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5 × 4 = 20

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Jérôme Degive. CC BY-NC-ND.

Médor, c’est avant tout une histoire collective, un projet horizontal, à hiérarchie tournante, réalisé avec des logiciels et des collaborateurs libres. Vous aimez Médor ? En voici les cuisines.

Des attentats au Covid-19-20

Du lockdown au confinement, de Fornieri à Fornieri. Médor aura bientôt cinq ans et, il faut l’avouer, la société n’a pas tellement changé. Le 20e numéro de votre magazine sort dans un climat aussi désespérant que le n°1, au lendemain des attentats de Paris. La peur dans la rue quand une petite dame tombe au sol et que l’entourage clairsemé se méfie d’une contamination – à l’époque, c’était la peur de l’autre, le regard sur son sac, ses mains, ses yeux. Pour ce 20e bouclage, nous avons retrouvé le goût du risque. À « plusieurs »1, l’équipe de Médor s’est réunie en « présentiel », comme on dit désormais, savon à l’entrée, masque au vestiaire et les centimètres de la prudence raisonnable pour choisir – face à l’écran 13 pouces – le titre qui valorise l’illu, ou vice versa. Pour le 19, c’était chacun chez soi et le lecteur pour tous.

François qui ?

François Fornieri ! Le patron de la firme pharmaceutique Mithra avait fait notre pub en novembre 2015. Il avait soumis à la justice une demande de censure de Médor, avant même la sortie de notre enquête sur « Le goût amer » de ses pilules contraceptives. Un tribunal des référés lui avait donné raison, avant qu’une juge annule cette décision inédite et largement médiatisée. Aujourd’hui, Fornieri doit encore en sourire. Mis en avant par les gouvernants wallons en tant que modèle à suivre, le manager de l’année 2011 monte en notoriété même quand on parle mal de lui. Les conflits d’intérêts, les soupçons de fraude fiscale, les auditions judiciaires ? Fornieri poursuit sa course en tête : cet été, il a pris (aussi) le contrôle du Standard de Liège, club de foot habitué aux visites de police. Pour ses cinq ans, Médor peut espérer le scalp de Donald Trump, mais Liège reste Liège…

2023, la rentabilité

« Nous avons les moyens de vivre un an, écrivions-nous en édito du premier numéro. Nous ne pouvons pas promettre la réussite de l’entreprise. Mais personne ne pourra dire qu’on n’aura pas essayé. » Là, c’est sans trembler que nous pouvons annoncer que Médor fait mieux que survivre. Il a publié quatre numéros par an, soit 20. Son plan financier tient la route. Oh, pas le même plan d’affaires que celui de Fornieri, qui n’était pas « là » (même en virtuel) à notre assemblée générale annuelle du 13 juin dernier. Mais nous suivons un programme budgétaire pluriannuel, approuvé par nos coopérateurs, qui recapitalise l’entreprise, soutient ses investissements sur le web et nous permet d’avoir les liquidités nécessaires pour viser la rentabilité en 2023.

Petit message personnel, au passage : tout coopérateur ou nouveau « propriétaire » de Médor qui souhaite augmenter sa participation d’ici à la fin décembre nous aidera doublement. Ce montant global sera multiplié par deux par W. Alter (ex-Sowecsom), qui soutient les projets de coopératives en Région wallonne.

Coup de pouce

Sur le web, notre coopérative est à l’heure du premier bilan, un an après avoir lancé sa nouvelle plateforme, organisé quatre Médor Tours et diffusé cinq séries thématiques (lire aussi p. 125). Constatant l’augmentation de ses abonné·e·s, Médor va développer sa vocation participative. Et cela va encore mieux quand on reçoit un petit coup de pouce – de 31 160 euros, tout de même. En juillet, Médor a appris qu’il était l’un des 16 lauréats (sur 94 candidatures) retenus par la Région bruxelloise dans le cadre de son aide aux « projets innovants développés par des entreprises sociales et démocratiques ». Notre modèle reste fragile. Mais il se solidifie, s’enrichit, se diversifie. Et c’est le principal à nos yeux.

L’homme ouvert

Bernard Stiegler, philosophe français, est décédé le 5 août dernier. Sa pensée indépendante et autodidacte, ses écrits majeurs sur le numérique et sa vision contributive de l’économie ont été, pour Médor, d’importantes sources d’inspiration et le resteront. Il fut l’un des premiers à avoir cru en notre projet. En 2014, il nous soutenait publiquement par ces mots : « Voici un projet qui veut réinventer la vie éditoriale à l’écart du mimétisme généralisé. C’est une très bonne nouvelle pour tous ceux qui s’inquiètent de la disparition annoncée de l’Europe intellectuelle et artistique qui résulterait immanquablement de son renoncement à inventer son avenir éditorial. »

Merci à lui.

(1). Six était le maximum réglementaire, en ces temps d’état d’urgence prolongé, où nos libertés sont limitées par un gouvernement provisoire.

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