Enquête

Lobby chasse. Les seigneurs des Ardennes (Extrait)

En réunion, la chasse ne perd pas sa place

En France, les chasseurs mettent le feu. Nicolas Hulot, ministre de la Transition écologique, démissionne ce mardi 28 août 2018. La goutte d’eau qui fait déborder son vase ? La présence du lobbyiste Thierry Coste, conseiller politique de la Fédération nationale des chasseurs, lors d’une réunion à l’Élysée. Dans la foulée, Allain Bougrain-Dubourg, le président de la Ligue pour la protection des oiseaux (LPO), constate qu’Emmanuel Macron a reçu les chasseurs trois fois. Et lui ? Jamais.

Les acteurs de la chasse seraient-ils omniprésents en France ? Ils le sont en Belgique. Médor sort dans son numéro 12 (en vente dès le 5 septembre) une enquête sur le lobby de la chasse. Avec des présences  étonnantes à certaines réunions ministérielles… Voici un extrait de cette enquête.

Fin juin 2016. Namur. Rue d’Harscamp. Numéro 22. Réunion au cabinet de René Collin, ministre de l’Agriculture, de la Forêt, de la Ruralité, du Tourisme et du Patrimoine. Elle se passe dans une salle à l’étage du ministre. L’étage qui compte.

L’homme d’affaires Eric Domb (Pairi Daiza), accompagné de Benoit Coppée (CEO d’Investsud1 et propriétaire terrien dans la région) vient présenter Nassonia. Soit un projet innovant sur 1500 hectares, proposant une gestion intégrée et durable de la forêt. L’idée n’a pas encore été ébruitée. Un terrain à Nassogne est libre de droit de chasse. Ce projet pourrait s’y implanter. Les intentions restent vagues et il faut aller vite. L’ambiance décrite est plutôt « négative ». Bien qu’il soit plutôt favorable à Domb, le bourgmestre de Nassogne Marc Quirynen (cdH) se tient en retrait de la discussion. Les représentants de l’administration wallonne, les directeurs Jean-Baptiste Sieux et Catherine Hallet, se taisent (l’administration émettra une note positive vis-à-vis du projet par la suite). Parce qu’une personne présente à la réunion « s’est beaucoup exprimée et parle facilement ». Benoit Petit  mitraille le projet. Pas question d’instaurer un territoire sans chasse.

Benoit Petit est le président du Royal Saint-Hubert Club (RSHC), qui représente 4700 membres du côté francophone, pour 16 000 titulaires d’un permis de chasse en Wallonie. C’est le défenseur principal, si pas exclusif, du monde de la chasse.

Pourquoi le Ministre a-t-il invité cet acteur et pas Natagora, un représentant de la filière « bois », le tourisme ou la fédération des marcheurs ? Fallait-il réduire ces 1500 hectares concernés à un vaste terrain de chasse ? « Dans la mesure où le débat sur Nassonia s’est concentré sur le volet chasse, il était naturel de réunir autour de cette table informelle le Royal Saint-Hubert, la Section Chasse du Pôle ruralité (l’ancien Conseil Supérieur wallon de la chasse, Ndlr) », explique le cabinet Collin. Le chasseur, loin de la jouer profil bas, a tiré à boulets rouges sur Eric Domb. « Un comportement désolant pour accueillir une personne qui veut se mettre au service de la forêt wallonne. Le Ministre n’a pas bougé face à cette attitude » estime un proche du dossier. Benoit Petit préfère parler de maladresse…dans la communication d’Eric Domb. « Là on était un peu en difficulté, c’est que l’on sentait qu’à partir de là, on voudrait imposer ce type de gestion pour toute l’Ardenne. A lire les médias, Nassonia allait être la vitrine de la forêt wallonne. » Impensable pour les chasseurs.

Constatant le blocage, Eric Domb organisera rapidement une conférence de presse pour informer le public de son projet. En avril 2017, le patron de Pairi Daiza regrettera dans les colonnes du quotidien Le Soir qu’au niveau communal, « les promesses d’un dialogue valent bien peu face aux sirènes de l’argent facile et les pressions exercées par le lobby des chasseurs ».

La chasse, un lobby surpuissant ? Jean-Pierre Scohy, l’inspecteur général du DNF (département Nature et Forêt), est à la tête d’une administration qui dépasse les 800 personnes. Et il le concède : « Le Ministre écoute plus Benoit Petit que moi. Et, c’est symptomatique, quand il y a une modification des textes de loi, il est au courant avant moi ! » Dans son numéro d’avril 2014, la revue « Chasseur de l’Est » va plus loin et évoque, après un entretien avec Benoit Petit, un Royal Saint-Hubert Club « qui dicte, en fait, les grandes règles de la chasse en vigueur dans le pays ».

Lisez l’enquête intégrale sur le lobby de la chasse dans Médor, en vente dès le 5 septembre.

Avec le soutien du Fonds pour le Journalisme

  1. 1Investsud est une société d’investissement basée à Marche-en-Famenne, engageant des fonds en Wallonie pour financer des PME et entrepreneurs régionaux.