Médor n°4

Éditorial
​Tâter le terrain
Médor
Dans les colonnes du Monde du 2 juillet1, le journaliste Samuel Laurent posait un douloureux constat pour la profession: dans la bataille démocratique, les faits sont morts. Paix à leur âme… (...) À Médor, notre réponse à ce défi passe par une structure réinventée – la coopérative, les postes de responsabilité éditoriale tournants, un plan financier digne et transparent – mais aussi par une façon de chercher et de livrer l’information. Il s’agit moins de «réinventer» le journalisme que de revenir aux sources des pratiques: une déontologie et des méthodes éprouvées qui donnent les moyens d’appréhender les faits, de les mettre en doute, avec «une intention d’impartialité» pour reprendre les propos du philosophe français Paul Ricœur.
Dans le Médor n°4 sur les pages 1–2 et également disponible en ligne .
Trait belge
La fonte des traces
Pierre Huyghebaert
Façonnées par la fille d’un lettreur sur vitrine schaerbeekois, les lettres de la fonte1 Crickx ont marqué durablement le paysage visuel de cette commune bruxelloise. Une histoire de famille et de quartier qui en raconte une autre : celle d’une typographie vernaculaire.
Dans le Médor n°4 sur la page 3 .
Le sexe de Médor
Sexe, poivre et sel
Chloé Andries
Ménopausée, un peu ridée, plus vite fatiguée, Christine1 vient d’avoir 60 ans. L’âge où l’on troque définitivement le sexe contre la seule tendresse ? Pas vraiment, en 2013, les Belges de 55-65 ans avaient davantage « déclaré » de rapports sexuels sur les douze derniers mois que les 15‑24 ans2. Alors, Christine, tu baises ?
Dans le Médor n°4 sur les pages 6–8 .
Récit
La voie Roumaine
Par Benjamin Moriamé
Illustrations: Pia-Mélissa Laroche
Alors qu’une pénurie de médecins frappe la Belgique et surtout la Wallonie, la limitation du nombre d’étudiants est de plus en plus drastique. Pour éviter le système belge de sélection, des étudiants fuient en Roumanie, où la médecine est enseignée en français, diplôme européen à la clé.
Dans le Médor n°4 sur les pages 10–17 .
Fulguro-Point
Biche boy
Boris Krywicki
Musicien, styliste, dessinateur, danseur… Jean-Biche touche à tout. Mais surtout à son corps, auquel il ajoute volontiers des atours féminins. Devenu créature, il questionne la norme, les diplômes et leurs balises dans un tourbillon inarrêtable, des milieux underground bruxellois jusqu’aux lumières soyeuses des scènes parisiennes.
Dans le Médor n°4 sur les pages 18–19 .
Enquête
Quelques lettres pour Leila
Par Olivier Bailly
Illustrations : Sukrii Kural
L’an passé, point d’orgue médiatique de l’exil syrien : l’image du petit Aylan au pull rouge, le visage contre le sable. Nous sommes début septembre 2015. C’est le mois de rentrée pour les « Aylan » qui ont réussi à atteindre la Belgique. Pendant un an, Médor a suivi une classe « Daspa ». Ce dispositif d’accueil scolarise les mineurs étrangers présents depuis moins d’un an en Belgique. Bienvenue dans la classe de Babel avec sept ados syriens, avec Chadi, Sara, Samir. Et avec toi, Leila.
Dans le Médor n°4 sur les pages 20–27 .
L’infortune des mots
« Les Belges ont un moral de biscotte »
Luc Delfosse
L’été est fini, et avec lui les jeux du cirque et leur gavage en règle, qui n’auront même pas réussi à remplir nos cerveaux disponibles de l’euphorie lénifiante attendue. Avant de réenfourner notre pain ranci quotidien, savourons quand même la petite « biscotte » que ces jeux nous auront laissée malgré eux.
Dans le Médor n°4 sur les pages 28–29 .
Lobbycratie
La science sous pilule
Martin Pigeon
Dans mon travail d’observation des lobbies européens, la science est un argument récurrent des industriels pour tenir le politique à distance, convaincre les fonctionnaires européens qu’ils partagent leur vision technique du monde, loin du « populisme ». Sauf que... les industriels ne défendent pas la science mais leurs produits.
Dans le Médor n°4 sur les pages 30–32 .
Enquête
Sur la piste du Bison
Par Philippe Engels
Illustrations: Quentin Duckit
Les rois du béton ont enfourché une monture bizarre. De grandes firmes belges ont misé sur le « Gruppo Bison » pour arracher les derniers beaux marchés de la construction : le grand hôpital de Liège ou la Rive Gauche de Charleroi, qui se dressent en ce moment. La manœuvre ? Du dumping social intensif à la sauce italienne, via l’embauche de travailleurs indiens, égyptiens ou kosovars exportés à très bas coût. Tout le secteur de la construction paraît contaminé par le virus du low cost, la grande faucheuse d’emplois… Enquête sur chantiers, les pieds dans la gadoue.
Dans le Médor n°4 sur les pages 34–45 .
Petite data
Le kiki de Wiki
Loraine Furter et Anne-Laure Buisson
Dans le Médor n°4 sur les pages 46–47 .
Enquête
le fragile recyclage des hommes d’acier
Par Delphine Bauer et Hélène Molinari
Photos: Thomas Freteur
En 2013, le sidérurgiste ArcelorMittal supprime 1 300 emplois dans le bassin liégeois. Pour amortir le choc, Région wallonne et syndicats se montrent « créatifs ». Le plan social se mue en un véritable creuset expérimental. En 2016, les « créations » sont terminées. Des centaines de travailleurs en ont profité. Ou en ont fait les frais.
