Enquête

Electrabel partenaire de Cosa Nostra entre 2008 et 2010

Raf Sauviller | Moment Flamand (traduction et compléments d’une enquête d’Apache.be)

Pendant deux ans au moins, Electrabel, leader du marché de l’énergie en Belgique, a été partenaire en affaires avec la mafia sicilienne Cosa Nostra. Les dirigeants, administrateurs et réviseurs d’Electrabel, n’ont rien fait pour s’opposer à cette alliance contre nature, alors que des signaux d’alerte existaient pourtant à l’époque.

Dave Lander
   (c) Dave Lander

Début 2008, Electrabel a racheté à la société Lunix SA (Luxembourg), 90 % des parts de WindCo, une entreprise italienne qui exploite un parc éolien de 66 MW en Sicile. Or Lunix a été créée en 2006 par la société italienne Sintesi GAM, contrôlée par l’homme d’affaires sicilien Vito Nicastri. Le nom de ce dernier apparaît même dans le Mémorial, le journal officiel luxembourgeois, lors de la création de Lunix.


Nicastri est considéré par la Direction des enquêtes anti-mafia (DIA) de Palerme comme un homme de paille du parrain de Cosa Nostra, Mateo Messina Denaro. Ce dernier, en cavale depuis 1993, figure sur la liste des 10 fugitifs les plus recherchés de la planète publiée par le magazine américain Forbes.


Lorsqu’Electrabel entre en affaires avec Nicastri, ce dernier est déjà largement connu des autorités judiciaires italiennes, comme en atteste par exemple un article de L’Espresso du 10 avril 2008. L’hebdomadaire italien explique que Nicastri figure à l’époque au centre d’une vaste enquête judiciaire pour fraude aux subsides dans le secteur éolien et qu’il a déjà été impliqué, au début des années 1990, dans une affaire de corruption de politiciens en vue d’obtenir des permis pour construire des centrales solaires.


Jusque 2010 au moins, Lunix a conservé ses 10 % dans WindCo. Plus qu’un partenaire commercial, Lunix est ainsi devenu de facto un partenaire d’affaires d’Electrabel durant plus de deux ans. Courant 2010, Electrabel rachètera à Lunix les 10 % de WindCo qui lui manquaient1.


Anne-Sophie Hugé, porte-parole de l’entreprise énergétique, a déclaré : « Electrabel n’a pas de commentaire à faire sur les éventuels problèmes que vous soulevez et qui concernent des personnes avec qui Electrabel n’est ni de près ni de loin en relation. »

 

Outre les Français Gérard Mestrallet, emblématique patron de GDF Suez (aujourd’hui Engie), et Yves de Gaulle (le fils du général de Gaulle), plusieurs éminences du gratin des affaires belges étaient aux commandes d’Electrabel ou siégeaient à son conseil d’administration lorsque celle-ci a négocié, en 2007, avec Lunix pour ensuite lui racheter 90 % de WindCo début 2008.

R.S. (avec D.L.)

 

1 Le rapport annuel 2010 de GDF Suez (publié au printemps 2011) mentionne « WindCo, une ferme éolienne de 66 MW, implantée en Sicile et détenue à 100 % par GDF SUEZ Energia Italia [nouveau nom d’Electrabel Italia, NDLR] ». Ce qui signifie que courant 2010, Electrabel, via GDF SUEZ Energia Italia (filiale directe d’Electrabel jusqu’en 2014), a racheté à Vito Nicastri les 10 % de WindCo qui lui manquaient.
 

Publication en ligne: 10/03/2016.