L'opioïde du peuple

En 2018, vous avez été plus d'un million à prendre un médicament opioïde en Belgique. Ces substances puissantes (plus connue sous le nom d'Oxycontin, Durogesic ou Contramal) sont à éviter dans le traitement des douleurs chroniques.

Médor récolte les témoignages des patients traités par ces médicaments dans le cadre de douleur chronique. Êtes-vous correctement suivi ? Ces substances sont-elles bénéfiques dans votre traitement ? Vous sentez-vous accro ? Si vous aussi vous avez pris ce médicament, ou si vous connaissez l'expérience d'une personne traitée, ajoutez votre voix au témoignage.

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Une cartographie réalisée par Jetpack.ai (Karim Douïeb - datavisualisations) et Olivier Bailly (textes) avec le soutien du Fonds pour le journalisme. À consulter sur grand écran.

Tous les témoignages

Témoignage de Durnal

Bonjour, Suite à une opération du genou en 2015, je souffre de douleurs chroniques neuropathiques. D'abord situées au genou, elles s'étendent maintenant à toute la partie gauche du corps. Après plus d'un an de patchs de morphine dont les doses ont été augmentées mois après mois, je suis passé au Fentanyl en patch également. Sur le début, les effets étaient bons, j'avais même repris quelques petites activités ( l'explication était que c'était une autre molécule donc on bernait le cerveau et les capteurs de douleurs ) mais au bout d'une année les effets négatifs avaient déjà largement repris le dessus ( trous de mémoires, grandes périodes d'insomnies suivies de périodes de somnolence incontrôlées ( pas très pratiques quand on a 2 enfants de bas age ). Depuis 1an, je suis suivi par la clinique de la douleur de Charleroi, où j'ai 1X par mois une perfusion de Ketalar ( Kétamine ) qui endort (drogue) les capteurs de douleurs pendant 4 a 10 jours. et pour le reste du mois je prends de L'oxynorm Instant ( +/- 40Mg/jour pour le moment) mais comme pour le reste, les dosages sont évolutifs tant le corps s'habitue extrêmement vite. Jusque là, je n'ai eu aucun espoir de guérison définitif ni rien de concret pour me soulager vraiment. Tout au plus choisir le moins pire pour tenter d'avoir un semblant de vie. Un psy m'a dit un jour " Choisir c'est renoncer " Mon choix actuel se pose entre : - Etre dans un état végétatif constant mais douleur de 2 ou 3 /10 ou être + conscient de ce qui se passe dans ma vie de tous les jours mais osciller entre 6 et 9,5 de douleur au fil des jours. Je continue d'espérer un jour trouver le traitement miracle qui me permettra de retrouver un équilibre de vie, mais après 4 ans de combat, ce n'est toujours pas le cas.

Gerald

Témoignage de Sambreville

J'ai 50 ans mais le dos d'une personne de 70 ans. Des cartilages en très mauvais état.Cela induit des douleurs dans les jambes, le dos, les bras. Tous les jours. Aucune position, aucune médecine alternative ne me soulage. Depuis 5 ans j'utilise du fentanyl ou durogesic 50mg/1 patch tous les 3 jours. Avant ça, je ne vivais plus, j'étais une morte vivante, j'ai fait 3 tentatives de suicide. Pas parce que je voulais mourir, mais parce que je ne voulais plus souffrir. Ce n'est pas la même chose. Ce médicament m'a sauvée. J'ai encore mal mais c'est supportable, grâce à ce patch, j'ai recommencé à travailler, à sortir, à vivre tout simplement ! Quand je vois dans les médias toutes les conneries qu'on raconte sur les opioïdes, j'ai envie de hurler. Ceux qui écrivent ça ne savent pas ce que c'est que vivre en souffrant. Se lever chaque matin en sachant qu'on va avoir mal toute la journée et s'endormir le soir en sachant que ce sera pareil le lendemain...quand on arrive à dormir car il arrive qu'on aie mal toute la nuit...On devient FOU, tout simplement. Je ne suis pas accroc, je n'ai aucun effet secondaire. Sans ça, les douleurs sont insupportables et la vie ne vaudrait pas la peine d'être vécue. Et ceux qui racontent qu'il faut augmenter les doses de plus en plus, c'est faux ! J'ai déjà rencontré un médecin qui voulait me sevrer. Mais pourquoi ? Il a fallu des années avant de trouver une solution à mes problèmes, pourquoi devrais-je m'en passer ? Je fuis les médecins qui veulent me sevrer, on voit bien que ce n'est pas eux qui souffrent tous les jours !