Dans le Médor n°4 sur les pages 48–58 .
Étude du milieu
Le loup, une ardeur d’avance
Isabelle Masson-Loodts/ Collectif Huma
Disparu de nombreuses régions d’Europe au cours des deux derniers siècles, le loup y fait depuis quelques décennies sa réapparition. Son retour en Wallonie, encore inimaginable au début des années 2000, semble désormais imminent. N’est-il pas temps de nous y préparer ?
Dans le Médor n°4 sur les pages 60–61 .
Médor à colorier
Yvette
Dans le Médor n°4 sur les pages 62–63 .
L’enquêteke
Comme on nous parle
Céline Gautier
Quand on s’ennuie chez Médor, on lit des textes de loi. Et que découvre-t-on ? Que le roi des Belges nous balance des « salut ». « Salut » ? Et pourquoi pas « Coucou les jeunes », tant qu’on y est ?
Dans le Médor n°4 sur la page 64 .
Reportage
La loi de la jungle
Quentin Noirfalisse CC BY NC-ND. Illustrations: Lucie Castel
Dans le Médor n°4 sur les pages 66–78 .
Portrait
Le féminisme à l’usine
Par Céline Gautier. Illustrations: Camille Lavaud
Dans les années 70, bien avant les Femen, des groupuscules féministes chahutaient les conférences antiavortement et attiraient l’attention des médias en chantant l’égalité. Jeanne Vercheval, douce arrière-grand-mère de La Louvière, était l’une de ces joyeuses femmes pirates. Son mouvement, les Marie Mineur, a secoué le monde ouvrier.
Dans le Médor n°4 sur les pages 80–87 .
Photo
Palimpseste
Par Philippe Braquenier
Les paroles s’envolent, les écrits restent. À l’ère numérique, le vieil adage ne tient plus la route. Abondance d’information, instabilité du support, privatisation des données : les défis posés à la conservation de la mémoire collective
de l’humanité sont inédits et préoccupants.
Dans le Médor n°4 sur les pages 88–101 .
Récit
L’Agence tous risques zéro
Par François Corbiau. Illustrations: Jérémy Piningre
Hygiénisation à outrance de nos consommations, massacre des productions artisanales, cheval de Troie de l’agrobusiness. Dix-sept ans après la crise de la dioxine, l’Agence fédérale pour la sécurité alimentaire (Afsca) n’a jamais été autant critiquée. À tort ? Plongée estivale dans le lait cru et la NASA.
Dans le Médor n°4 sur les pages 102–107 .
Moment flamand
Le nouveau western flamand
Par Rik Van Puymbroeck
Traduction : Thomas Lecloux
Photos : Tim Dirven
Adieu veaux, vaches, cochons... En Flandre, les chevaux seraient-ils l’avenir d’une agriculture en crise ? Ou, au contraire, signeraient-ils l’arrêt de mort d’un secteur au bord de la faillite ? 200 000 équidés, 800 millions d’euros de chiffre d’affaires annuel : une chose est sûre, l’évolution est en route. Elle porte même un nom, entré dans le dictionnaire : la « chevalisation ».
Dans le Médor n°4 sur les pages 108–115 .
Entretien
Lolita grave
Par Chloé Andries et Olivier Bailly. Photos: Colin Delfosse
Insaisissable Lio. Non, ce n’est pas une formule vite écrite. Lorsqu’on a ren­­­contré Vanda (c’est son prénom) ce matin d’août pluvieux, dans un vieux bistrot bruxellois, on s’attendait à tout. On s’était repassé ses succès, revu cette sensualité, ses tenues folles, ses combats crus contre les violences faites aux femmes, son parcours cinéma avec les films de Claude Lelouch ou de Yolande Moreau, mais aussi ses concerts très rock, très cuir des dernières années avec le groupe belge Phantom, ses allers-retours entre les plateaux de la Nouvelle Star et les bars miteux de campagne. On avait lu cette phrase d’une figure du MLF (Mouvement de libération des femmes), Antoinette Fouque : « Lio garde le tempo d’une libération permanente plutôt que de s’ériger en femme libérée. » La femme qu’on a rencontrée est un tourbillon de paroles, d’émotions. En cinq heures d’interview, on a vu Lio ou Vanda (on ne sait toujours pas) se marrer, pleurer, gueuler, nous attaquer, nous adorer. Lio, 54 ans, se raconte comme elle vit, renvoyant l’idéologie à ses études, convoquant son parcours de vie pour justifier ses positions, changeantes au gré des années. Lio, de la lolita Banana Split à la Star 80 aux cheveux blancs, parle enfin, surtout, d’un corps de femme envié et maltraité. Un corps qui a traversé les années post-Mai 68 avec ce goût excitant, mais amer, d’une liberté abusive. On a rencontré une femme triste. Et qui ne nous l’a pas caché.
Dans le Médor n°4 sur les pages 116–123 .
Aire libre
La vue est libre
Tu as pris une photo d’une façade Victor Horta (avec un Pokémon à côté, peut-être) et l’as postée, fier comme Artaban, sur Facebook ? Jusqu’en juin dernier, ce geste te faisait flirter avec l’illégalité. Heureusement pour toi, la liberté de panorama est passée par là et a dégagé ton horizon.
Dans le Médor n°4 sur les pages 124–125 .
Le nombril de Médor
Les copains, le fakir et les punks
Médor, c’est avant tout une histoire collective, un projet horizontal, à hiérarchie tournante, réalisé avec des logiciels libres à 19 personnes… Du coup, parfois Médor, c’est aussi une histoire drôle. Vous avez aimé Médor ? En voici les cuisines.
Dans le Médor n°4 sur les pages 126–127 .