Trait belge Nos territoires graphiques

Une police du royaume

Dans ses pages, Médor profite d’un second souffle de la police Alfphabet. Ce caractère typographique belge des années 1940, encore vaguement utilisé par la SNCB, tend à disparaître.

À la fin des années 1940, le plan Marshall amène dans ses valises quelques contrats de signalétique routière pour la firme 3M et ses films réfléchissants. Le caractère typographique standard des panneaux routiers est baptisé, avec beaucoup d’inspiration administrative, « Alfabet » en néérlandais et « Alphabet » en français.

Vers 1970, l’augmentation de la vitesse sur les routes demande une plus grande lisibilité des panneaux routiers. Le graphiste barbu Michel Olyff et des scientifiques de l’université de Louvain développent alors un système typographique alternatif plus en phase avec les goûts et les besoins de l’époque. Mais, bardaf, le prix qu’ils demandent (800 000 francs belges de l’époque) dépasse de loin l’ambition du fonctionnaire responsable. Il opte derechef pour la police routière suisse, la SNV, gratuite, elle !

Trente ans plus tard, l’Alfphabet indique toujours l’entrée en gare de Bruxelles-Nord, la direction de Jandrain-Jandrenouille ou quelque déviation/wegomlegging. La SNCB, qui a continué benoîtement à l’utiliser jusqu’à présent, commence à l’abandonner, au hasard des rénovations (voir pages 10 à 21) et au profit d’internationales polices bien lisses ou de copies bien nazes.

Pierre Huyghebaert Art libre, CC BY-SA

Médor utilise parmi d’autres fontes libres une version de l’Alfphabet redessinée à Beyrouth et à Bruxelles depuis la fin des années nonante. Elle est disponible avec plus d’informations, comme le reste de la typographie de ce numéro, sur medor.coop/fontes

Publié dans Infordesign (magazine du Design Center), 1970