bain. J’ai toujours eu peur qu’il ne me viole. Mes parents ne m’ont jamais crue. »
En mai 2007, Cathe se rend dans un commissariat de la province de Liège. Mineure, elle veut déposer une plainte pour coups et blessures volontaires contre son père adoptif et espère dénoncer les agressions de son frère. Dans le P-V de l’audition, que Médor a pu lire, elle n’est pas entendue en tant que victime mais en tant que… « suspecte ». Le policier qui la reçoit lui demande si elle n’a pas l’impression de faire du mal à ses parents. « Ce policier vient de faire l’inventaire de tous les coups que j’ai reçus et tout ce qu’il retient de ma déclaration, c’est que mes parents sont forcément des gens bien puisqu’ils m’ont adoptée, déplore Cathe. Tout à coup, par la fenêtre de ce petit commissariat de campagne, je vois passer la tête de mes parents. Ils sont venus me chercher. Je comprends qu’il les a appelés pendant une pause lors de notre entretien. »
Youn, adoptée de Corée du Sud, a, elle aussi, porté plainte. C’était en 2009. Sans succès : les faits étaient prescrits.
« Je savais que …