Enquête

La fabrique du monde sans repos

Par Olivier Bailly. Illustrations : Pieter Fannes.

Un « sans-papiers » sur le chantier de la station de métro Arts-Loi à Bruxelles, ce serait « un cas isolé ». C’est en tous cas ce qua affirmé Beliris, quand linfo a fuité le 16 février dernier. Sauf que les faits sont plus compliqués que cette version officielle. C’est l’histoire de sociétés phénix qui de faillite renaissent, la cendre encore brûlante. C’est l’histoire d’une fraude ordinaire et de dysfonctionnements sur un chantier public. C’est l’histoire de Mohammed, « sans-papiers » une fois de plus collé au mur, pris en photo par... le responsable de chantier.

Décembre 2016. Une salle de réunion au siège de Beliris1. Médor a sollicité une discussion sur la présence d’un « sans-papiers » sur le chantier de la station de métro Arts-Loi. Avec, au bout de la brève conversation cette question au directeur, Cedric Bossut :

(Médor) Vous avez régulièrement ce genre de courrier (le signalement par la police d’un travailleur sans papiers sur un chantier) ?
(Cédric Bossut) Non, on est assez rarement informé de ce genre d’hypothèse. En 10, 15 ans, cela a dû arriver trois ou quatre fois. C’est rare.

Trois ou quatre cas sur plus d’une bonne centaine de chantiers en 10, 15 ans ? Les statistiques approximatives de M. Bossut vont exploser avec les récentes révélations concernant le chantier Arts-Loi. Trois cas de travailleurs « sans-papiers » y sont clairement identifiés, l’un d’eux évoquant entre 5 à 10 sans-papiers sur le chantier pendant des mois.

La photo à cacher

Flash-back. 2009. Ligne 2. À droite, direction Simonis. À gauche, direction Simonis aussi. Bienvenue dans le métro bruxellois et ses quelques lignes à gérer. Arts-Loi, une station importante, doit être entièrement rénovée. Beliris signe un contrat de 10 176 408,78 euros (pour un budget total de 25 millions) avec CFE, société mastodonte belge de la construction.

En 2013, Mohammed débarque sur le chantier pour la société « Tuna ». Il est sans papiers. Huit ans qu’il s’esquinte la santé à faire des boulots de « merde ».
Renaud Bentégeat, administrateur délégué du CFE Brabant, préfère parler de contrats de « nettoyage et de maintenance » pour Tuna.

Nettoyage et maintenance ? « Foutaises. » Mohammed parle de murs de 60 centimètres, remplis de ferrailles, à casser au marteau-piqueur. Lire l’article complet.

  1. 1 Structure qui exécute les chantiers mis en place pour soutenir Bruxelles (notamment en matière de mobilité ou aménagement du territoire avec un budget fédéral). Répondant aux requêtes de Médor, Beliris a fourni de manière volontaire et complète les documents nécessaires pour cette enquête.

Publication en ligne: 15/07/2017.