Entretien

Ligue des droits humains. Libertés en péril (Extrait)

Rencontre avec Olivia Venet et Alexis Deswaef

L’avocat Alexis Deswaef a présidé la Ligue des droits de l’homme pendant six ans. Il était là avant les attentats qui ont frappé Paris et Bruxelles. Il a vu ce qu’était un gouvernement avec ou sans la N-VA. « On est passé à l’austéritaire », dit-il. Serrage de vis budgétaire et sécuritaire. Avocate elle aussi, Olivia Venet a succédé à son collègue il y a un an. Avec le passage de flambeau, la Ligue a remplacé dans son nom les « droits de l’homme » par les « droits humains ». Une manière de rappeler que son combat est aussi féminin et collectif. « On ne défend pas seulement les hommes blancs, de 50 ans et portant la cravate », sourit-elle. Avec l’ancien et la nouvelle présidente, Médor aborde la question des droits et des libertés sur le temps long. À moins qu’il y ait urgence ? « C’est la première fois depuis longtemps qu’un gouvernement ose toucher aux droits fondamentaux. »

Sous le gouvernement sortant, on a subi les attentats terroristes, les militaires sont descendus en rue, la collecte des données personnelles s’est renforcée. Passe-t-on dans une autre forme de société, celle de la surveillance et de la sécurité ?

Alexis Deswaef : On y est déjà. En 2014, dès l’arrivée de la N-VA au pouvoir, le ministère de l’Intérieur et de l’Égalité des chances a changé de nom. Il est devenu le ministère « de la Sécurité et de l’Intérieur ». Jan Jambon s’est présenté en Flandre comme le « Veiligheidsminister »1. Cela sonne bien à l’oreille de son électorat, sans aucun doute. Ça en dit long sur le changement d’ère.

Le changement de politique a été si radical, d’Elio Di Rupo, Premier ministre fédéral de 2011 à 2014, à Charles Michel, qui lui a succédé depuis et s’est allié avec les nationalistes de la N-VA ?

Olivia Venet : Nous dénonçons depuis très longtemps la surveillance de masse et la collecte exagérée de données personnelles. C’est critiquable sur les principes et inefficace dans les faits. Cette logique sécuritaire remonte au 11 septembre 2001, bien avant les attentats de Paris et de Bruxelles. Mais il y a un effet N-VA. Avant 2014, il semblait impensable de s’attaquer aux droits humains. Qu’un parti membre d’un gouvernement démocratique sollicite une remise en question de l’application de l’article 3 de la Convention européenne des droits de l’homme, qui interdit la torture et les traitements inhumains ou dégradants, est extrêmement inquiétant.

(...)

Suite de l’entretien qui résume en quelques pages l’état de la Belgique et des droits et libertés sur son territoire à lire dans Médor #14, dès le 6 mars !
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  1. 1 Traduction : ministre de la Sécurité