Entretien

Coupez ! [vidéo]

Lorsqu'un silhouettiste taille le portrait d'un fiscaliste flamand

Interview : Eric Walravens / Silhouettes : Charles Burns / Vidéo : Yoann Stehr

13 octobre 2017 : Eric Walravens, journaliste, accueille Charles Burns, silhouettiste, à la sortie de l’Eurostar. Direction la Flandre orientale pour le grand entretien du Médor n°9, avec Karel Anthonissen, fiscaliste qui n’a pas la langue dans sa poche.

Mission du silhouettiste britannique : tailler les portraits des deux hommes.

Mais qu’est-ce qu’un "silhouettiste" et quel est le rapport entre ce Charles Burns venu de Londres découper des profils en papier et Karel Anthonissen, fiscaliste gantois ?

 

Charles Burns, silhouettiste, à l’oeuvre. CC BY-NC-ND

Une découpe née... d’un fiscaliste du XVIIIE

En 1759, Etienne de Silhouette, contrôleur général des finances sous Louis XV propose une imposition basée sur les signes extérieurs de richesse. Impopulaire auprès des aristocrates, « à la silhouette » vient à désigner la ligne austère des habits sans poches puis les portraits réduits à une ombre.

En 1775, le prêtre suisse Gaspar Lavater, dans son traité L’Art de connaître les hommes par la physiognomonie, prétend que seule l’étude de ces silhouettes permettait de lire le caractère – le profil – d’un individu « comme dans un livre ouvert ». À cet effet – bien avant la naissance de la photographie –, diverses machines à tirer les silhouettes sont patentées.

En 1835, l’exilé français Augustin Edouart, dans son traité Silhouette Likenesses, critique ces procédés mécaniques qui chassent le spontané du vivant et cisaille, en un éclair, des silhouettes du papier noir. Cette même année, le terme SILHOUETTE, s.f., rejoint les noms communs du dictionnaire de l’Académie française.

Silhouette Karel Anthonissen
Karel Anthonissen découpé par Charles Burns

qui est Karel Anthonissen ?

« Chien fou », « Robin des Bois » ou « Turbulent Don Quichotte »… la presse n’a jamais manqué de qualificatifs pour décrire Karel Anthonissen, le très médiatique directeur régional gantois de l’Inspection spéciale des impôts (ISI), organe chargé de « combattre la fraude fiscale grave et organisée ». L’homme, il faut dire, n’a pas sa langue en poche : il n’hésite pas à dézinguer publiquement les ministres des Finances à coups de tweets incendiaires. Il milite aussi sans relâche pour la récupération de l’argent planqué dans les paradis fiscaux.

Ses croisades lui ont valu des ennuis : blâmes, suspension, perquisitions. Des sanctions logiques à l’encontre d’un fonctionnaire incontrôlable ? Lui y voit des collusions, au plus haut niveau de l’État, pour protéger les puissants. « Quand on en arrive aux dossiers importants, on voit presque toujours des pressions s’exercer quelque part », dit-il. Complotisme ? Karel Anthonissen avance des éléments troublants.

Aujourd’hui, l’homme est le dernier « directeur régional » en poste à l’ISI. La fonction, jugée trop indépendante, a été rayée des textes de loi, et tous les autres directeurs régionaux ont entre-temps plié bagage. Karel Anthonissen s’accroche à la fonction. Même la proximité de la pension ne semble pas arrêter le sémillant sexagénaire, qui compte bien jouer jusqu’au bout son rôle d’empêcheur de frauder en rond – d’emmerdeur professionnel, diront ses détracteurs. Le secret de cette persévérance ? « Je m’amuse bien. »

 

Grand entretien à lire dans Médor #9, encore disponible par abonnement avant sa sortie en librairies le 6 décembre 2017

Publication en ligne: 02/12/2017.