Enquête

333.000 euros de rab pour le chef cab

Les dossiers secrets de Louvain-La-Neuve

Texte: Philippe Engels. Illustrations: Emilie Plateau

Illustration Emilie Plateau
Emilie Plateau - CC-BY


Médor a découvert que l’actuel chef de cabinet du ministre wallon de l’Aménagement du Territoire Carlo Di Antonio a empoché jusqu’à 105 000 euros par an pour un petit job complémentaire. Il s’agit de surveiller le suivi d’un dossier auquel le CDH et l’UCL tiennent très très fort : la construction prochaine d’un centre pour élites sportives à Louvain-La-Neuve. Dans la cité universitaire, l’UCL décide, le CDH facilite, les promoteurs déroulent et… les habitants sont consultés quand les grues pointent déjà.

 

Que voit-on en plongeant dans les archives de Louvain-La-Neuve, en levant les petits secrets d’affaires d’une « cité modèle » livrée aux promoteurs immobiliers, en cherchant la logique des grands chantiers qui redessinent la ville universitaire ? Après de longs mois d’enquête, Médor décrit dans son numéro 7 la domination d’un acteur tout puissant (l’UCL), les précieux relais d’un parti politique qui contrôle son pré carré (le CDH) et la relative soumission d’un bourgmestre (Ecolo) pris de vitesse par les grues. Tout ceci sera développé dans notre format « papier ».

Le résultat de ces grandes manœuvres ? Un méga-parking, deux quartiers résidentiels chics et un immense centre commercial se positionnent sur la dalle piétonne imaginée par les pionniers, ces survivants du « Walen Buiten » - chassés de Louvain en 1968 - qui ont transformé la déconvenue communautaire en une belle aventure humaine. Aujourd’hui, on est bien loin des idéaux de cette ville nouvelle, née au milieu des champs, dans un esprit de participation citoyenne et où la voiture a été confinée aux sous-sols.

Près de 50 ans après les fondations, les habitants grognent. Ils ont l’impression que quelque chose leur échappe. Comme si le rêve initial s’était envolé avec la poussière des pelleteuses. Comme si la fameuse « participation » était devenue un leurre : l’UCL et le CDH ouvrent la voie aux promoteurs immobiliers et, quand il est fort tard, la ville d’Ottignies/Louvain-La-Neuve organise une consultation citoyenne, comme ce dimanche 11 juin. Pour la forme. Ni les étudiants en transit, ni les nombreux enseignants ne sont appelés. Seuls les habitants domiciliés à Louvain-La-Neuve doivent dire « oui » ou « non » à L’Esplanade II. Un temple du commerce qui se ferme sur la ville à 20h et dont la surface passerait de 30 000 à 50 000 mètres carrés.

Double salaire

Quid si le « non » l’emporte, à l’image du panel citoyen réuni par l’Assemblée générale des étudiants, le 1er mai dernier ? Tout porte à croire que l’UCL et… le CDH, chauds partisan de l’extension, obtiendront tout de même gain de cause. C’est que ce parti de pouvoir (il l’est en Wallonie depuis 2004) a su placer ses hommes à tous les postes stratégiques. Le ministre régional de l’Aménagement du Territoire Carlo Di Antonio est CDH. C’est lui qui serait amené à donner le feu vert aux promoteurs de L’Esplanade. Le chef de l’expansion immobilière au sein de l’Université catholique de Louvain, Philippe Barras, est un mandataire local CDH, conseiller en mobilité au cabinet… Di Antonio et idéalement positionné pour faire aboutir « ses » chantiers. Le parti orange a pris l’habitude de soigner les moindres détails : en mars 2014, le CDH a parachuté un de ses chefs de cabinet, Hervé Briet, dans une petite société (Sofinpro) qui n’utilisait aucun membre du personnel avant lui. Ordre de mission de ce juriste ? Cadenasser le projet de construction d’un centre pour élites sportives à Louvain-La-Neuve. C’est l’ex-ministre et actuel président du Parlement wallon André Antoine, bourgmestre de Perwez depuis dix-sept ans, qui l’a placé là. Pour ce job de représentation, le cabinettard a touché 105 501 euros en 2014, 104 167 euros en 2015 et 84 058 euros en 2016. Soit, en y ajoutant ce qu’il gagnera encore cette année, un total de plus de 330 000 euros. Joli complément de salaire. L’homme est placé dans un bureau cossu de cette société Sofinpro, filiale de la très politisée Nivelinvest, où il cumule et supervise.
 

Philippe Engels

 

Pour découvrir l’intégralité de cette enquête nous vous invitons à vous procurer le septième numéro de Médor.

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Publication en ligne: 04/06/2017.