Capucine

Témoignage de Bastogne

Je prends depuis 5 ans des comprimés de Tramadol/paracetamol 37,5/325 mg prescrits par un chirurgien orthopédiste pour atténuer des douleur cervicales uniquement lorsque je fais des sorties à vélo 3 à 4 fois/semaine mais pas en hiver. Depuis, mon médecin traitant me prescrit ce médicament en continu de manière à ce que je puisse en disposer. La douleur aux cervicales n'est pas chronique mais systématique lorsque je fais du vélo (de course) et dans les heures qui suivent. On ne m'a jamais informé des effets secondaires et du risque d'addiction mais mon médecin traitant me connaît. Il sait que je ne ferai pas du médicament une utilisation exagérée. Je prends systématiquement un comprimé avant chaque sortie à vélo (50 à 60 km) avec en plus sur conseil du médecin traitant 500 mgr de Dafalgan comme complément pour améliorer l'effet. L'effet est pour moi efficace (il m'est arrivé de me rendre compte que j'avais oublié le médicament lorsque la douleur apparaissait en cours de route) L'effet psychotrope est manifeste, je me sens de meilleure humeur, détendu, positif mais malgré les doses limitées (un comprimé) prises le plus souvent le matin, j'ai du mal à trouver le sommeil. Un autre effet chez moi que je qualifierais de paradoxal : lorsque je suis au calme à ne rien faire, après avoir pris le comprimé,je ressens une envie de dormir mais si je travaille ou je fais du sport, j'ai l'impression que mon énergie est décuplée et je ne sens plus la fatigue. Je suis habitué à ce médicament et je n'ai aucun problème lorsque j'arrête d'en prendre en automne ou en hiver. J'ai seulement peur que son utilisation systématique n'affecte progressivement certains de mes organes.

Charles

Témoignage de Purnode

En 2001, 2002, j'étais étudiant à Bruxelles. J'ai un nerf coincé cervical, médecin de famille, à Purnode prescrit du Contramal en goutte. Mes grands-parents prenaient déjà du Contramal. Ce médicament était chez mes grands-parents. Moi je ne savais pas ce que c'était. J'avais extrêmement mal et il m'a dit que c'était très efficace. Sur les doses, il était extrêmement laxiste. La posologie dit que tu ne dois pas dépasser telles doses mais si tu as mal. Cela m'empêchait de dormir, j'avais beaucoup de nausées. Assez paradoxalement, je l'ai pris pendant deux semaines allongé dans le divan, comme un zombie. J'avais aussi du Dafalgan codéine et je ne m'en privais pas. Puis j'ai repris les cours. Je m'en faisais prescrire tant que je voulais. Le docteur en mettait même en réserve, cela partait d'un bon sentiment, il voulait bien faire...Certains soirs à Bruxelles, plutôt que faire la fête, je me faisais des soirées Contramal. J'augmentais les doses. Je ne savais pas qu'il y avait une accoutumance. Cela a duré quelques années, jusqu'à ce que j'ai eu de l'argent pour faire la fête. C'était assez compliqué d'arrêter parce que c'était un substitut assez chouette. J'en avais besoin pour me détendre. J'étais plus nerveux que d'habitude.Avec le recul, je m'en sors sans dommage, mais je n'ai pas été correctement accompagné à l'époque. J'ai été dirigé vers la solution miracle. En 2017, j'ai eu le même nerf coincé, un autre médecin (du côté de Dinant) m'a prescrit du Tramadol. Quand je l'ai pris, j'ai ressenti les effets d'époque et là, j'ai retrouvé l'aspect paradoxal du bien qui fait mal. J'ai appris que c'était la même molécule, j'ai refusé de continuer le traitement. Je ne voulais plus retomber là-dedans. Le tramadol est vraiment un danger (et ses dérivés aussi). J'ai vu ses ravages dans mon entourage et sur moi. On me l'a prescrit vraiment trop vite.

Philippe (nom d'emprunt)

Témoignage de Dottignies

Algotra OU contramal retard (tous deux contiennent du tramadol) prescrits par une rhumatologue pour des douleurs chroniques dans le cadre d’une maladie auto-immune inflammatoire chronique qui provoque des douleurs articulaires (spondylarthropathie périphérique) Certaines articulations provoquent des douleurs insoutenables. J’ai dû changer 3 fois de traitement de fond, ceux-ci mettent plusieurs semaines à agir. Dans l’intervalle je suis obligée de prendre du tramadol. J’ai horreur de prendre ça, je me sens mal (vertiges, sensation d’être droguée, abattue, manque d'élan). Les douleurs chroniques rétrécissent déjà la vie mais ce traitement aggrave le problème. Mais si les autres antalgiques et anti-inflammatoires n’agissent pas et que les douleurs sont terribles, on est obligés de prendre ça ! J’en prends depuis 6 mois (début de la maladie) mais pas tous les jours, sauf dans les phases très douloureuses. J’essaie d’en prendre le moins possible, le moins souvent possible et la plus faible dose possible. Je ne prends pas ça d’office: j’attends d’avoir mal. Si la douleur est supportable, je ne le prends pas. J’essaie toujours de commencer par un demi mais je dois parfois augmenter. Dès que les douleurs sont plus supportables, j'arrête. Par exemple là je n’en prends pas depuis 10 jours car j’ai un nouveau traitement de fond qui commence à faire de l’effet. Je ne me sens pas dépendante vu que je déteste en prendre car je ne supporte pas l'état dans lequel ça me met. Mais je comprends que des gens puissent devenir accro s’ils aiment la sensation d’être dans le coton.

Alexandra

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